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Je suis toujours dans mon étude capillaire pour arriver à comprendre comment j'ai envie de coiffer mes cheveux. Si maintenant il est indéniable que je souhaite les conserver long, maintenant je suis confronté à un autre problème que je ne comprenais pas et qui s'éclaircit : j'agis mal avec moi à travers mes cheveux.

Depuis des années que je laisse pousser mes cheveux, je vois sur mes photos que parfois j'ai des cheveux plus longs que sur les photos qui datent pourtant parfois de mois, voir d'années après, sans que je les ai jamais fait couper. Je n'arrivais pas à comprendre comment je faisais ça et je le mettais sur le compte de ma poisse générale et d'une sorte de punition divine depuis que je les ai coupé...

Oui.

Je me disais que comme j'avais eu la chance de les avoir vraiment très beaux et aussi longs que je voulais et que j'avais eu l'outrecuidance de refuser ce beau cadeau, j'étais puni et mes cheveux étaient condamnés à me faire chier en ne repoussant jamais malgré mes bons soins hebdomadaire et mon travail sur eux.

C'est en quelque sorte la traduction de ce que je pense de ma situation personnelle. Je pense que j'ai eu la chance d'avoir tout ce que je voulais : le Maroc que j'adore avec l'homme que j'aimais au poste professionnel que je voulais, les amies qu'il fallait avec la place sociale idéale et je les ai tous envoyer se faire enculer pour me mettre au RSA dans mon HLM avec mes enfants pour seul horizon.

Depuis je me demande comment sortir de ma situation, sans sortir de ma situation, mais en gagnant une meilleure situation. Et ça ressemble, je pense vraiment, à ce que je vis avec mes cheveux.

Pour être honnête, je sais très bien le poids que comporte le fait de porter mes cheveux longs sur ma tête. Au sens propre comme au figuré... Mes cheveux pèsent une tonne quand ils sont longs. Ils sont magnifiques c'est indéniable et donc suscite une certaine admiration, mais ils sont lourds autant que certains des admirateurs et admiratrices !

Quand j'ai accouché de mes deux enfants, j'avais tellement de poids sur la tête que ça me faisait mal au cou et aux épaules en fin de journée. J'étais donc allé voir une coiffeuse qui avait eu l'ingénueuse idée de les couper à l'intérieur pour les alléger et ce n'est que grâce à elle que j'ai pu garder mes cheveux longs plusieurs années, sans que cela ne soit insupportable... Mais cette coupe à l'intérieur avait mal vieillie et au bout d'un moment elle est devenue visible. En tout cas pour moi et c'était tout aussi insupportable que s'ils étaient lourds. J'avais l'impression d'être mutilée. Ce qui était le cas.

En prime j'étais devenue blonde... Alors que je suis brune. Je ne me retrouvais plus dans tout ça. Ce qui correspond très bien a mon histoire personnelle. Je vivais bien au Maroc, effectivement, mais aisée, parmi les gens les plus pauvres et je n'y pouvais rien, j'avais bien l'homme que j'aimais, effectivement, mais il allait baiser ailleurs et mes copines n'étaient qu'un ramassis de profiteuses arrivistes et humainement creuses... Quant à mon travail, je ne pouvais pas avancer parce que j'étais, non pas seulement une française au Maroc, mais en prime une française noire au Maroc...Il n'y avait pas de place pour moi. Et même si, je n'en voulais plus...

Je devais partir. C'était la logique même quand j'y repense. Et j'ai bien fait de partir et de couper mes cheveux pour me retrouver et faire un point sur ce que je suis, ce que je suis capable de supporter et ce que je veux pour mes enfants et moi.

Ce qui est amusant c'est qu'il a fallut que je rencontre un homme pour faire le pas de redevenir brune, comme par défi, autant à moi, qu'à lui... Je suis redevenue brune comme on dit "et si je suis brune, je te plais encore mon con joli qui n'aime que les fausses blondes ?"... Et je me suis retrouvé face à moi en me retrouvant face à lui. Alors il a fallut m'apprivoiser moi même pour avancer et j'ai avancer mains dans les cheveux, autant avec lui, qu'avec moi même...

Aujourd'hui j'ai construit ce que je suis, j'ai accepté de regarder de nouveaux horizons, parfois et mes cheveux et moi faisons de grands progrès, je trouve, malhabiles souvent, mais réels.

Il y a donc quelques jours pour bien comprendre où j'en suis, j'ai voulu me faire un brushing pour voir la longueur de mes cheveux une fois qu'ils sont "dépliés" et étudier tout ça à tête reposée... J'ai voulu faire un bilan, savoir où j'en suis, moi. Savoir ce que je peux faire, moi. Avec mes cheveux... Les vrais. Et moi.

Et depuis des jours impossible pour moi de les laver. Aucune envie. J'utilise donc des shampoings secs. Et je profite de la douceur et de la longueur de mes cheveux. Je me fais des massages du cuir chevelu tous les jours.

Quand soudain, hier soir, en allant me coucher, vision d'horreur ! Je suis tombé face à face avec mes pointes complètement cramées !!! Je n'ai jamais vu mes pointes dans cet état là et la vérité, j'ai flippé ma vie ^^ Puisque je ne les lave pas, je ne mets aucun produits dessus et donc les dégâts ne sont pas camouflés, la vérité cru.elle m'est apparue, étincelante.

Moi qui depuis des jours me suis mise en jachère de shampoing, je n'ai rien compris de ce qu'il se passait et j'envisageais déjà les ciseaux, défaitiste et résignée face à ma malédiction du bien-fait-pour-ta-gueule quand ce matin, eurêka. J'ai compris ce qu'il se passe.

La coiffeuse m'a lissé les cheveux, avec un lisseur. J'ai été déçue parce que je voulais un vrai brushing traditionnel avec une brosse et le sèche-cheveux, mais je me suis dit que son lisseur était sans doute mieux que mon lisseur acheté à 10 balles chez Tati et ses produits aussi... Et bien non. Ils étaient même apparemment pire vu l'état de mes pointes !!! La bonne nouvelle c'est que ça m'a permis de comprendre comment les lisseurs ont cassé mes cheveux tout au long de ces 5 années et les ont empêché de devenir aussi long qu'ils devraient l'être aujourd'hui.

En fait le lisseur va totalement assècher la pointe, mais pas la casser tout de suite. Moi comme une gourde, je regardais à chaque fois pendant que je lissais mes cheveux si des cheveux tombaient et je ne voyais rien donc je pensais que je m'en sortais bien avec le lisseur et que j'échappais à sa légendaire casse du cheveux... Et bien non ! Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. le lisseur assèche complètement la pointe, oui, mais elle reste au bout du cheveux et ce n'est qu'en se coiffant qu'au fur et à mesure les cheveux vont se casser petit bout par petit bout. Il a suffit que je regarde dans l'évier ce matin en me coiffant et que je vois des bouts de cheveux de 1 à 2 cms pour comprendre que ces petits bouts de cheveux sont en fait mes pointes qui se cassent et donc ma longueur qui se fait la male...

En plus, comble de la schizophrénie, à la maison je mets des produits fait exprès pour éviter le choc thermique et j'ai un sérum spécial pointes pour les protéger pendant que je les tue, mais je pense que la coiffeuse n'a pas utilisé les bons produits pour protéger mes cheveux ce qui fait qu'elle les a vraiment cramé de chez cramé...

Je ne lui en veux pas, parce que c'était une toute jeune coiffeuse et que je sais que le lisseur c'est de la merde donc j'aurais pu m'y opposer et aussi parce que à travers elle, j'assume enfin d'avoir fait de la merde depuis 5 ans avec mes cheveux en voulant la longueur que je brûlais moi même par manque de respect pour ma nature de cheveux, qui correspond à mon identité.

Je suis une métisse aux cheveux bouclés et si j'avais accepter tout le temps et en toute occasion ce que je suis, j'aurais les beaux cheveux après lesquels je cours depuis 5 ans... A la place de ça, je me suis conformé à ce qui me permettait de faire ce que je devais faire pour survivre, à la place de tout simplement, vivre... Les gens ne sont pas pareils avec moi selon que j'ai les cheveux crépus, lisses ou bouclés et évidemment, les cheveux lisses me demandent moins d'efforts d'adaptation puisqu'ils sont la preuve concrète de mon effort d'adaptation alors que les cheveux crépus sont ma volonté de rester plus naturelle que je ne le suis et mes boucles sont, juste moi...

Le pire c'est que les soins que jefais sont vraiment top, ce qui me permet d'avoir une très bonne santé capillaire, mais le traitement que je leur inflige pour les conformer à cette image que je veux de moi, les bousille complètement à la pointe.

Nos cheveux et notre façon de les traiter parlent de nous.

Peut être qu'en acceptant la nature de mes cheveux j'arriverais à accepter ce que je suis : la métisse aux gros cheveux qui pèsent une tonne.

Je t'aime mes cheveux. Je ne te brûlerais plus jamais. Et à partir d'aujourd'hui, tes pointes sont un trésor dont je prendrais soin, pour moi, mon plaisir, sur ma tête, pour montrer à tous à quel point aimer ses cheveux, aimer jouer avec, c'est s'aimer soi même et s'aimer soi même c'est le début pour aimer les autres.

 


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