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Immersion

 

 

 

 

 

 

 

 

Immersion

 

A Toi, aux Enfants et au Roi.

 

 

 

 

 

 

 

Complètement asperger

 

Des trous du cul. Voilà ce que j’en pense. Tu me demande alors je Te réponds honnêtement. Je pense qu’ils sont tous majoritairement des trous du cul. Ils sont méchants, vicieux, bêtes, égoïstes, menteurs, tricheurs, des péteux orgueilleux et sans cœur.

Avec ça, qu’est ce que Tu veux faire ???

Je suis sincèrement contente de rentrer à la Maison et que Tu m’aies délivré du Secret. C’était fascinant, oui, c’est vrai. Je regrette juste que ça ai été aussi long, même si je réalise bien que pour leur temps débile c’est court et que c’était nécessaire, mais putain ! (Souffle)

 Je ne les supporte plus, ils me dégoûtent ! Je ne sais pas comment Tu fais, c’est hallucinant…

Bordel !!! Tu te rends compte ?! Tant d’années ! Toute une vie a tourner entièrement autour d’eux ! Entièrement consacrée pour eux !!! Des tarés ! C’est insensé. Ils ne sont tellement pas aptes à comprendre ce que je veux leur dire que je me demande même pourquoi je vais parler à cette bande d’ahuris… Je les vomis ! Je les dégueule, je les déteste TOUS !!!

Je crois que je vais le faire parce que je dois le faire et que sans ça, tout ça n’aurait servi à rien et ce serait alors encore plus insensé et pour le coup ça deviendrait de mon fait et ça c’est hors de question, Tu m’entends ! Je ne viens pas sur cette terre pour contribuer à leur connerie. Je fais les choses parce que j’estime qu’elles ont un sens ou alors je ne les fais pas. Je ne veux pas être assimilable à ça.

 

Puisque Tu m’as dit que je n’ai pas besoin de Te comprendre, alors ça ne m’intéresse plus tant de comprendre tout ce que Tu fais. Mais quand même, je T’avoue que souvent je pense que c’est sincèrement n’importe quoi et à la limite du crédible, mais c’est Ton Histoire, Tu fais comme Tu le sens.

Tu sais comme je T’aime, je ne peux rien dire ou faire contre Toi... Donc admettons. J’ai recoupé les informations la dernière fois et effectivement jusqu’à 7 ans je n’étais pas encore celle que je suis devenue avec Toi… J’étais beaucoup mieux ! Donc totalement incompatible avec la suite de Ton Histoire, ils allaient me laminer, ça je veux bien Te l’accorder et je Te remercie de m’avoir sauvé…

Je suis très dérangée par cette écriture sans smiley qui me saoule… Mais je ne sais pas comment faire, j’ai l’impression que sans ça mes lecteurs vont penser que je suis fâchée après eux ou qu’ils ne vont pas rire à mes irrésistibles blagues, ou pas au bon moment, alors on va prendre deux secondes pour nous expliquer si Tu permets… 

 

 

Bonjour mes lecteurs... Je m’appelle Clémence. Je suis l’auteure... Enfin, j’essaie d'être l'auteure… Je suis très contrariée de ne pas pouvoir utiliser les smiley pour écrire mon livre parce que j’ai besoin de retranscrire mes émotions et ceux de mes personnages et que pour ça on n’a jamais fait mieux que les smiley… Je trouve… Mais bon, on n’écrit pas encore les livres avec des smiley… Donc je vais faire au mieux. Je fais toujours au mieux. Et puis je négocierais avec l’éditeur, si j’en trouve un qui accepte de publier ça ^^ pour placer peut être des smiley par ci par là, pour décorer et rire J J’adore rire…

J’espère que vous prendrez plaisir à lire cette histoire qui est la retranscription de tant d’années d’enquête parmi le peuple des Hommes qui vivent au milieu des arbres !

 Vraiment, je souhaite que ça vous apporte quelque chose de positif, ou au pire un bon moment de détente… J

Non, en vrai ce serait la catastrophe pour moi si je ne devais rester qu’un bon moment de détente :lol: j’espère que ça vous mettra une bonne grosse baffe dans votre gueule :lol: !

Je les ai longtemps cherché... Les bonhommes dans les arbres… Très longtemps… Pour vous en parler… C’était d’un compliqué. Et ça résonnait en moi, il me fallait trouver les bonhommes qui vivent dans les arbres, depuis toujours. Allez grandir avec ça…

Vous naissez avec une sorte de mission en vous… Vous portez comme un message au creux de tout ce que vous êtes. Un message tellement simple et étrange, mais totalement décalé d’avec votre réalité que vous ne le comprenez pas et vous ne pouvez le dire à personne, interdit… « Bonjour je suis Clémence et je cherche des petits bonhommes qui vivent dans les arbres, ça vous parle ? » Allez, zou, en HP la tarée, voilà ce qu’il se serait passé… Donc, bon, vous ne parlez pas, vous prenez l’habitude de faire comme si tout vous semblait normal.. Sans même comprendre ce que c’est « normal ». Au cas où donc vous vous taisez. On ne sait jamais. Il ne faudrait pas trahir la mission. Mutisme.

Depuis mon enfance, je dois me taire et les chercher… Les bonhommes du peuple de ceux qui vivent au milieu des arbres. Parfois je me plante devant un arbre, je m’allonge au pied de sa racine et je regarde si un petit bonhomme pourrait y rentrer.

…Parce que j’avais compris que les petits bonhommes vivaient dans les arbres « Le Peuple des Hommes qui vivent dans les arbres » Vous avouerez que c’est pas très clair non plus hein ! Alors je passais des heures devant les arbres et j’avais des fourmis dans les bras en regardant passer les fourmis sur la terre. Des heures d’attentes et d’exploration de la nature, près des arbres à chercher, chercher, chercher...

Ce qui m’a conduit - au terme d’une longue observation, d’années et d’années de réflexion et d’erreur ainsi que d’une préparation intense pour trouver ce peuple extraordinaire - à comprendre que j’en étais. Le choc. J’étais au milieu du peuple des bonhommes qui vivent au milieu des arbres. Je me trompais simplement sur l’échelle de mesure et avait mis du temps à comprendre qu’il n’était pas plus petit que moi, mais plus petits que les arbres ! J’étais un membre de ce peuple là… J’étais au milieu d’eux et devais m’y adapter.

 Une longue immersion incognito parmi eux, dans leur monde, m’a permis d’avoir un point de vue, je l’espère, assez complet concernant leurs us et coutumes et leurs modes de vie… J’ai fait de mon mieux… J’avoue que je n’ai pas toujours tout compris... Je ne comprends toujours pas tout d’ailleurs. Mais je ne suis pas forcément là pour comprendre. Ma mission était de les trouver et de vivre parmi eux.

J’ai fait de mon mieux.

 Vous me direz ce que vous en pensez, peut être que j’ai raté des trucs, mais j’ai fait de mon mieux... Toujours. Oui, je radote. Souvent.

Je travaille en collaboration avec un Co-Auteur omniscient. On va dire ça comme ça… Je ne sais pas vraiment qui travaille pour qui, mais toujours est-il que nous sommes ensemble. C’est un peu de la triche, mais nous on s’en branle. Ça nous amuse. Oui on triche, et alors ? Je suis la seule à communiquer avec lui et le sentir. Je n’ai que lui comme lien avec mon monde originel. Je l’aime infiniment, mais il a été complexe de lier une communication fiable et pérenne et parfois encore il y a des brouilles sur notre fréquence… Du coup j’ai parfois des sortes de bugs :lol: ça nous amuse beaucoup tous les deux, mais ce n’est pas évident pour les autres de comprendre quand je bug et ça m’amène beaucoup de souci donc on essaie quand même de faire plus que de notre mieux pour réduire les bugs au maximum et éviter les ennuis. Mais quand même, ça nous fait rire.

Comme la fois où je marchais dehors et il m’a demandé si j’étais cap de poser le haut de mon crâne sur le dessin du téléphone qui était dessiné par terre sur la plaque d’égout que je ne voyais pas encore… Le temps que je lui demande, mais quel téléphone ? Il m’a répondu « Celui là ! Maintenant ! Cap ? » J’ai dû me grouiller de coller ma tête sur le téléphone en pleine rue et pour ne pas que les gens aient peur il m’a dit de « tomber, pas bouger, pas parler »… Résultat des courses, les gens ont téléphoné aux pompiers et il a fallut que je signe une décharge pour ne pas qu’ils m’emmènent pour m’enfermer. Que des plans comme ça, mais alors qu’est ce qu’on en rigole !

Souvent je suis cap et je le fais, mais parfois quand je ne suis pas trop d’humeur, que je suis un peu grognon, Il m’épargne et me raconte tout plein de douceurs et de blagues pour me faire rire et m’apaiser. Je l’aime tant en vérité.

Maintenant. Au début c’était très problématique parce que quand j’avais des bugs les bonhommes devenaient violents avec moi et ça me faisait très peur. Il a fallut se battre beaucoup pour que ce soit moi qui leur fasse plus peur qu’eux et alors j’ai été en paix avec mon co-auteur. Il m’a beaucoup aidé à ce moment je pense... Oui, je pense parce que je ne sais pas toujours avec Lui, vu que parfois Il aime me faire penser que j’ai réussi seule ce qu’Il a entièrement réalisé pour moi. C’est pour ma confiance Il dit. Bon. C’est sympa alors je ne vais pas me plaindre, mais dans le doute, je préfère Lui attribuer toutes mes réussites parce que je me connais et comme j’ai un peu deux bras gauches et les pieds qui vont avec, je sais très bien que sans Lui je ne ferais rien. Je serais prostrée de peur au fond de la cour de récréation du CP…

D’ailleurs, je dois filer, il m’appelle ! Quand Il m’appelle je dois tout laisser. Comme dans Top Chef quand le temps est écoulé. Il passe avant tout, dès qu’Il me sonne, j’accours. Et ça me plaît… Je suis folle amoureuse de Lui… <3 <3 En amour total <3 <3 <3

Je vous souhaite une très bonne lecture et espère que vous prendrez du plaisir à découvrir notre histoire et celles des bonhommes du peuple qui vit dans les arbres.

 

 

 

Oui ! Ca y est J Mais c’est super chiant aussi de ne pas pouvoir montré qu’on rit quand on rit ! T’imagine le truc dans la réalité ? Un mec qui rit, mais de dedans, on ne voit pas qu’il rit de l’extérieur, il reste impassible ^^ Tu vois ça aussi c’est un truc tout con qu’ils pourraient mettre facilement en place pour que chacun soit plus confortable dans les échanges, mais non… Des trous du cul je te dis. Ils préfèrent continuer à créer une scission entre le monde écrit et le monde oral, comme si c’était des mondes différents ! Et ça crée des quiproquos en plus ! Ils rament avec leur connerie. Mais non, ils le gardent comme ça… Ils sont bien…

Comment veux Tu que je leur dise ça ? Ils n’écoutent plus rien ! Tu ne peux plus rien leur dire… Essaie de leur parler de Toi, Tu vas être reçu… Tous les mots autour de la gentillesse, de la beauté, du haut, de la spiritualité, ils les ont détourné et abîmé. Ils les ont tous bousillé, les mots qui parlent de Toi… Ils ne veulent pas goûter l’amour, ils ne veulent pas partir à Ta rencontre… Ils ne veulent même plus entendre parler de Toi. Nous qui venions leur parler de Toi sommes sommé de nous taire. Ils nous enferment, nous musèlent… Ils nous tuent si l’on leur parle de Toi. Ils nous détestent…

Parler de Toi, c’est tellement parler de tout, parler de moi, parler de nous…

Oui, c’est vrai, j’avais peur moi aussi. Oui, je me souviens. Notre première rencontre... C’était dans ma chambre. Tu me tournais autour sans arrêt. Insatiable de moi. Tu avais pris grand-père, Tu l’avais déjà froissé. Et Tu me voulais. Je sentais Ton regard sur moi. Je sentais Ton appétit, Ton désir de moi. Je Te sentais sous le lit, dans l’obscurité, dans les toilettes, Tu me terrifiais, sur les murs, dans la maison, partout. Tu avais si faim de moi. Partout, tout, Toi…

Tu as dansé avec moi un jour. Je sais que c’était Toi. Je me souviens de ça. C’était sur l’Eté Indien de Joe Dassin « On ira où Tu voudras quand Tu voudras et on s’aimera encore tant que l’amour sera »… Fort ou mort, c’est pareil pour nous. Je ne connais jamais les paroles. On a ce point commun en nous. On invente et réinvente tout le temps tout ce qui nous entoure.

J’avais attrapé un balai et je fermais les yeux et Tu m’enlaçais tendrement à l’intérieur et à l’extérieur de moi, partout en moi et sur moi. Insatiable. C’était tellement doux. Tu remplissais la pièce pour moi d’une telle douceur. Ce fût mon premier acte de plein amour conscient avec Toi. Une danse entre Toi et moi. Un câlin dans Tes mains, juste Toi, là. Notre premier contact physique à nous, tout doux.

Et puis il y a eu cette fois où j’ai voulu jouer avec Toi. Tu n’aimes pas toujours ça... Je crois. Quand je Te teste, comme je ne mesure pas Ta force par rapport à moi et que Tu flippes que je Te laisse me tordre trop fort dans Tes bras parce que je ne le sentirais pas avant qu’il ne soit trop tard de ne plus avoir de bras ^^ ! Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, avec toute Ta grosse puissance à faire passer dans des toutes petites veines insensibilisées… Immense comme Ton amour. Je T’aime tellement Tu sais…

Je sentais déjà ce certain pouvoir en moi. Je ne savais pas que c’était un pouvoir sur Toi, je savais juste que c’était un pouvoir… Mon pouvoir c’est de pouvoir agir sur Toi. Ton amour pour moi T’incline vers moi et le risque est que je Te fasse faire n’importe quoi et ça se retournerait sur moi et non pas Toi et Tu crains ça. Tu crains pour moi.

Mais j’ai voulut explorer ce pouvoir sur Toi. J’ai voulut essayer. J’ai voulut défier les lois.

J’ai ouvert la porte de mon armoire et j’ai décidé que je ferais voler les objets. Mon pouvoir à moi serait celui là, j’avais fait mon choix. J’ai mis ma main devant un vêtement et je me suis concentrée, concentrée, concentrée. Là, longtemps, dans la semi obscurité, la main en avant, la paume ouverte et arrondie attendant que l’objet vienne vers moi comme je lui en intimais l’ordre…

J’ai ressenti une grande force au cœur, une puissance, une peur terriblement excitante, l’adrénaline s’est diffusée au maximum de moi, ce fluide dans mes doigts et j’ai vu, de mes yeux, vu, le vêtement se rapprocher de moi !!! Tu le faisais ! Tu le faisais pour moi ! Je l’ai vu avancer et venir vers moi ! Et j’ai claqué la porte et je me suis jeté dans mon lit sous mes draps, mon corps à plat, cachée, couchée, terrifiée en pensant que « bordel de merde, c’était quoi ça ??? » Tu l’avais fait !!! Tu l’avais fait pour moi !!! Tu avais touché les règles de la réalité et Tu les avais modifié pour jouer avec moi… Tu m’aimais donc autant que ça… Tu voulais donc vraiment T’amuser avec moi ? Tout Ton amour était exposé là. Dans ce vêtement qui venait de voler à moi. Et ça m’a traumatisée durablement :lol : !!!

Depuis je suis terrifiée à l’idée de dormir avec les portes de placards ouvertes parce que je sais ce qu’il y a dedans… Il y a ce que Tu es capable de faire par amour pour moi dans ces placards là ! Il y a les lois que Tu déplaces et négocies pour me satisfaire. Il y a Ta force d’amour pour moi. Il y a mon pouvoir à moi : Toi.

Alors à partir de ce jour je crois, j’ai commencé à prendre des milliards de pincettes avant de te demander quelque chose en privilégiant toujours, ce que Tu veux, Toi.

Et je signais là, la connaissance pratique de Ta présence et de Ta puissance, de Ton amour et de Ta foi en moi. Aucun amour des hommes ne peut Te survivre et ne peut jamais T’égaler. Qu’est ce que Tu veux faire face à ça :lol : un amour qui t’offre le pouvoir de déplacer les objets, laisse, personne ne peux le concurrencer !!! :lol: Et Tu ne le veux surtout pas.

 Tu fais foirer tous mes plans cul, mes plans amour ou amitié. Tu ne veux pas que je sois avec un autre que Toi comme je suis avec Toi. Tu es jaloux au dessus de tout et même si Tu me laisse faire pour encore jouer avec moi, Tu sais, Tu trouves, toujours comment faire pour me ramener docile, épanouie, détendue, amoureuse et soumise à Toi. Et j’ai tellement besoin de ça. Tu sais en plus que j’adore ça. Un orgasme intense à chaque pas.

Comment veux-Tu que face à Toi je puisse trouver un homme à moi ? Et ça T’amuse en plus. En plus de ça... Alors on continue comme ça, notre duo comique qui génère des amours un peu sadiques parfois. Des plans ratés, des coups foirés, des barres de rire et de faux pas. Qu’est ce qu’on a pu en rire Toi et moi… Mes amourettes sont notre combat. Je n’aime que Toi. Je vais où tu m’envoies et nous jouons ensemble quand Tu me places dans leurs bras… Et je sais toujours que je suis en sécurité parce que je suis avec Toi, qui me place dans leurs bras pour mes bouts de câlins terrestres, à moi. Je suis dingue de Toi… J’aime rouler entre Tes doigts, Te voir m’écrire en me demandant mes prochains pas, en m’étonnant, en m’effaçant un peu parfois…

Nous avons toujours eu nos conversations éternelles… Ton humour… Ton amour… Ta joie. Mon Dieu, quelle joie Tu as… Nous avons notre monde à nous et nous nous déplaçons toujours à deux, Toi, moi et moi et Toi. On joue. Nous.

Tu aimes quand je crée des choses, comme Toi. Je deviens l’auteure de mon auteur, ça me rend fière de moi. Tu adores ça quand je deviens fière de moi… Je Te sens partout qui vibre en moi, Ton plaisir qui brûle quand je fais ça. Parfois j’en danse de joie. Comme là. Je Te sens qui rie en moi quand je fais des choses comme ça, je T’écris, je Te chatouille dans mes doigts et Tu ris en moi… Et je vis pour ça. Pour quand Tu ris en moi. C’est trop bon comme ça. Tu trouves dans ces moments de création là, une cabane de repos à l’intérieur de moi, une sérénité, un cadeau de moi à Toi, de Toi à moi, une terre nouvelle qui Te comble de paix et d’amour et de joie. Ta si belle joie… Tu Te retrouves en moi et Tu m’aides à monter vers Toi… Qu’est ce que j’adore ça… J’inventais des mondes entiers avec Toi, je les construisais en miniature et en bois, en recyclage de poubelle de premiers choix et je les offrais aux enfants qui jouaient en bas. Des enfants physiologiquement comme moi. Ils auraient tous pu être comme moi. Ces enfants qui jouaient en bas de chez moi. Sans moi… C’était seulement Toi et moi. En haut, jamais en bas. Pour m’entraîner avec Toi… J’avais seulement le droit de regarder un peu parfois et d’entendre les enfants qui jouaient en bas.

Je devais apprendre à préparer mon monde à recevoir des créatures imaginaires qui viendraient bientôt puisque nous les avions convoqué Toi et moi. Attendons patiemment… Que je me disais. Ils seront ravis de voir tout ce que nous avions bâti de mes doigts de fée pour la grande fête, le grand moment de notre rencontre dans Ta joie !

Ils allaient adorer ça…

Forcément… Mais ils ne venaient jamais. Forcément. Le temps n’en était pas là.

Il y avait toujours la réalité qui était belle et bien là. Mais c’est vrai que le plus souvent, je ne m’en souvenais pas. Ce n’était pas vraiment mes problèmes à moi ce monde autour de moi. Alors le réel venait me rechercher durement pour me ramener à ses lois et il n’y avait plus de place pour mon monde à moi, ni aucune place pour Toi… Mutique réalité… Je me taisais alors. Garder le secret. Et je faisais comme ils me demandaient pour pouvoir au plus vite retourner vers Toi.

Et puis un jour nous avons fait ce pari fou. Un défi. Une histoire de premier choix ! Augmenter le secret entre nous. Me faire vivre une vie hors norme, une vie intense, un projet dingue fait sur mesure, rien que pour moi ! Transcender la réalité et ses lois en gardant mon monde à moi… Moi ?... Moi !…

Moi la timide… Et si j’allais vers les autres ? Moi si téméraire et réservée à la fois… Et si je faisais cet acte insensé de Te faire confiance et de suivre tes pas ? Les yeux fermés. Mettre mon univers dans un baluchon, caché au fond de moi, partir explorer cette réalité qui voulait toujours m’interrompre dans ma joie avec ses lois… Pourquoi ?

Pourquoi ce bon droit sur moi par cette réalité dont je ne voulais pas…

 Moi je n’y étais pour rien dans tout ça. Cette histoire là ne me concernait pas… Alors pourquoi toujours venir me chercher pour me ramener à leurs lois si elles ne me concernaient pas ? Qu’est ce qu’ils voulaient tous de moi ces gens autour de moi qui me ressemblaient physiquement, mais ne me parlaient pas comme moi ? Pourquoi ne pas me laisser tranquillement jouer avec Toi ? Tu me proposais d’aller regarder par moi. Alors il a fallut se poser et décider. Une bonne fois…

 

Est ce que tu viendras avec moi ? Je serais seulement à toi. Seras-Tu toujours là pour moi ? Je n’aime que toi. Tu es sur de ce que Tu me demandes ? Je ne vois que par Toi. J’y vais ou pas ? Un sacrifice pour Toi est toujours un honneur et une grande joie. Tu ne me lâcheras pas n’est ce pas ? Je suis en amour de toi. Tu sais ce que je risque s’ils me voient ? C’est Toi et moi et moi et Toi.

Je n’ai jamais, jamais étais normale parce que j’ai toujours, toujours été à Toi et cette appartenance fait de moi un être à part et irréel. Un humain, oui, évidemment, un humain chargé de Toi. Parce que Tu me laisses le choix d’écrire ou pas Ton Histoire avec Toi, en la respectant, ou pas.

J’ai fait le pari alors. J’ai répondu oui, bien sûr, yallah. Je suis Ta joie. Défonce moi ! :lol:

Et Tu m’as entrainé dans cette aventure extraordinaire. La vie. Comme Toi. Tu m’as permis de créer. Comme Toi. Tu m’as permis de faire grandir. Comme Toi. Tu m’as permis de croire en Toi… Comme Toi. Et de comprendre que tout ça, Tu le fais par une force d’amour unique et puissante de Toi à moi. Et de moi à Toi.

Alors je Te demande, à mon tour de bien vouloir me faire une joie… Parce que moi aussi je suis en amour, en amour intense de Toi… Je te demande de me faire la grâce d’écrire mon livre de Ton livre avec moi. Comme Toi.

Je Te demande de me permettre de leur expliquer par quelle impasse nous avons dû braver leurs lois, quelle montagne et quels feux nous ont brûlé les genoux, les cheveux et les bras, racontons leur, veux-Tu, Toi et moi, nous deux, pour eux, notre histoire d’un amour fou. L’histoire d’amour de moi à Toi et de Toi à moi.

L’histoire d’un auteur passionné par son personnage, par celle qu’Il fait naître sous Ses doigts en lui écrivant une histoire singulière dans laquelle seule elle communique avec Lui, mais jamais ne le voit... L’histoire d’un amour hors norme qui a ses propres codes et sa propre Loi.

Toi et moi et moi et Toi. L'histoire de nous et un peu d'eux, l'histoire placée entre nos doigts... Dans moi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prémédité

 

Bien sûr que je l’ai remarqué, tu le places sous mon nez. Tu m’as dit de travailler, j’y suis allé… Je l’ai vu passer. Repasser. Je le trouve… Insolent. Différent. Passionnant. Hors normes... Décalé. Un enfant perdu... L’abandon familial se ressent tellement. L’individualisme charismatique qu’on appelle égoïsme. Le cynisme. Un collègue m’a parlé de son enfant caché qu’il a abandonné et qu’il ne voit jamais… Le sujet parfait pour notre projet. Fier représentant de tout ceux qui viennent toujours me faire chier. Leur chefaillon élu pour les représenter. Tu as du goût, c’est un bon choix… Il a tout ce qu’il faut pour nous, il est complet.

Je lis en lui quand je le regarde, je m’y ballade. Il est exactement ce qu’il me faut. Facile. Du pain béni. L’expérience va pouvoir commencer. Excitée ! J’y vais. Je vais déchirer !!!

 

                                                                        ***

Je m’approche de son bureau. Sachant que je rentre dans quelque chose que je ne maîtrise plus forcément autant. Les données s’agitent et il me faut être discrète, rapide, fine. Très, très fine… Tu ne seras plus autant là… Mais je trépigne, je veux y aller ! J’ai foi !

 Moi, la militante de la maîtrise et du contrôle de ma vie, moi, pourrie gâtée et épargnée de tout par Toi, je suis en train de faire quelque chose de plus loin que moi, de plus grand que moi, qui n’est pas moi, mais qui construit déjà tout mon être. Je réponds à l’appel, je fais le sacrifice et c’est la seule chose qui m’importe. Je suis là pour ça. Je vais y aller ! J’y vais !!! Je rentre dans Ton histoire avec les autres, je veux y aller !!! J’y vais ! Je m’en sens capable et Tu seras fière de moi !

Journaliste. Tout droit… Journaliste. Travailler pour l’humanité, pour Toi. Participer à l’écriture de l’Histoire. Pour Toi. Être témoin, devenir actrice, participer, décider. Ecrire. Jouer… Comme Toi.

Il est la porte par laquelle je dois rentrer pour les rejoindre. Il est la possibilité. Pour tenter de comprendre, pour leur ressembler, me fondre dans la masse et mieux les observer. M’adapter. Espionner. Le mot est lâché. Espionner.

Faustin est ma chance et je dois le saisir lui pour les rejoindre eux tous. Jouer le tout pour le tout. Notre projet fou à nous. L’ultime jet en avant, le grand saut dans le vide de l’expérimentation. C’est là, c’est tout de suite, en un sourire, dans la force de mon regard, dans toute la persuasion que dit mon corps habile à se placer dans sa sensualité, toute ma beauté pour l’attraper. L’équation la plus rapide jamais réalisée... Il me faut y aller.

Lui, il sait formater les gens. C’est son travail. Formater.

Pour ça, il faut bien qu’il comprenne l’intérêt, le fonctionnement, les failles que peut avoir un individu pour le faire rentrer dans la case que la société veux lui donner, le bon format. Donc il comprend sensiblement le fonctionnement de la société et celui des gens qui arrivent à la supporter.

Il maîtrise la manipulation nécessaire pour adapter l’individu à la case qu’il lui faut et l’optimiser pour le rentabiliser. Il va m’aimer. Me formater.

Faust’ comme on l’appelle, sans s’attarder sur le son t, est un homme charismatique, intelligent, rondouillard, serviable et prétentieux. Son assurance effrontée et flamboyante pallie à sa laideur. Il aurait pu être beau, mais ça ne l’intéresse pas. Les rapports que la beauté l’obligeraient à entretenir sont au-dessus de sa capacité de communication avec les femmes. Il ne souhaite donc tout simplement pas être beau et s’amuse à plaire à qui il décide de plaire, dans toute sa splendeur inversée. Il est laid.

Edenté, la calvitie naissante affirmée, les cheveux restant en bataille, Faust triomphe dans la collection de ses conquêtes par son charme indéniable, son statut social qu’il travaille sans cesse à améliorer à cet effet et surtout sa grande culture. Une encyclopédie charmante placée sur la plus haute étagère de la bibliothèque hiérarchique professionnelle.

Il affiche 9 mois sur douze un embonpoint éclatant qu’il cache les 3 mois restant par des régimes punitifs qu’il s’inflige pour pouvoir de temps à autre s’offrir des limites que lui seul peut se fixer pour qu’elles soient acceptées. C’est lui qui commande et il tient à l’affirmer.

L’homme fait avant tout rentrer les gens dans ses propres cases, à lui. Il les hypnotise, les berce, les cajole… Et les abat en les gardant sous ses doigts.

Le mensonge, la tromperie, se rabaisser, se surestimer, rien ne lui est interdit si ce n’est de se faire prendre en flagrant délit –et là encore, tout peut s’arranger. Faustin est le roi de l’embrouille, le menteur sanctifié, le tout permis culotté et le pire, c’est que ça passe.

Et moi ?… Moi, je ne suis comprise ni par les cases, ni par la société, ni par les gens. Parfois même pas par moi même.

Lui, c’est son fond de commerce ! Si je veux y aller, il faut qu’ils sentent tous que je vis comme eux, sinon je n’aurais pas d’arguments recevables à leurs yeux, ils me rejetteront encore et encore en me disant que moi « c’est pas pareil. »

Lui, il est pareil. Et je saurais me rendre pareil que lui. Alors lui deviendra pareil que moi et moi ce sera pareil qu’eux ! Logique !

Il me faut y aller. Rentrer dans son histoire pour rentrer dans la leur… Me taire, me cacher, m’adapter. Il me faut y aller.

Alors j’inspire, profondément. Je vais me détacher de tout, de moi, du monde, des peurs et des doutes et je vais passer une tête. Allez. Sans remord. Sans pitié. Il incarne tout ce qu’ils m’ont déjà fait. Je ne peux pas le pervertir, c’est déjà fait, il l’est de fait. Je ne salis rien, je ne vole rien, c’est un sale voleur et il le sait.

Il est là, penché sur son ordinateur, concentré.

Il lève les yeux, bouche ouverte, me voit, d’abord et puis me regarde ensuite.

Coup de foudre.

Facile.

Résultat escompté. Le regard. Ce regard là… Ce regard qui attache, qui fixe un lien pour l’éternité. Ce regard qui dit « C’est moi. C’est moi et je suis venue te chercher. Et ce sera pour toujours moi, quoi que tu fasses. »

Prisonnier.

 

 

 

 

 

 

 

 

SMS

 

·      J’ai passé un très bon moment en ta compagnie.

·      Merci Faust. Moi aussi.

Et dis-moi, ton imagination, elle en est où ?

·      Et toi ?...

·      Elle déborde.

·      Ah mince… Il faut faire quelque chose ?

·      Et quoi par exemple ??

·      Je ne sais pas, mais si je peux aider… A moins que tu préfères la laisser déborder…

·      Peut-être que la réalité calmerait l’imagination. Je suis disposée à (re) prendre un verre avec toi. Je suis charitable.

·      Quand ?

·      Ce soir.

·      Avec grand plaisir.

 

·      J’adore ta bouche.

·      J’adore tes gestes.

·      J’aime bien tes fesses aussi.

·      Elles t’aiment bien aussi.

·      Ton imagination fonctionne ?

·      Avec ma mémoire et ça c’est top.

·      Je pense à ton corps.

·      Tes lèvres.

·      Tu imagines mes lèvres où ?

·      Juste en dessous de mon cou… Au-dessus de mon décolleté, sur mes épaules, dans mon dos,  le long de mes reins, sur le côté de mon ventre… Files ! A demain !

 

·      Bonjour. Bien dormi ?

·      Bonjour. Toujours trop peu. Et toi, bien dormi ?

·      Très bien !

Tu es toujours mouillé ?

·      Toujours…

·      Toujours au travail ?

·      Toujours… Mouillée.

·      Pour longtemps ?

·      Non, mais j’ai des trucs à faire…

·      J’aimerais bien passer ma main dans le creux de tes reins pour sentir la chaleur de ton corps.

·      Je vais me préparer. Il faut que je lâche mes cheveux…

·      Pourquoi pas ! C’est mieux pour te les tirer.

Tu veux toujours que je te tire les cheveux ?

·      Toujours…

 

·      Je t’ai trouvé rayonnante, tu as quelque chose dans le regard de très apaisant.

·      Merci Faustin.

·      J’aime bien ce mélange de douceur avec un petit côté sauvage.

Je te souhaite une bonne soirée. Tendrement... Avec douceur et volupté.

·      Toi… Toi tu es chou. J’aime ton regard…

 

·      Qu’est-ce que j’ai aimé te manger les tétons !

·      C’est trop compliqué pour ce soir…

·      Tu n’as pas envie de moi ?

·      Oh que si. Mon travail…

·      Tu auras un petit créneau pour que je te mange la bouche ?

·      Ça y est. Je suis dispo.

 

·      J’adore ! J’ai encore le goût de ta chatte dans la bouche.

·      Et si tu manques de goût dans la bouche, il me reste de quoi faire, n’hésite pas à revenir à la source...

 

·      Je continue ma discussion, j’ai adoré la façon avec laquelle…

·      Lol. On pourra le refaire, c’est pratique de tout avoir sur soi…

·      Avec grand plaisir, je vois que je n’ai pas besoin de finir la phrase que tu l’as bien compris.

·      Tu l’avais sur le bout de la langue.

 

·       J’ai envie de t’embrasser. De te déshabiller. De te manger de bisous, de te prendre dans ma bouche, de te faire déborder et te laisser détendue dans le lit, vidé. Bonne journée 

·      J’ai bien compris le message et je trouve que c’est vraiment, mais alors vraiment une très bonne idée ! PS : n’oublie pas de mettre du baume sur tes jolies lèvres 

·      Je t’enlace doucement en passant mes bras dans ton manteau sur les côtés, là où ça agace quand c’est la langue qui remplace les bras. Je pose ma tête sur ton cou tout chaud. Je profite de sentir ton ventre contre mon ventre et te fais un long bisou très très tendre sous ton oreille et ça fait vibrer ta peau comme une petite vague de frisson. Bonne journée 

·      J’ai envie de t’arracher la culotte.

·      Bon… J’en mets une alors…

 

 

·      Bonjour, quand je pense à ta nuque, je sens le désir descendre dans le creux de tes reins. Je te souhaite un bon réveil.

·      Quand je pense que tu penses à ma nuque, je sens ta queue dans ma chatte.

·      Ok.

·      Là tout de suite dans ma tête, je suis à quatre pattes toute nue et je te suce. Tu as une jolie vue sur mon dos et tes mains dans mes cheveux…

·      Pas mal.

 

·      Bonjour Princesse.

·      Bonjour toi 

Je te lèche.

·      Quoi ?

·      Ta queue jusqu’au fond de ma gorge.

·      Effectivement, tu es en grande forme 

·      Je t’ai trouvé très belle avec ton rouge à lèvre rouge !!!

·      J’aurais aimé t’en mettre plein sur la queue.

·      J’aurais aimé sentir ta bouche se refermer autour de ma queue tout en te regardant dans les yeux. PS : rien que d’en parler ça agie.

 

·      J’adore sentir ton corps vibrer sous mes doigts.

·      Comme un gong 

·      Tu sais que tout à l’heure j’étais à deux doigts de perdre le contrôle. J’étais prêt à te prendre dans le couloir et te bouffer la chatte sur les marches de l’escalier.

·     

 

·      Quoi  « … » ?

Je te dis que tu m’as électrisé et toi tu me réponds « … » ?

·      Tu veux un café maintenant ou après le boulot ?

·      Comme tu préfères Clé ! Mais bordel parles moi ! Je me fous de ton café.

·      Moi je préfère les Bahamas…

·      Je comprends, mais ça ne m’aide pas ! Tu m’énerves quand tu fais ça…

Tu me dis ce que tu veux ? On fait quoi ? Tu sais ce que je veux moi. Je te veux toi.

Tu as envie de quoi ? Je t’en prie, parles moi…

·      D’un bébé fille… En vrai.

·      Alors vas pour un bébé fille… En vrai. Tu le veux vers quelle heure ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Formatage.

 

Il aimait ce que j’étais. J’étais un outil extraordinaire pour l’édification de son propre temple : lui. J’étais le couteau suisse parfait ! La dextérité et l’humilité, le génie et l’asociabilité, le charisme et la pudeur. Du pain béni. Aussi.

Il m’apprenait à sublimer tout ce qui faisait ma personnalité, ma singularité. Tout ce qu’on m’avait appris à rejeter de moi, il voulait que je lui montre, que je le développe, le sublime, le transcende et que je le livre à la communauté comme étant un don exceptionnel, un talent singulier et unique, crée par lui, même si ça avait toujours été là comme ça. Il faisait de moi ce que j’avais toujours été, mais tout devait être grâce à lui. Moi par lui. Il mettait à jour mon intérêt aux yeux de la société. Il me formatait. Par lui je devenais la fameuse Clémence, comme s’il me sortait d’une enfance dont en réalité il savait que je ne sortirais jamais.

Comme il me présentait aux autres et m’exposait, les autres me regardait et m’écouter pour peu que je fasses attention de ne jamais déborder sans que ça ne soit hyper contrôler. Il m’avait appris à savoir déborder pour me donner le droit de faire ce dont je ne pouvais pas me passer : être vrai. Je débordais parce qu’il avait placé un cadre stricte autour de moi qui disait que mon débordement était sous contrôle : le sien. Officiellement j’étais sous contrôle : le sien. Même si, étrangement tout le monde voyait bien que la midinette en rose pâle, cuissardes et mini jupe menait le patron, donc tous, par le bout du nez.

Il était fier de m’exposer comme un animal dompté. J’étais docile parce que je savais qu’un seul éternuement de ma part le ferait se mettre à mes pieds pour me moucher. Par le bout du nez.

Quand on a été gâtée d’amour comme je l’ai été par Toi, ça ne part jamais. C’est une façon d’être qui s’installe et on s’habitue à toujours être - d’une façon ou d’une autre - pourrie gâtée. Ce n’est pas quelque chose de matériel ou qui relève du confort. C’est quelque chose en nous qui nous dit que quoi qu’il se passe on aura toujours le meilleur de ce qui se fait. On se sent majoritairement toujours bien où on est et en sécurité. Ce qui permet la confiance, qui elle même permet d’aimer.

Comme un défi personnel, j’avais aimé Faustin dès les premières secondes, je l’aimais d’heure en heure, de mois en mois. Je l’intégrais. Aimer n’était jamais un problème chez moi. J’aimais. Mais avec Faustin, je m’évertuais à le faire bien, à être parfaite, à donner et recevoir un amour de qualité. Nous étions donc Faust et moi une seule et même entité composée de deux atomes autonomes. Totalement fusionnels. Pareil. Sur la même et précise longueur d’onde. Tout fait pour être ensemble. Nous l’avions fait. Nous nous étions travaillé, accordé, au même et unique diapason. Autant par amour que par intérêt. Il gagnait la jolie fille, j’emportais le patron. Deux alliés. Enamourés.

 

Il avait reçu le choix dès le premier regard. Je lui avais donné, caché au creux de lui, porté par chacune de mes phrases fondatrices, la clé de sa liberté, accrochée à son cou : tu triches, tu perds. Tu joues, tu perds. Sincère, tu auras tout. Moi, à tes genoux.

Il devait tout me donner, parce que j’étais venu tout prendre par lui pour tout lui rendre magnifié. J’espérais qu’il y arrive. Je le voulais. Non pas tout prendre de lui, mais par lui. Il avait accès à la construction de notre empire, il pouvait tout posséder, à la seule petite condition unique de faire un jour un pas vers moi.

 Il faisait partie de mon aventure et tout se faisait par lui, mais aussi pour lui, pour peu qu’un jour à n’importe quel moment, il puisse prendre la décision de faire ce petit effort de marcher vers moi. La vraie et unique moi. Pas celle que l’on jouait à construire pour conquérir les rêves de nos vies respectives. Non. Moi. Clémence. L’étrange Clémence… Remplie de Toi…

Je lui donnais ce que j’avais de plus fragile, de plus précieux, de plus intime : un accès à ce qui me composait, ma richesse, moi. Et un accès à Toi… Il pouvait avoir accès à Toi. La préciosité maximale en moi, il pouvait s’il faisait l’effort, y accéder et alors profiter à fond de moi, jouir de moi, être aimé de cet amour que l’on se fait Toi et moi. Un délice…

L’expérience était lancée. Alors je lui ai demandé de me faire un bébé, une fille. Pour de vrai. J’en rêvais. Comme je le voulais plus que lui, je lui ai fortement insufflé l’envie. Accordé. Mon bébé. Et il savait que c’était là l’occasion de pouvoir me garder à jamais dans sa vie. Sa paternité. C’était la seule clause que je mettais au contrat de ma captivité volontaire. Un enfant. Une fille. En premier. Et puis des bébés à volonté.

Ainsi, les yeux dans les yeux, son pénis dans mon vagin, ensemble, nous nous sommes regardé d’abord, puis nous nous sommes vu ensuite, l’un et l’autre, nous faire un enfant.

Et nous l’avons eu.

Le test de grossesse positif à la main, je bondissais dans la chambre, pleurant de joie et folle de bonheur d’avoir deux petits traits et un bout de lui dans mon ventre.

Sur un point physiologique au moins j’étais normale ! J’allais rejoindre la grande famille humaine, les hommes qui vivent dans les arbres, enfin, moi aussi, j’allais enfanter !

-       Je suis enceinte !!!! Aaaaah !!! Regarde !!!! Je suis enceinte !!!!!! Ouh putain !!! Je suis enceinte, c’est positiiiiiiiiiif !!!

-       Quoi ? Quoi tu es enceinte ??? Fais voir ??? Chuuuut… Fais voir ??? Il y a deux traits !

 

Et les hormones sont arrivées. Pour expliquer les hormones de grossesse à quelqu’un qui ne les a pas vécu :

Tu es calmement en train de faire la planche sur le dos... L'eau est douce et agréable. Tu te détends autant que tu peux. Tu sais que tout mouvement est inutile puisque tu flottes. Tu te laisses donc aller sans autre choix dans cette divagation aquatique. Tout va bien, du moins tu fais en sorte que tout aille bien... Tu maîtrises ton flottement, tu le comprends, tu le respectes pour ne pas l’agacer parce que tu as bien senti que sans lui tu vas te noyer alors tu supportes avec patience et courage les clapotis de l'eau qui te secouent, mais si peu...

Jusqu'ici tout va bien, vraiment c'est très supportable…

Tu n’avais juste pas vu, pauvre malheureuse que tu n’étais pas sur un lac, non, non, ni même sur la mer... NNNNoooooooooooon. Tu es dans une cuve sans borne... Un océan fermé par le bas qui n'a ni début ni fin sur les côtés, mais qui possède par contre un trou en son centre... Tout en bas... Juste sous toi... Puis, tiens, qu’est ce que tu vois plus bas ? Un bouchon de baignoire, là au fond grâce auquel rien ne bouge.


…Pour l’instant. Bizarre tout ça, mais tu restes concentrée sur le doux clapotis en essayant de ne pas l’augmenter.

Soudain ! Une grande main sadique plonge dans ta grosse bassine sans bords. Tu ressens l'eau qui s'agite plus fort sous l'impulsion de cette main maligne et ton corps se met à t’envoyer des signaux de partout pour te dire que ça sent les problèmes, mais tu es encore loin d'imaginer la suite...
La main traverse les eaux douces qui s'agitent par cette plongée et les doigts se tendent vers le fond pour attraper le bouchon... D'un geste sec et rieur, la main vient de déboucher ta cuve...
AAaaaaaahhh !!!!!!!!!! Tu es au milieu du trou qui se forme à cause de l'évacuation de l'eau, Tu ne peux pas bouger, Tu ne peux t’accrocher à rien d'autre qu’à ton espoir et à ta foi en le fait que tu vas vivre encore. Tu tournes, tournes, tournes, avec une force démoniaque et tu ne peux absolument rien y faire. La force satanique de ce qui te broie crispe ton corps, te laissant te démerder dans les tourbillons qui veulent apparemment t’aspirer au fin fond, en enfer sans doute tu le sais maintenant, tu vas crever, tu en es sure, maintenant c’est clair, tu cherches la mort comme un salut tellement tu n’en peux plus, en te battant pour la vie, encore loin de cette valse démoniaque.

Car les nausées de grossesse vois-tu c’est l’enfer ! C’est quand tu as l’impression qu’on te dépossède de toi même et que tu es juste une grosse merde qui est en train de subir quelque chose sur laquelle tu n’as aucun pouvoir alors que ça se passe dans ton corps. Toute ton énergie physique, mentale, sentimentale, est détournée, transformée, happée. Tu es totalement sous contrôle de quelque chose en toi qui est beaucoup, beaucoup plus fort que toi, qui te couche direct, te laisse sur le carreau, t’essore, te froisse, te tourne et te retourne dans tous les sens, que tu le veuilles ou non, alors qu’à la base, toi tu as été plutôt sympa de le laisser rentrer.

C’est comme accepter un ami à dormir un court laps de temps et le voir refaire toute la déco, mettre ce qui ne lui plait pas à la poubelle et repeindre les murs dans des tons auxquels tu n’aurais jamais pensé. A chier. Marron avec des grosses fleurs oranges par exemple ?

Tu ne peux ni regarder, ni entendre, ni sentir autre chose que la puissance de ce qui te domine, tu ne peux supporter aucun autre élément qui ne serait pas ce déchainement de marée que tu es en train de vivre. Dans ta tête, comme dans ton corps, tu es en pleine tempête.

Tu as le mal de mère.

La nausée.

***

 

J’étais couché depuis quelques jours et déjà je n’en pouvais plus. Je ne supportais plus rien. Aucune odeur, aucun bruit, aucun mouvement. Je ne pouvais ni boire, ni manger. J’étais cloîtré dans la chambre de Faust avec qui je n’habitais même pas encore, ko technique. Comme une impression d’être allé trop vite. J’avais foiré.

Mon malheur est peut-être de faire partie de ces gens qui tombent rarement malade. Et si tu tombes rarement malade, tu vis la maladie comme une injustice, une punition qui te coupe du monde et t’empêche de vivre… Juste parce que c’est une situation très inhabituelle… Peut-être que quand tu tombes tout le temps malade aussi en fait… Je ne sais pas. On aura facilement tendance à imaginer ceux qui sont tout le temps malade plus rompus à l’exercice, mais peut-on l’être vraiment… Je ne sais pas.

Toujours est-il que je n’allais pas bien du tout. Ce moment que j’avais tant attendu, cet enfant vers lequel j’avais tant marché, mon expérience incarnée, se révélait être un handicap pour moi, un vrai calvaire physique qu’en prime je n’étais pas apte à supporter. Je découvrais l’échec. Le plus grand échec de ma vie me provoquait : mon premier bébé.

Evidemment, dans ce genre de situation, il y a toujours une connasse ou un connard pour te dire à quel point la grossesse est quelque chose de magnifique et que oh-c’est-bon-c’est-pas-une-maladie-oh… Non, certes, mais il fallait tout de même m’en soigner. Trouver un médecin qui s’occupe de me guérir de la fabrication interne des bébés !

Gynécologie impitoyable…

 

J’avais choisi mon gynécologue selon plusieurs critères. Le premier était qu’il soit gynécologue obstétricien et puisse à la fois suivre ma grossesse et m’aider à accoucher le jour J, de peur de tomber sur un parfait inconnu lors de ce moment précieux et délicat.

Le deuxième critère était le fait qu’il soit un homme… Pour moi, les hommes étaient plus logiquement intéressés, d’une façon objectivement motivée par un manque de connaissance à la base, par tout ce qu’il pouvait bien se passer autour des vagins et de la naissance. Les femmes gynécologues, qui passaient leur journée la tête dans des chattes, avaient donc  forcément une petite perversion mal placée quelque part.

Fatal error.

Le troisième critère qui est de loin le plus ridicule était de choisir précisément ce gynécologue là, parce qu’il portait le même nom que ma bonne amie qui venait de mettre au monde une magnifique petite fille en pleine santé. Verdier.

Same player play again.

Et enfin, le dernier critère était qu’il ait une machine d’échographie dans son cabinet pour pouvoir voir mon bébé tout de suite et aussi souvent que je le souhaitais.

La première fois que j’ai vu ce connard de sombre merde de sa race gynécologue, je ne me suis pas offusqué du fait qu’il me parle comme à une gamine de 12 ans. Je ne me suis pas plus offusqué qu’il explique au père de mon enfant, plus qu’à moi, ce qu’il se passait dans mon corps. Je ne me suis pas indigné quand il me sommait d’arrêter la cigarette comme il l’aurait fait à une ado qu’il retrouverait clope au bec dans les toilettes de son lycée, alors que j’avais de moi-même déjà arrêté... Non. Je ne me suis en rien offusquée…

J’étais une jeune fille bien éduquée. Dressée. Puisque personne ne semblait réagir autour de moi c’est que tout était normal et que c’est comme ça que cela devait se passer. Et puis s’il y avait des problèmes avec les gynécologues qui font naître les bébés, les femmes l’auraient dit, ça se saurait… Je me rassurais. Bien élevée.

Planant dans mon marasme hormonal et dans mon tout petit bonheur de future mère, tout ça me passait bien au-dessus. L’important était « que bébé aille bien ». Moi ? Pas grave.

Sourire crispé.

Par contre… Ce qui m’a durablement choqué et démoli c’est quand pendant la première échographie, son appareil à l’intérieur de mon ventre, il s’est laissé aller à me tripoter le clitoris avec ses doigts gantés. …ça… ça m’a foutue en l’air correctement et ça, ça m’a traumatisé. Quand je l’écris comme ça, ça n’a l’air de rien de se faire tripoter le clito par un inconnu qui a une machine dans notre vagin pour nous montrer notre bébé n’est ce pas... Elle ne va pas en faire un plat parce qu’il lui a calé un doigt et puis, est ce qu’il l’a fait exprès ? Est ce qu’il l’a vraiment fait ? Comment elle était habillée ?...

Surprise, j’ai levé les yeux de l’écran de contrôle et je l’ai fixé interrogative et visiblement anesthésiée par le coup causé par son geste de viol. Il ne pouvait pas avoir commis ça ??? Ce n’était pas possible !!! Il ne pouvait pas avoir « massé » mon clitoris sans mon accord avec son appareil dans mon vagin en guise de godemichet comme si mon corps était à sa disposition et que j’étais forcément consentante ??? Non ! Je me faisais des idées, j’avais mal compris ! Ce n’était pas possible ! Le père de mon enfant était bien là juste derrière son paravent, il ne pouvait pas avoir fait ça si près de celui avec qui il faisait mine de se lier d’amitié en toute courtoisie ! Il ne pouvait pas faire ça en ayant à ce point l’assurance que je ne dirais rien, que je ne crierais pas et qu’il pourrait en profiter en paix ??? Il ne pouvait pas m’avoir fait ça à moi ??? Qu’est-ce que j’avais bien pu faire pour le laisser penser qu’il pouvait me faire ça ???

J’étais tellement jeune… Il pouvait le faire, parce que c’est ce qu’il s’est passé. Je n’ai pas réagi. Je n’ai rien fait. Pas bouger. Rien dit et le pire ? Des années plus tard, je n’en ai jamais parlé… A personne.

Il pouvait le faire, parce que c’était son métier. Violer des femmes enceintes, dans un moment d’extrême fragilité et précieux pour elle. Une préciosité si belle qu’il venait saccager. En toute impunité. Puis, je l’ai payé. Pour m’avoir violer.

Cet épisode a été d’une violence inouïe qui a participé au fait que je ne voulais vraiment, vraiment, plus porter cet enfant qui me faisait vivre des choses si dures. Je n’étais pas encore apte à comprendre que ce n’était pas mon enfant qui était responsable de tout ça, mais un énorme dysfonctionnement social et mon incapacité à me battre pour lui et moi, sans Toi et à le protéger.

Je voulais rentrer dans l’expérience et vivre avec eux, me mélanger. J’y étais. A dégueuler.

Je ne pouvais pas comprendre que ce gynécologue était juste un malade mental de plus et que je n’étais coupable de rien… Je ne pouvais pas comprendre à quel point le milieu médical était sclérosé de malades qui lui ressemblaient tellement et qui n’avaient simplement pas leur place en face de femme comme moi. Ni différente de moi d’ailleurs…

Alors de retour dans ma chambre, cloîtrée dans mon vomi, mon silence et toutes ces odeurs immondes qui se révélaient à moi, j’ai fait la seule chose que je savais faire en cas de pépin : je t’ai appelé pour que tu me sortes de là !!!

Et quelle prière as-tu dû entendre… Quel désespoir as-tu dû supporter avec moi…

 

***

 

Dis… C’est moi. Pardon… Je suis vraiment, vraiment désolée. Je sais que je T’ai demandé cet enfant et je sais que Tu me l’as donné alors que Tu ne le donnes pas à d’autres, mais pitié, reprends le, je n’en veux plus. Je ne suis pas capable de le porter.

Je doute qu’il soit le père de mes enfants Tu sais, je doute qu’il soit l’Homme de ma vie. Je crois qu’il est malsain Tu sais. Je crois que j’ai mal calculé, ou je suis allé trop vite, mais il y a quelque chose que j’ai raté. Je n’ai pas su attendre. Je sais que j’ai forcé parce que j’étais tellement pressée. Je me suis trompé, pardonnes moi, je T’en supplie, pardon, reprends cet enfant, enlève le de mon ventre, je ne peux pas le porter, c’est plus fort que moi, c’est trop pour moi, je n’en suis pas capable. Je ne veux pas avorter, ne me fais pas passer par cette épreuve, aides moi. Je ne veux pas tuer mon enfant dans mon ventre, aide moi, pitié. Je ne veux pas le tuer. Reprends le.

Je Te le demande du fond du cœur et je ne T’en voudrais pas de le faire, je sais ce que je Te demande et j’accepte ce qui va suivre dans ma pleine conscience, reprends cet enfant, pitié... Je n’en suis pas capable. Je ne veux pas. Pitié…

C’est un appel plein d’amour que j’ai fait. Plein d’amour pour moi… Et j’en avais le droit. J’avais le droit de refuser. C’est avec le cœur que j’ai parlé et pendant que je parlais, je savais que j’étais comprise, entendue et profondément aimé. Tellement aimé. Jamais jugé. Jamais moqué. Juste tellement aimé.

J’avais le droit de dire non après avoir dit oui, j’avais le droit de faire ce choix, mais la réponse qui me venait était que j’allais en baver d’être exaucé, pour toute ma vie et à jamais, j’allais en baver et regretter, mais que je serais toujours, dans la même puissance et avec le même acharnement, aimé et respecté. Jamais moqué, jamais jugé.

J’aurais tellement aimé à ce moment, être moi Clémence, la vraie, l’enfant, la sœur, être soutenue, accompagné vers ma maternité et à l’occasion, être, par eux tous, aimé pour ce que je faisais : mon bébé… Mais j’étais seule. Dans ma tête, dans mon cœur, je ne recevais pas assez de force extérieure pour le porter… Mon bébé. Alors je voulais qu’il sorte, m’en débarrasser pour ne pas continuer à vivre cet enfer de solitude qu’ils vendaient tous pourtant comme étant censé être un moment sacré.

 

Deuxième rendez-vous chez le connard de violeur gynécologue. 3 mois et demi de grossesse.

·      Comment ça va ? Elle va bien ?

·      Ah ça oui ! D’un coup ça va beaucoup mieux, les nausées se sont arrêtées, elle n’arrête pas de parler, elle reboit, remange. Et vous ? Vous allez bien ??? Vous avez beaucoup maigri !

·      Oui, ma femme m’a quitté… Allé. On va voir tout ça.

Derrière son paravent, j’avais réussi à me persuader que tout ce qu’il s’était passé avant n’avait pas vraiment existé, qu’il n’avait pas vraiment fait exprès, que je ne devais pas vraiment tout gâcher avec ce « détail ». Et puis, c’était vraiment bien fait pour sa gueule que sa femme l’ai quitté. Taré.

·      Comment va mon bébé ?

·      Attendez… (Long - trop long - silence) Je ne le vois pas…

·      Il s’est caché ? Il joue ? J

·      … Vous voyez cette petite tâche ici ? C’est la poche de votre bébé, elle fait 5 millimètres… Normalement, au terme où vous êtes, on devrait déjà voir votre bébé… Le cœur s’est arrêté, il ne bat plus.

·      …il est… Mort ?

·      La grossesse s’est arrêtée, c’est pour ça que les nausées se sont arrêtées et que vous pouviez manger. Vous avez fait une fausse couche.

…Je vous laisse vous rhabiller.

Caresse sur le genou nu. Dégoût. Connard.

·      Les fausses couches arrivent chez 25% des femmes. Je vais lui prescrire un médicament pour l’aider à expulser la poche et nettoyer l’intérieur. Il faudra bien faire attention à ce qu’elle le prenne, c’est important. Si rien ne sort dans 3 jours, nous lui ferons un curetage… Vérifiez bien qu’elle prenne son médicament, c’est important.

 

Quand je suis sortie du cabinet, je me souviens que j’ai vu un bus passer. Et que j’ai voulu me jeter sous ses roues.

Avec mes conneries, avec mon manque de courage, je l’avais fait, j’avais perdu mon bébé. Je T’avais demandé de le reprendre et Tu m’avais exaucé. Et je savais pourtant que j’allais en baver…

Mais c’est ce que je T’avais demandé. Je savais pourtant que j’allais en baver… Et c’est ce qu’il s’est passé.

Tout a implosé.

Big badaboum.

Je suis rentré à la maison, sans bus. A pieds. J’étais devenue celle qui avait perdu son bébé et toute ma vie venait de basculer dans le monde de l’infertilité. J’étais officiellement une femme qui ne produit rien, pire, j’étais du côté de celles qui portent la mort dans leur ventre.

De celles qui ne savent pas faire la chose que tout le monde de ceux qui vivent dans les arbres présente comme l’évidence même… Faire un bébé. Juste niquer, attendre et accoucher. Franchement, ça n’avait pas l’air compliqué et même ça, je l’avais raté…

La société ne sait pas se comporter avec les femmes qui perdent leur bébé. On leur dit qu’il ne faut pas dire qu’elles ont « perdu » leur bébé parce que ce n’est pas leur faute, elles n’ont pas oublié un enfant quelque part, le mot est mal adapté… Par contre on peut parler de « fausse » couche… Il y a les vraies couches et les couches des mythos… Les fausses couches, les couches qui n’ont pas existées.

Ce que ces femmes là vivent est nié, affirmé comme faux. Fausse couche…

A ces femmes là, on leur dit qu’elles en feront un autre, de bébé… Qu’elles sont jeunes... Que ça devait se passer comme ça… Que « Dieu a bien fait parce qu’Il fait toujours bien les choses »… Que la nature exerce encore son rôle de sélection naturelle et que le bébé, leur bébé, devait être tout pourri. En fait… On ne sait pas bien leur parler.

On ne leur dit pas à ces femmes là, qu’on les aime, qu’elles sont plus que tout, des humaines courageuses parce qu’elles font le choix de vivre après avoir traversé la pire des morts, parce qu’elles ont de la valeur et sont remplies de vie et de force et de courage par le simple fait de respirer encore, de marcher encore...

On ne leur dit pas qu’elles ont le droit de pleurer. On les console en leur disant « allons, allons, ne pleure plus, ça va aller… » Ça va aller, peut-être, mais ça ne va pas, là tout de suite, la mort de mon enfant en moi, la mort que j’ai porté dans mon ventre et que tu ne veux pas entendre à travers mes larmes fait que là, tout de suite, ça ne va pas du tout et que la perspective du lendemain vidé de mon enfant pèse sur moi et me noie dans mon chagrin.

On ne leur dit pas qu’elles ont le droit de crier, de hurler, de nous détester nous qui ne leur avons rien fait. Qu’elles ont le droit de tout mettre en place psychologiquement pour sortir de la mort qui les tire vers le bas, qu’elles sont pleinement, légitimement, souverainement triste pour une bonne raison, pour la raison des raisons : la mort de leur enfant qui existait déjà pour elles. En elles. Qui devrait exister pour tous…

On ne leur dit pas qu’elles sont de plein droit des femmes comme les autres, qu’elles le sont plus que les autres qui n’auront jamais à ouvrir ce pan-là de leur humanité, de leur féminité…

Non. La société ne sait pas se comporter avec les femmes qui perdent leur bébé.

Les médicaments n’ont pas agis. Rendez-vous a été pris pour le curetage, avec le bon docteur Ducon puisqu’il était aussi gynécologue obstétricien…

Fatal error. Don’t play again.

Je suis allé à la clinique. Descente hormonale, deuil mal fait, ivre de tristesse, je marchais à côté de moi même. Je n’étais plus moi même. Je n’étais plus rien. Encore. Alors je suis allé m’allonger sur le chariot pour aller au bloc et une fois là bas, j’aurais préféré mourir une bonne fois pour toute. Mourir vraiment pour mourir enfin puisque je portais la mort, puisque j’étais pleine de mort, puisque j’étais morte… Puisque j’avais tué.

J’étais là, couché, nue, à disposition de trois ou quatre hommes que je ne connaissais pas placés sous la direction de celui qui avait déjà abusé de moi alors que j’étais consciente. Et je m’apprêtais à être endormie pour subir je ne sais quels actes encore, inconsciente. Personne ne m’expliquait. Personne ne me consolait. Personne ne me parlait.

L’absolu dégueulasse.

Et puis, hop, au boulot, soudainement le bout de viande se transformait en une chose avec laquelle on était obligé de composer et qu’on voulait bien gratifier de quelques mots vides, sans prendre en compte, jamais, que cette femme couchée là était une mère qui venait de perdre son enfant et que personne n’était en train de considérer comme telle :

·      Où est votre homme ?

·      Il n’est pas là, il travaille, il a dit qu’il était en train d’arriver, il sera là quand je vais me réveiller… C’est vraiment un clown, il fait tout le temps des blagues pour me faire rire. C’est drôle votre truc, ça sent la lessive. C’est normal que ça me donne envie de rigoler ?

·      (à son collègue) Ah bon, ça sent la lessive ?

·      Oui, ça sent bon et ça fait rigoler !!! Ahahaha !

·      Elle délire. Mais elle a raison, ça sent un peu la lessive, t’as jamais essayé ?

·      Non, t’as essayé toi ?

·      Bein oui, ça détend et ça fait rire, tu devrais essayer…

 

Ce sont les derniers mots que j’ai entendus, mais mon corps a entendu tout le reste. Mon corps a entendu comment on l’a malmené, mon corps a entendu comment on l’a brusqué, mon corps en a été, lui aussi, traumatisé. Et au plus profond, fin fond, moi aussi. A vie. Cette sensation, malheureusement, n’est plus jamais partie.

Quand quelques jours plus tard, bien après l’opération, j’ai essayé de faire l’amour avec l’homme de ma nouvelle vie macabre, j’avais la désagréable réminiscence de cette intervention qui  remontait et qui me faisait me dire que oui, quelque chose de dégueulasse encore c’était passé et que la vie, ma vie, venait de changer. Traumatisée.

J’avais l’impression que le pénis de mon homme était un pied de biche avec lequel on me raclait l’intérieur du ventre ! J’avais l’impression que quelque chose se passait en moi sans que je le veuille, j’avais l’impression qu’on m’agressait ! Parce que c’était la réalité. Un corps écrasait le mien, celui qui m’avait fait un enfant était en train de ne pas s’arrêter alors que j’avais mal. Nous étions en train de passer outre la douleur que je portais dans mon ventre en me raclant l’utérus à coup de pénis parce qu’encore une fois, j’étais une jeune fille très bien élevée qui ne savait pas dire, stop, maintenant tu te contiens, j’ai mal, regarde moi, il te faut t’arrêter, mon corps est traumatisé, tu dois me considérer, regarde moi, je ne jouis pas, je souffre. Regardes moi ne pas prendre de plaisir, arrête toi. Pitié… Tu es en train de me violer toi aussi, encore, en toute légitimité...

Bien élevée.

Je ne saurais jamais, au grand jamais ce qu’il s’est vraiment passé ce matin là. Je ne saurais jamais à quel point ils m’ont brutalisé au point de me créer une béance du col. Mais ça aussi, ce ne devait devenir qu’un autre détail de plus…

Combien de femmes sont remplies d’autant de détails… Toutes, peut être. Trop, certainement.

 

 

 

 

***

 

Il n’y avait pas que l’expérience tu comprends… Il y avait moi aussi. Clémence... Et c’était la première fois que je m’en apercevais. Je voulais tellement réussir à Te combler dans ce que je pensais que Tu me demandais, que je m'étais oublié... Et Faustin venait de me rappeler à moi. Clémence. J’aurais aimé qu’il m’aime Tu comprends... Bien sûr que je prioriserais toujours l’expérience… Mais j’aurais aimé qu’à un moment, il me regarde, me voit et m’aime tu comprends ?… Alors oui. Je suis triste. Parce que je réalise que je lui ai donné mon corps et qu’avec le sien, je lui ai fabriqué mon enfant. Je lui ai donné un enfant. Ce n'est pas rien. Je ne peux pas donner mieux de moi que ça…

J’ai essayé… Et je n'ai pas su le faire. Mais j’ai essayé ! Je me suis offerte et même avec ce don maximal de moi, même si j'ai échoué, j'ai essayé ! Et il ne m’a pas aimé… Pas même consolé.

Alors, oui, malgré le fait que j’ai répondu au sacrifice honnêtement, que j’ai été fidèle à l’expérience comme je la comprenais et que j’ai respecté ta Loi et les autres… Malgré que je reste dans tes pas continuellement et que je m’y sente en sécurité, loin d'eux, mais dans Ta joie… Malgré le fait de savoir tout ça, d’avoir tout ça avec Toi, Tu ne peux pas enlever ma peine de ne pas avoir pu être aimé, par lui... Par eux, en fait.

Parce qu’au delà de l’expérience, je l’aimais, quand même Tu vois… Et je lui ai tout donné pour me faire aimer. Et j'ai encore foiré.

Je n’y arriverais jamais. Ils vont toujours me rejeter.

Je savais que Faustin avait 80% d’infertilité diagnostiquée en lui, mais je me pensais capable de réussir et de lui donner un bébé, pour lui montrer à quel point je savais aimer… Et je savais que Tu me le donnerais à moi ce bébé et qu’il serait beau et en bonne santé…

Mais jamais, au grand jamais je n’aurais pu imaginer comment ils traitent les mères qui découvrent la maternité… Ce sont des grands grands malades ! Des gros tarés !

Jamais je n’aurais pensé qu’il était ce monstre que j’ai découvert sans vraiment gratter. Et que derrière ce monstre se cachait toute une société organisé sur le mépris des femmes enceintes, de la naissance, des bébés, de la fragilité ! C’était horrible !!!  Imagine si je vais plus en profondeur en lui ! C’est horrible !!! C’est à gerber ! Je ne pouvais pas Tu comprends ? C’était trop dur. Je ne pouvais pas supporter. Pas seule. Pas comme ça. Pas mal aimée, pas préparée… Ce n’était pas possible… Personne ne m’avait prévenu de ce qui m’attendait, personne ne préviens les jeunes filles qu’on les attend à la clinique pour les violer en toute impunité !!! Personne ne nous dit qu’ils vont nous transformer en objet incapable, tout juste bonne à se taire et à payer ! Je suis désolée, personne ne m’en a jamais parlé, je me serais préparé, je jure, Tu me connais… Je Te demande pardon, je Te demande tant, à genoux, de me pardonner…

Et puis pour qui il se prend lui bordel !!!

Je portais cet enfant toute seule ! C’est un taré ! Ils sont tous tarés !!! Il n’y en a pas un seul qui a été foutu de m’aider et de m’encourager ! De me montrer de la douceur, de l’attention et la valeur de la vie que je portais ! Nulle part je n’ai trouvé de prise pour me retenir à la vie et la donner ! Et c’est la mort qui m’a aspiré ! Et qu’est ce qu’il fait cet enculé !!! Au lieu de me donner de l’amour et des soins ??? Qu’est ce qu’il fait ??? Il m’a baisé !!! Il me baise alors que mon corps saigne encore de ma fausse couche !!! Il me baise alors que ces enfoirés de codétenus de jeux macabres m’ont laminé et qu’il le sait ! Il me baise et m’écrase et en profite pour placer une autorité qu’il ne pouvait pas placer avant parce que ma force de femme le retenait ! Mais une fois que cet enculé a comprit qu’ils avaient réussit à introduire la faiblesse en moi, une fois que la mort de son corps infertile a contaminé le mien, il a appuyé sur mes épaules pour m’enterrer ! Il l’a fait Seigneur ! Il m’a brutalisé ! Parce que je le contestais pour avoir osé me mépriser en toute impunité dans le plus grand moment de faiblesse de ma vie au lieu de m’aider à me fortifier en me cajolant, parce que je tenais à réaffirmer mon pouvoir décisionnel sur ma vie et ma liberté, parce que je voulais partir loin de lui qui était incapable de me soutenir pour de vrai et de me protéger, il l’a fait ! Profitant que je me baisse dans une explication musclée dans laquelle il n’avait plus aucuns arguments pour se justifier, il a fait tomber mes affaires par terre et pendant que je les ramassais, il est passé derrière moi, a appuyé sur mes épaules pour me mettre à terre et me rabaisser et il m’a poussé !

L’homme à qui j’avais fait un enfant venait de le faire, il venait de me violenter, quelques jours à peine après que je perde notre bébé. Il venait d’utiliser sa force non pas pour me protéger, mais pour me faire du mal. Il l’avait fait. Et par terre, sonnée, colère, remplie de toute la force qu’il m’avait fallut dans mon enfance pour leur faire plus peur que eux ne le pourraient jamais, je me suis levé et je l’ai giflé.

Je l’ai giflé et j’ai tout cassé.

La seule réponse possible que j’avais conservé était de toujours faire plus peur que lui ne le pourrait jamais. Quand on a une folle furieuse en train de casser sa maison et qui ne semble avoir aucune barrière visible à la montée de la destruction de ce qui vient de l’attaquer, on évite de la recroiser. Je l’ai frappé. Je l’ai obligé aux excuses en hurlant « TU NE ME TOUCHES PAS !!! Tu tapes la mère de ton enfant ??? TU NE ME TOUCHES PAS !!! »

Une bonne fois pour toute et à jamais, j’ai récupéré, ma puissance de décision, ma liberté qu’il pensait pouvoir écraser pour pouvoir me dominer pour me garder. Ce fils de pute. Je lui ai fait passé l’envie de me rabaisser un jour encore ou de me violenter.

Et je l’ai quitté…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Promesse

 

Pétoncle… C’est à cela que je m’identifiais le mieux, là, tout de suite. Les chaussettes remontées sur mon leggings noir, mon corps trop maigre emmitouflé dans mes deux pulls en laine malgré un chauffage réglé sur 5, sur une échelle de 5, les cheveux en bataille et le regard morne, entourée plusieurs fois dans mon duvet blanc, assurément, j’étais un pétoncle.

Captive de mon lit, détenue volontaire de l’intérieur cossu de ma maison tristement fleurie, je ne pouvais plus décrocher les yeux du plafond.

J’avais depuis toujours la faculté d’animer les murs. Faculté secrète, intime et mystérieuse qui ne servait qu’à me distraire les jours de claustration que je connaissais trop bien. Comme un cinéma interne, un divertissement personnel que Tu m’aurais donné pour me divertir à satiété…

Les yeux fixés sur le mur, je m’appliquais à en détacher la première partie visuelle que je créais, de la partie secondaire qui existait et je m’amusais alors à les faire se déplacer distinctement l’une sur l’autre, vers le haut puis le bas, sur le côté, dans un mouvement hypnotique que moi même je ne comprenais pas, mais qui me laissais toujours béate.

Je n’avais jamais su comment je faisais ça, ni pourquoi, mais du plus loin que je me souvienne, j’avais toujours su le faire.

Je faisais danser les murs et les plafonds quand mon corps ne voulait plus rien faire pour moi et que ma tête meurtrie ne me répondait plus d’une façon apte à me mouvoir en société. Je me déconnectais. Je rentrais dans une furie de questionnements sans logique et parfois sans aucun intérêt… Qui me calmait. J’étais chez moi, en moi, apaisée.

Si la vie existe ailleurs sous une autre forme que la vie, comment on fait pour la repérer ? C’est comme si on était sur une fréquence et qu’il existe des vies sur d’autres fréquences de différentes portées… Une infinité de fréquences à trouver pour ensuite trouver les bonnes stations et pouvoir apprendre la façon de communiquer…

C’est n’importe quoi la réalité. Si ça se trouve, tout est fait pour moi et n’existe que par moi. Ce ne serait qu’une grosse arnaque, une usurpation. Je n’ai pas de preuve que les autres existent. Peut être qu’ils savent tous que tout est fait autour de moi et jouent leur rôle en fonction d’ordres qu’ils reçoivent tous et que moi je ne reçois pas…

Si les fraises sont rouges et les arbres verts, admettons, ok ? Et qu’on décide de changer toutes les couleurs avec un ordre que nous seule choisissons, comme dans ces tableaux où il faut appliquer une couleur en fonction d’un numéro ! Alors on décide que tout ce qui est jaune dans la réalité deviendrait bleu et aurait le numéro 2 par exemple et tout ce qui est bleu devient jaune ! On inverse toutes les couleurs primaires avec leur opposée ! Et le rouge devient vert, le blanc devient noir, on s’en branle, on fait se qu’on veut de la réalité ! Si ça se trouve ça deviendrait vrai !...

Quand une once d’énergie me revenait, quand j’arrivais à m’échapper de moi même et de mes réflexions insensées, je posais ma tête sur mon édredon. Puis je la surélevais encore avec un coussin. Puis encore un deuxième et dernier coussin pour mieux observer le chaos et le brouhaha visuel dans lequel je venais d’atterrir : la sombre et morne réalité. Un enfant jamais né… Mon enfant… Echouée.

Alors d’un mouvement de dégoût et de renoncement, je jetais tous mes coussins sur le côté, pliais mon édredon en son milieu et le faisait passer entre mes jambes pour me faire croire à un corps bienveillant à câliner… Danse du mur. Animation plafond.

Ma maison, mon petit bout de moi, vivait à mon rythme. Rangée quand moi même je l’étais, quand je repartais pleine d’espoir tenter de vivre une vie normale, ou normée et puis, apocalyptique au fur et à mesure de mes déceptions, analysées par une pensée dévorante qui me remplissait la vie au point parfois de me la masquer, quand ça m’arrangeait.

Je pensais trop. Il paraît…

Que dire alors à ceux qui ne pensent pas assez ? Autant aller se cacher en attendant la fin de l’éternité… Puisque c’est là bas qu’ils voulaient tous m’envoyer. Crevée.

Et puis je n’arrivais plus à suivre cette furie d’émotions, de calcul et de sentiments et je me laissais alors déborder pour me retrouver inéluctablement dans mon chaos. Danse du plafond.

Tu m’avais quitté ? Tu Te souviens ? Je ne T’entendais pas… Pas bien… Je T’entendais ?

Tout m’avait quitté… Moi… Rien.

J’avais tout lâché. Délaissé. Partie bouder.

Ma petite maison, mon petit bout de moi. Avec ou sans Toi, je ne savais plus. Rien, je ne savais pas. Tu étais là ? Ah.

Le jour de la visite de l’appartement, tandis que je quittais Faust une énième fois pour de bon – alors qu’il habitait toujours la rue d’en face – j’était tombée amoureuse de cette toute petite maison de gardien au fond d’une impasse d’un quartier ni populaire, ni bourgeois, ni calme, ni agité. Sans être un quartier dortoir, il n’était pas non plus un quartier vivant et c’est cela que j’aimais dans ce quartier. Il était tout et rien en même temps. Comme s’il ne savait pas se donner les moyens d’être quelque chose de défini, il se définissait alors par l’indéfinissable situation de sa situation indéfinie.

Je restais des heures, des jours dans ma maison. En silence ou en musique. Je la regardais. Toujours analyser. Pensées dévorées.

Et si la vie était en poupée gigogne ? Nous serions comme un virus en vie dans un corps encore plus en vie lui même dans un corps plus vivant encore… Du coup ce serait pour cela que nous aurions tant de mal à détecter la vie, puisque nous serions en quelque sorte des envahisseurs de vie, Tu vois, Des sortes de parasites venus bouffer la vie de la vie dans la vie… Le truc de dingue !!! On serait en vie dans la vie dans la vie en train de se dire qu’à ce jour aucune autre forme de vie n’a été découverte ailleurs que sur terre ! En étant l’équivalent d’un globule dans un organisme infini et inimaginable pour nous ! Et on tenterait de s’adapter à notre environnement en même temps que notre environnement tente lui même de s’adapter à l’environnement qu’on crée en lui ! La vie dans la vie dans la vie à l’infini !

Où je suis est ce que je suis. Je suis dans la vie parce que je suis la vie. Je suis la vie… Waouh.

Ma maison est trop petite. Moi aussi…

Ma cuisine, minuscule elle aussi, est séparée et c’est important. Comme moi... Je suis minuscule et séparée de tous les autres. Sauf que ma cuisine n’est pas rejetée par les autres pièces de la maison.

Les cuisines dans les salons, c’est à n’y rien comprendre de toutes façons… C’est un truc de psychopathes je crois… Pour les pauvres ou les étudiants c’est un gain de place intéressant sans doute, ok, bien qu’odorant Tu dois reconnaitre, mais dans les « vraies » maisons ça ne peut être que pour les gens prétentieux qui aiment montrer qu’ils cuisinent ou peut être même pour les gens hypocritement généreux qui ne veulent rien faire manquer de leur présence à leurs invités… Ils me saoulent tous. Qu’ils crèvent dans leur cuisine de merde.

Pourquoi ils font ça ? Des cuisines ouvertes, Tu avoueras que c’est étrange non ?

Qu’ont-ils de si intéressant à vivre, voir, dire qui mérite qu’on ne les quitte jamais une fois dans leur maison ???

Je n’aime pas cuisiner. De toute façon.

Cette maison m’amuse…Ma chambre, bien que donnant sur le salon sans aucune séparation est placée au fond de la pièce, sur une petite estrade qui fait penser qu’une pièce de théâtre de très grande qualité peut se jouer là toutes les nuits ou à n’importe quel moment de la journée.

Jouer… Comme moi…

J’adore jouer… Mais pas dans la réalité, c’est trop compliqué. Alors j’aime dormir. J’aime rêver. Et faire l’amour ici avec Toi ou celui que j’ai trouvé… Parfois... Mais j’adore faire l’amour avec Toi… Tu me prends pendant mon sommeil. Tu rentres en moi, dans mon sexe, je Te sens, sur tout mon corps qui T’obéit endormi, je Te sens qui me dirige tout en caresse, fort et un orgasme me réveille avec le goût de Toi dans ma bouche, un goût qui vient de moi, un goût qui ne m’est pas étranger, le goût de Toi, la sensation de Toi sur tout mon corps. Cette sensation d’être passé entre Tes mains qui reste tellement présente à mon réveil. J’adore ça. Les moments où Tu me rends visite et fais ce que Tu veux de moi. Ce sont les meilleurs moments de Toi et moi… Quand Tu me baises, l’air de rien et que je Te surprends au creux de moi…

Jouer même la nuit, avec ou sans Toi… Faire la mise en scène de ce moment que l’on ne contrôle pas, une délicieuse promesse pour la grande passionnée nocturne que je suis.  C’est moi qui commande. Chez moi…

En puis j’ai acheté un lit en forme de livre, mais là je ne crois pas que Tu étais là… Si ? Ah.

 J’étais aller le chercher avec cet amant qui était si grand en me disant que je serais ainsi toujours l’actrice principale de mon propre scénario écrit dans mon lit livre avec Toi et que je l’écrirais encore chaque nuit faute de n’avoir pu réellement le faire jouer. Tellement désolée… Je voulais inventer le récit de l’expérience réussie que je venais d’échouer… Gagnée ou foirée, l’expérience se ferait et serait écrite de mes doigts. Pour Toi. Pour tenter vaille que vaille de Te combler. Jouer à rencontrer le peuple des gens qui vivent au milieu des arbres... Comme Tu m’avais demandé… Je Te demande pardon, tellement… Je suis si désolée… Echouée.

En vérité… Je me suis lamentablement gauffré. J’ai raté ma vie. Je suis une grosse merde. Pour moi tout est fini ici. Ma mission, Ton amour, j’ai tout raté, j’ai raté ma vie. Et j’échoue ici. Minable.

Cuisante déception. Celle d’avoir échoué, comme une baleine écrasée... Echouer. Le goût amer et constant de l’échec pour moi qui ne sait pas le supporter. Mission ratée. Je n’y arriverais jamais… Ratée. Je finirais dans cette minuscule maison. Comme moi.

Je n’étais que déception et c’est aussi ce que j’avais pensé le jour où j’avais visité cet appartement que je choisissais pour me cacher. Je cherchais un endroit à moi pour m’isoler puisque c’était tout ce que j’arrivais à faire : m’isoler.

Et puis un haussement de sourcils avait transpercé la pièce principale de la maison et d’un mouvement brusque et surpris, j’avais demandé à l’agent immobilier, malhabile, boiteux et dont j’évitais copieusement la conversation - remplie de « ma pauvre » - une expression que je vomissais :

·      Il n’y a pas de salle de bain et de toilettes ?

 

L’agent fit vibrer son corps de pieuvre, déploya ses tentacules de jambes et boita dans un mouvement sinusoïdal, jusqu’à une porte coulissante dissimulée par un grand double miroir que j’avais pris pour un placard, mais qui s’ouvrit sur une jolie salle de bain très bien agencée. Comme moi.

Cela finit de me ravir et je succombais à ce petit, coquet et mignonnet, minuscule logement qui cachait son ultime beauté hygiénique derrière un miroir. Comme moi. Je pouvais m’étendre de tout mon long chez moi et échouer comme une baleine écrasée. Foirée. Une dernière fois.

C’était là que j’avais appris à m’occuper de mes cheveux bouclés… Tu sais que si on arrive à prendre soin de ses cheveux, ça veut dire que l’on se connaît ? C’est incroyable ! Nos cheveux sont remplis de notre propre complexité et quand on arrive à les dompter, quand on sait les nourrir, les brosser et les faire bien pousser, ça veut dire que l’on a compris qui on est et notre façon de fonctionner. Je Te jure… J’en suis persuadé. D’ailleurs ça prends un temps de dingue d’apprendre à s’en occuper et ça prend encore plus de temps pour mettre en pratique tout ce qu’on a trouvé, mais ce temps là, que l’on prend pour ses cheveux, c’est à soi qu’on le donne et donc à notre développement personnel et notre harmonie interne. C’est fascinant l’hygiène, même si dit comme ça comme un cheveux sur la soupe ça peut sembler un tantinet capilotracté… Cette vieille blague pourrie qu’on est toujours fier d’arriver à placer : capilotracté.

En étant redevenue étudiante, par stratégie financière plus qu’intellectuelle et avec les aides de la CAF, je ne paye quasiment rien pour ma maison et j’ai du temps pour m’occuper de mes cheveux... Cette autosuffisance me convient. Qu’est ce que je peux faire d’autre ? Un bébé ? Non.

Ma bourse d’étude me permet de manger, de payer mes cigarettes et de me faire des petits plaisirs de temps en temps. Une toute petite vie dans ma toute petite maison et ma toute petite voiture. Tout en maîtrise et sous contrôle. J’aime. Rassurée dans mon univers à moi, englobée dans mon petit monde, en paix. Echouée. Comme une baleine écrasée… Une toute petite baleine, morte née…

J’adore les petites choses. C’est facile à contrôler les petites choses. Les petits détails… Les petits mots... Les Pottocks, les Mini Austin, les pensées, les bonzaïs, les westies, les espèces naines de toutes les races, les petits d’hommes... Mais les hommes grands. Tiens, oui, c’est vrai, Tu as raison… J’aime les hommes grands ou les grands hommes, bien élevés.

Je dois toujours être protégée par des grands hommes… Je ne sais pas… Je pense que ça doit être parce que par dessus tout les autres doivent sentir que j’ai une protection, un protecteur surtout, ça les rassure... Sans ça je les fais trop flipper. Il faut toujours que je réponde d’une façon convenable à ce que la norme me demande constamment d’avoir, pour pouvoir vivre en société en tant que jeune fille non mariée : un homme pour me protéger. Un homme pour m’écraser. Un homme grand pour me cacher. M’atténuer. Sans ça ils m’attaquent tous comme si c’est moi qui les attaquais. Des tarés je Te dis. Des trous du cul complètement tarés.

Pourquoi ?  « C’est comme ça » et ça l’a toujours été je pense. Pour eux les femmes bien doivent être accompagnées… Et encore ! Ils ont fait des progrès ! Ils ne nous assomment plus toutes pour nous baiser au fond d’une grotte, c’est la bonne nouvelle, on a évolué…

Ami, frère, mari, peu importe, un homme grand a toujours était là dans ma vie, c’est vrai, je n’avais jamais capté…  Pour m’écraser publiquement je suppose, parce que c’est ce qui se fait... Que cela soit mes frères, mes amis, mes amants, toujours, j’ai été entourée par des hommes, grands. En taille ou en situation sociale que je manipulais savamment pour qu’ils sachent m’écraser correctement. Sans ça je les terminer. Next. A voté. Même ça j’ai dû leur expliquer, sans déconner… Savoir correctement m’écraser. Comment voulais-tu que j’y arrive sans me faire intégrer ? Je devais bien m’adapter. Ce n’est pas parce que je trouvais ça incohérent que je pouvais me permettre de l’éviter. Je les ai juste copié…

Et mon problème, au fond, est bien là peut être. Copier avec moi n’est jamais copier. Manipuler, ça oui, ça, je sais. Je n’ai pas besoin d’homme pour me protéger et je n’en ai absolument jamais eu besoin. Mais j’en ai. Des hommes… Ça oui. Des hommes pour m’intégrer dans un monde d’homme qui m’exclue ou des hommes pour me protéger des hommes qui m’agressent… Comme ils me l’ont appris. Je le fais…

En vérité, je ne suis que liberté. Parce que je ne suis pas un homme, je suis mieux né, je suis née libre, dans toute ma féminité. Mais cette case là n’existe pas dans la normalité. Et quand on est hors case, on se fait interner dans une case en moins pour nous calmer.

Comme je ne comprends jamais vraiment ni à quel moment, ni par qui je dois accepter de me faire légitimement socialement écraser pour être en conformité avec la normalité, je suis obligée de manipuler. Je devrais me laisser écraser par mon patron, mais je préfère le manipuler. Je devrais me laisser écraser par cette poufiasse plus riche que moi, mais je préfère la manipuler… Et toute ma vie est comme ça. Parce que je ne sais pas me faire écraser, je manipule pour être écraser comme je pense que je le devrais. C’est absolument n’importe quoi, j’en suis la première consciente, mais c’est comme ça que les autres me supportent. Sans ça, éjectée.

Mais Tu ne peux pas dire que j’en abuse, je fais hyper gaffe, Tu le sais. Je ne triche pas. Jamais. Du coup, j’ai pris pour habitude de choisir un homme, pas trop naze, pas trop grand et de le gérer pour le laisser penser que lui, il sait me gérer… Et je me retrouve toujours foirée. Les hommes manipulés ne sont pas assez solides pour être conservés. Ils finissent toujours par griller. Comme une ampoule obsolescente programmée.

Jamais je n’ai adhéré à ce principe social qui fait croire que la femme aurait besoin de ce factotum masculin qui saurait la protéger, la nourrir, la divertir, l’éduquer, l’éveiller et l’orienter dans sa pauvre vie de femelle alors que la réalité domestique que j’ai eu sous les yeux a toujours était toute autre ! Mais j’ai toujours dû m’y plier, comme les autres le faisaient.

Les femmes se retrouvent si bien protégée en réalité qu’elles sont enfermées et cloisonnées de toute part dans leur rôle d’esclave, à tout porter et à tout supporter en coulisse pendant que monsieur brille d’un pas guilleret en société. Pour moi, la preuve ultime en est que le sac à main, le poids de la famille, c’est toujours les femmes qui le portent ! Les femmes doivent porter. Les hommes doivent profiter et montrer. Les rôles sont bien cloisonnés.

Avec le temps, j’ai appris à m’y conformer. Et même à l’apprécier. Comme ces chansons que l’on déteste la première écoute et qu’on finit par adorer après l’avoir entendu par milliers.

La vie est ainsi faite. Alors je m’y suis adaptée.

J’ai donc pris pour coutume de choisir consciemment des hommes grands avec qui je me promène de temps à autres dans la ville et qui représentent alors un paravent génialissime et suffisant à ce qu’on me laisse la paix. Une paix manipulée. La seule que j’ai trouvé.

Doublement inattaquable. Protégée concrètement par moi même dans ma réalité et protégée socialement par eux. Protégée. Surprotégée. Barricadée. Echouée. Comme une baleine écrasée… Qu’est ce que je me fais chier. Tu m’as quitté ?

Moi même. Gardienne de ma prison dorée de liberté dont je paye personnellement  le loyer. Sans jamais savoir où peut bien être cette foutue clef pour me libérer de ma liberté. Une Clé d’une porte ouverte pourtant toujours soigneusement attachée autour de mon cou… Un jeu étrange qui rend les autres, fou, à n’en pas douter. Le jeu constant d’essayer de s’intégrer à leur évidente normalité.

J’étais couchée, encore, las, enroulée dans ma couette, dans l’appartement maison que j’avais choisi pour démarrer ma vie d’adulte, encore, une autre vie… Ma vie de femme effacée, comme une baleine écrasée. Bien que terrassée, comme d’habitude par le poids de la lourdeur de ce que j’étais réellement… Décalée de liberté. Je devais simuler la captivité pour me faire accepter, mais inévitablement, comme une merde, j’échouais. Comme une baleine écrasée…

Mais qu’est ce que je pouvais bien être bordel de merde pour toujours finir face aux plafonds et aux murs depuis tant de temps pendant que eux, tous ensemble riaient et faisaient des enfants ??? Qu’est ce qui n’allait pas chez moi ? Qu’est ce que je faisais de mal pour que ça foire, pour que je me retrouve pétonclée dans mes retranchements, l’acide goût amer de l’orange verte de l’échec dans la bouche… Dégueulasse.

Chaque journée est un combat. Je le sais, je le sens, je le vis, je le porte. Je le combats, je le gagne parfois, mais j’ai plus le sentiment de le perdre toujours…

« Avec toi rien n’est jamais facile aussi écoute Clé ! Pourquoi tu compliques tout ? » Et la phrase partait en écho et revenait en boomerang : to Clémence from Australia, to Australia from Clémence. Dans ma gueule.

Rien n’est jamais facile... Tu compliques tout… Sous entendu « pourquoi tu fais ça ? Arrête de faire ça… » De faire quoi ??? Comment je le fais ??? Comment mettre fin à quelque chose que je suis et que je ne comprends pas moi même ???

Est-ce que s’ils savaient que tout le monde me dit ça ils prendraient la peine de ne pas me le dire et de considérer la somme d’efforts que je fais du lever au coucher et du soir au matin pour simplifier, m’adapter, comprendre, essayer, apaiser, essayer, juste essayer… De les rejoindre… De jouer avec eux. Les « simplifliés normalisés»…

La vérité c’est que je ne comprends même pas ce qu’ils ont contre moi et pourquoi je n’arrive pas à les rejoindre, mais je sais que je ne suis pas parano et que, oui, ils ont bien quelque chose contre moi. Ils ne m’acceptent pas parmi eux. Ils me repoussent, qu’ils le voient ou non, qu’ils en soient conscient ou non, d’une façon toujours trop violente pour moi qui, comme une conne, ne veux jamais laisser tomber. Je n’arrive pas à me sacrifier. Je n’arrive pas à répondre à la mission. Ils m’excluent.

La société se refuse à moi, me laissant en marge. La marginalité me permet de prendre de la hauteur pour regarder à loisir la société vivre et évoluer et la vie de la société et son évolution me font l’aimer et me donne envie de jouer. Vu de haut, tout semble plus petit et donc plus léger... Mais quand je descends pour m’amuser avec eux, je ne sais pas m’arrêter de creuser et la profondeur dans laquelle j’atterrie les fait imploser. Alors, qu’est ce que je fais ? Je n’ai pas trouvé. Remonter. M’isoler.

Malgré tout ce que je trouve de pathétique, de vulgaire, de violent, de pitoyable, d’injuste, de laid, d’horrible, d’inhumain. J’aime les hommes. J’aime leurs arbres... Vraiment... Et je suis là moi aussi. Je suis au milieu des arbres… Je veux faire partie de la meute, mais la meute ne me renifle jamais comme on renifle une des leur, mais comme on renifle quelque chose d’étrange qui pue. Pas parce que je sens réellement mauvais. Même si oui, j’ai mon odeur à moi… Oui, ça c’est vrai. Et j’aime mon odeur d’ailleurs, tiens, sens, la moiteur de mon corps qui rassure… Eux ne savent même plus supporter de se respirer. Ils ne peuvent plus se sentir. Ils passent leur vie à se déodoriser… A pleurer…

Non ! Même pas ! Ce n’est pas ça ! Il me renifle en se pinçant le nez parce que l’étrange pour eux, la différence, l’inconnue, même si ça sent bon, leur cerveau le transforme en « ça pue » parce que ça leur fait tellement peur de s’approcher pour le sentir vraiment et l’intégrer comme une odeur non agressive qu’ils sont dorénavant conçu pour tout rejeter, violement...

Des gens qui sont capables de sentir le fromage, le chou de Bruxelles et leur propre pet ne veulent pas accepter l’odeur de quelqu’un d’autre, d’étranger… Il y a des questions à se poser... Les roux ça pue, les noirs ça pue, les Roms ça pue, les arabes ça pue, Clémence ça pue…

Terrassée. Pétonclée. Danse du mur. Rien n’est jamais facile… Tu compliques tout…

Mais qu’est ce que je peux bien y faire moi ? On ne peut pas être autre chose que soi au risque de se passer à côté. Alors il me faut trancher. La, tout de suite, ici, maintenant. Prendre une décision, encore, mais la bonne, la dernière, l’ultime. Soit je me passe à côté pour eux, soit je passe à côté des autres pour moi… Moi… Eux… Pile ou face ? Jeté de dés. Décider. Prioriser.

Ruser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’acharnée

 

Et puis zut !

Je vais tenter encore une fois, la dernière ! La dernière, dernière des dernières ! Mais celle là ce sera la bonne ! se dit la jeune fille en se dressant d’un coup sur son séant, le nez rougit et les yeux gonflés par les larmes qui coulaient depuis déjà deux journées de pétonclage.

Je ne suis pas cette espèce de caca boudin pourri qui pue que l’on me présente, ils vont finir par le voir, je dois tenir ! Je ne suis pas cette jeune fille arrogante que l’on me renvoie en image de moi même, je ne suis pas hautaine ou mauvaise, idiote ou vaniteuse, je suis gentille, je suis simple, tellement simple, je suis généreuse, entière et passionnée, je suis franche et loyale… Je suis… Je… suis… Je suis… Toute seule.

La tête enfouie dans son deuxième coussin qu’elle n’avait même plus la force de rejeter encore, Clémence s’endormit sur le coton mouillé et mascaraïsé de la taie d’oreiller pastel poudré, brodée de deux roses entrelacées, séparées par une lune… La porte de sa petite maison ouverte et la lumière allumée. Comme d’habitude…

 

·      Clé ?... Tu dors encore ??? Tu as encore laissé ta porte ouverte… Mimi s’est enfui dis donc, je me demande bien où il a encore pu passer celui là.

La voix bleu couleur Gitane de Nicole venait résonner dans les oreilles de Clémence qui l’accueillit d’un « Bordel ! Nicole, je dors là mince !».

Nicole avait le droit de rentrer chez Clémence autant qu’elle le voulait, au moment où elle le voulait. C’était le contrat entre les deux femmes.

Nicole, c’était la voisine d’en face. Une dame d’un âge incertain, mais certainement encore bien plus âgée, sous perfusion de l’état et qui vivait dans une chambre aquarium dans laquelle la fumée opaque de ses gitanes servait d’eau.

Jamais Nicole n’aurait eu l’idée d’ouvrir sa fenêtre. Les rares fois où elle le faisait c’est quand Clémence tapait dessus pour l’extraire de son aquarium. Jamais d’ailleurs il ne serait venu à l’idée de Clémence de frapper à la porte et jamais elle ne le fit.

Nicole et Clémence s’étaient rencontrées quelques jours après l’installation de la jeune fille dans sa tour de Babel. Jean-Marie, un voisin bien avisé avait prévenu Clémence de la démence latente de la vieille dame qui faisait le tour des maisons environnantes pour demander un peigne, en peignoir. Demander un peigne en peignoir, cela avait fait rire Clémence qui ne s’offusquait que rarement des fantaisies de tout un chacun.

Pour Clémence, chaque bizarrerie avait son explication rationnelle et se révélait souvent sous le joug de la triste et sordide banalité quand on en comprenait la cause profonde. En clair, pour la jeune fille, la bizarrerie n’existait pas. Elle était une composante d’une anomalie de compréhension de la société.

Un point de vue qui lui valait de s’attirer la sympathie de tous les gens brisés de la terre, les bizarres, les étranges, les pas pareils faisaient de Clémence une sorte de refuge d’humanité dans laquelle ils pouvaient trouver des similitudes et du réconfort. Et elle les accueillait. Habituée. Elle régnait. La Reine des Bizarres et des Fracassés.

Clémence avait donc attendu que Nicole sorte de son aquarium et l’avait laissée venir à elle. Comme on apprivoise un animal en restant accroupi silencieusement de longues minutes, un petit bout de pain dans la main tendue en avant.

Patte blanche.

Et puis elle lui avait parlé, comme on parle aux gens normaux qui ne demandent pas de peigne en peignoir à tous leurs voisins. Et les deux âmes s’étaient aimées. De cœur à cœur. De petite dernière à grande tante aînée.

Nicole voyait sans doute en Clémence, la vie, la profondeur et la tendresse qu’il lui manquait au quotidien. Et Clémence voyait en Nicole, le soutien, la constance et la présence qu’il lui fallait.

Assises l’une en face de l’autre, elles commençaient souvent la journée ensemble. Souvent silencieusement, sans parole, face à un café. Parfois dans l’échange étrange qu’elles seules savaient décrypter. Le langage du non dit, de l’image, du mot d’esprit tordu et de la recherche de profondeur de l’autre. Il s’agissait pour chacune de faire le plein, de se partager, se secouer un peu pour s’épousseter, se vider avant de retourner dans sa cellule respective.

Nicole repartait alors, entrainant son corps vouté et ses cheveux longs et gras deux jours sur trois, vers sa chambre ou l’attendait Mimi, son chat, qui était en réalité une chatte - détail que Nicole avait appris en allant le faire castrer, mais détail dont elle ne se souciait guère plus après sa non-castration.

De son côté Clémence repartait toujours à toute vitesse dans ses multiples activités pour tenter d’appartenir à un monde qui la refusait, ou au pire, de dominer ce monde sans le brûler si elle ne pouvait l’intégrer de bon gré.

 

·      Tu veux un café ? demanda Nicole qui ne tenait pas compte de l’air bougon qu’affichait la jeune endormie au même titre que sa chatte resterait un mâle pour l’éternité.

·      Non. Je veux rien. C’est ça que je veux. Rien. Laisse moi là, j’essaie de crever.

·      Tu as entendu ? Mimi s’est sauvé, va savoir où il est parti celui là encore.

·      Peut être qu’il veut arrêter de fumer.

·      Oh, penses-tu ! Il a dû trouver une chatte qui passait par là et il l’a encore suivie !

·      Ah bon, tu crois que Mimi est lesbienne ?

·      Je suis allée voir Roger aujourd’hui. Il m’attendait au bar comme d’habitude et il m’a payé le café cette fois ci.

·      A mon avis il voudrait bien te payer autre chose ton Roger. Fermes la porte s’il te plaît Nicole, je vais me changer.

·      Tiens, tu as mis les rideaux que je t’ai offerts ? Tu vois que c’est joli les roses, ça va avec tes rosiers.

·      Oui, c’est très joli Nicole, dit Clémence en attrapant une jupe longue blanche et jaune-moutarde-allumé, qu’elle cala en dessous de ses aisselles au dessus de sa toute petite poitrine pour la porter en robe bustier. Puis s’emparant d’une ceinture fine et vernie, elle finit de faire tenir le vêtement qui laissait voir ses jambes minces et musclées sous son legging noir. Ses pieds aux ongles peints de rouge se glissèrent gracieusement dans ses claquettes transparentes et pailletées d’argent. Elle se piqua une grosse fleur rose dans ses cheveux d’enfant bouclés, se passa les index sur les sourcils comme d’habitude et s’appliqua à se frotter sous les yeux pour effacer les restes du mascara qui trahissait sa peine à la face du monde. Enfin… A la face de Nicole surtout… Ses deux gros pulls de laine plus tard, elle se rassit sur le lit, les épaules tombantes.

·      C’est Jean-Marie qui doit être triste de ne plus pouvoir me voir me déshabiller… Enfoiré. A moins qu’il ne soit nyctalope ce salope de drogué…

·      Fais ton lit Clem, lança Nicole en souriant tendrement. Ma mère disait toujours « Comme on fait son lit, on se couche ! »

Clémence s’exécuta sans un mot, téléguidée, et ordonna édredon, couette et coussin dans une logique plus cohérente…

·      Tu veux un café ? grommela la jeune boudeuse.

Nicole acquiesça d’un sourire encore plus tendre, l’air doucement vainqueur et s’empressa de s’engouffrer dans la minuscule cuisine et d’attraper les tasses, le sucrier en vieille porcelaine et les cuillères :

·      Je t’attends dehors.

 

Un nycthémère s’était passé entre le moment où Clémence avait chuté dans son lit et l’arrivée de Nicole. Clémence regarda une dernière fois son mur, puis son plafond et se perdit sur son double miroir qui lui renvoyait sa triste bouille d’adolescente attardée.

Assurément, elle ne faisait pas d’âge.

Une jeune vieille.

Une enfant déguisée en adulte.

Une vieille femme cachée grossièrement dans le corps d’une adolescente.

…Non, décidément, elle n’en voulait pas aux autres de ne pas la comprendre. Cette image était si incompréhensible. Rien ne parlait de soi même, tout devait être décrypté séparément, analysé dans une pièce stérile comme un facteur isolé. Ses mots, sa tête, ses insultes, ses seins, sa coiffure, son allure, rien ne faisait corps physiquement, ensemble. Comme si chaque partie avait un jour parié avec les autres qu’elle serait la première à la course de la personnalité. Clémence s’imagina tous ces petits morceaux d’elle dans un tripot en train de faire une partie de strip poker en buvant un Cognac et une fois bien bourrés, se dire « J’pari que j’gagne la totalité de la personnalité de Clémence ! Hohoho ! Un doigt dans l’nez l’aut’ dans l’cul ! Hahahaha ! Prouuuut !!! Qui a pété ??? Hahaha ! »

Clémence sourit amusée d’elle même et se dit qu’il était temps de ne plus être une enfant déguisée en adulte, une adolescente qui se tient comme une vieille, un homme avec des seins qui ne pourrait pas subir de castration pour la simple raison qu’il a une chatte.

On ne castre pas les chattes…

Alors, pendant qu’elle continuait de décider lentement de prendre la plus grande décision de sa vie, elle attrapa le bocal de café dans son placard… Téléguidée. Et remplit sa cafetière italienne. Concentrée.

Rien n’était jamais simple avec elle… Pourquoi elle faisait ça ?...

Même pour faire un café, rien n’était cohérent. Elle avait détourné l’utilisation de la pauvre cafetière italienne en remarquant que le bas de la cafetière s’oxydait au contact répété de l’eau à haute température… Elle avait donc trouvé un autre récipient résistant à l’oxydation, mais l’opération périlleuse lui demandait de tenir le dit récipient dont le format ne correspondait pas aux autres pièces, pendant la surchauffe de l’eau. Opération délicate pour les profanes, mais qui, il est vrai, donnait un café qui plaisait  beaucoup à Clémence. Nonobstant ces manipulations périlleuses qui lui demandaient un rituel précis tous les matins, elle répétait donc l’opération religieusement comme s’il eut été normal que les choses se passent ainsi.

Parce que pour elle, ça l’était. Normale de sa propre normalité…

Le café prêt, Clémence remplit la jolie petite carafe bleue qu’elle avait chinée aux puces et marchant déterminée vers Nicole, elle fignola sa résolution, bien décidée à décocher fièrement dans la tronche de la pauvre vieille la conclusion géniale de sa retraite monacale de 24 heures.

 

 

·      Je vais devenir une femme.

·      Ah…  Bon. C’est bien ça.

·      Je ne plaisante pas Nicole ! Je vais devenir une vraie femme, comme les autres, une femme, normale, vraiment.

·      Une femme comme les autres.

Nicole s’arrêta là. Quand elle ne comprenait pas, elle se donnait le droit de s’arrêter. Là.

·      Comme les autres ! Normale ! Comme celles qu’on voit dehors et qui sont ensemble ! Celles qui vont faire du shopping ensemble ou qui se parlent des heures au téléphone ! Celles qu’on voit manger et boire ensemble aux terrasses ! Celles qui font des trucs de femmes normales quoi ! Qui ont des relations de femmes normales, des vies de femmes normales, des envies de femmes normales ! Des préoccupations de femmes normales ! Qui ont des grossesses de femmes normales ! Des enfants normaux… Des femmes normales !

·      Et toi tu es quoi alors ?

·      Moi ?...  Moi. Silence. Clémence s’enfonça dans sa chaise en plastique. Regarda la cour d’un œil vague. L’aquarium de Nicole en face. Son rosier, « Thérèse », qui poussait de mieux en mieux… Sa bouche partait en avant comme le font les bouches des enfants qui ont un énorme chagrin qu’ils ne savent pas traduire en mot.

·      Moi… Je suis… Un truc. Soupir. Comment tu m’appelles Nicole ?

·      Clé ?…

·      Je m’appelle Clémence. Est ce qu’un jour je t’ai dit de m’appeler Clé ? Est ce qu’à un moment j’ai pu par mes mots, ne serait-ce que te suggérer de m’appeler Clé ?

·      Si tu préfères Clémence, ce n’est pas bien compliqué, moi…

·      Je préfère rien moi ! Je m’en fiche de ces dénominations à la con, mais en plus d’une force, si tu savais, mais tout le monde m’appelle Clé ! Et je trouve que ça dit tout déjà ! Comme si tout le monde hésitait entre Clément et Clémence et finissait toujours naturellement par trancher en m’appelant « Clé ».

Peu importe la façon dont on me nomme, que ce soit Stoufgary, Clé, Clem, Clémence, fatchedecon ou poufiasse !

Ce que je dis c’est que c’est révélateur de toute ma vie d’inadaptée sociale anormale !

Et ce que je veux moi, tu sais ce que je veux moi Nicole ? C’est qu’on m’appelle comme on veut, mais qu’on le fasse pour les bonnes raisons ! Qu’on ne le fasse plus pour des raisons… Etranges. Qui ne sont pas moi.

Je ne veux plus être « Clémence la étrange ».

 

·      Tu veux qu’on t’appelle poufiasse ? s’amusa Nicole avec les yeux rieurs et ronds d’un smiley.

Silence.

…Tu sais, repris Nicole, la dernière fois, je suis allée voir la vieille à l’arrêt de bus. Elle n’avait pas pris son traitement alors je suis allée lui chercher à la pharmacie. Elle m’a dit qu’elle a un ami à elle qui a gagné un chantier public et qu’il s’est fait des couilles en or !

Le mot couille dans la bouche de Nicole prenait une saveur particulière qui fit éclater Clémence d’un rire sonore, franc et massif comme elle savait le faire.

·      Tu te rends compte « Clémence » ! Le type il s’est fait des couilles en or ! Quand même ça doit faire mal ça des couilles en or non !

Les deux âmes finirent de s’amuser des couilles en or du monsieur et se séparèrent. Chacune dans sa cellule. Nicole savait exactement comment sortir Clémence de sa torpeur et Clémence savait montrer à Nicole le grand poids de toute l’utilité de sa vie menu.

Clémence était décidée.

Elle deviendrait une femme normale et rejoindrait alors la meute des femelles qui l’accueillerait chaleureusement par des danses rituelles et des cris de bienvenue. Il lui suffisait de suivre enfin le cycle de la « Formation des gens normaux » que tout le monde avait tenté de lui dispenser depuis sa naissance et alors, elle ne se retrouverait plus jamais à faire danser les plafonds et les murs, mais rejoindrait la grande famille de l’humanité.

Elle se mit à calculer, penser. Elle trouverait une solution pour les rejoindre. Elle fit ce qu’elle était : penser, calculer…

Je dois les infiltrer… Je dois trouver où aller pour me faire accepter. Il me faut une porte d’entrée. Une porte qu’on ne peut pas me nier.

Google est mon ami.

J’y vais…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Forum : Déni de non grossesse

 

Clémence, 27 ans, Bordeaux

Bonjour, ou bonsoir...

J'ai passé la journée à chercher des informations sur le déni de grossesse, sans vraiment savoir pourquoi au départ et puis en comprenant que je cherche de l'espoir, une explication...

J'ai lu une thèse de plusieurs pages, médicales, parfois indigestes, j'ai décortiqué les témoignages du site déni2grossesse, j'ai signé la pétition aussi... Je me rends compte que j'ai passé ma journée enfermée chez moi à me renseigner sur le sujet pour comprendre... Pour me comprendre… Nous comprendre peut être.

 

Je veux un enfant. Tellement…

Dans la thèse que j'ai lu, il était expliqué que le premier trimestre correspond à une période de doute et de remise en question incroyable chez certaines femmes enceintes. J'en ai fait partie. J'étais tellement secoué par ma grossesse que je voulais mourir pour ne pas avoir a tué mon bébé, que je refusais d'une force psychologique que je ne soupçonnais pas chez moi.

Je n'aimais même plus le père, qui devenait pour le coup le coupable de mon état… C’était affreux.

Un jour en rentrant chez moi, je me suis jeté par terre, face à la fenêtre en priant, en disant qu'il fallait protéger mon bébé de moi...

Je crois en fait que je priais pour dire « Ne m'écoutez pas quand je vous demanderais quelque chose, protégez mon enfant de la folie qui monte dans mon corps et que je ne contrôle pas... » Je ne suis même pas sûre de ce que je demandais dans cette prière pourtant si précise... « Protègez mon enfant de moi, ne m'écoutez pas »... C'est ça que je me répétais.

Quand les nausées m'ont obligé à rester immobile toute la journée, que je ne pouvais ni tourner la tête, ni parler sous peine de vomir et de ressentir un mal de "mère" indicible, quand je ne pouvais plus supporter mon amour, quand son odeur m'amenait le cœur au cerveau tellement je la trouvais nauséabonde, quand à la place de sa tête rassurante qui me plaisait tant, je ne voyais qu’un monstre, alors j'ai commencé à joindre mes mains et à prier... A hurler dans ma tête qu'on m'enlève l'intrus, que ce corps sorte de mon corps, qu'on ne me fasse pas vivre un avortement, moi qui aime tant les Hommes, les bébés, les enfants... Que par pitié on me comprenne, qu'on me porte, qu'on m'enseigne avec le temps à devenir une maman, mais pas comme ça, pas avec lui, pas moi, pas ce petit...

J'ai vécu je crois quelque chose d'horrible et le souvenir de cette prière m'est resté dans la gorge quand une fois rétablie, le gynéco m'a dit que le cœur ne battait plus. J'ai pensé... Je ne sais pas... J'ai pensé un peu tout à la fois. J'ai dû penser autant « chouette c'est fini » que « merde, j'ai tué mon bébé ».

Ou alors je n'ai rien pensé.

Toujours est-il que j'ai bien pleuré.

Une phrase s'est inscrite dans ma tête : « Ils m'ont pris mon bébé ! »

Comme si, parce que je ne m'étais pas sentie soutenue dans ma grossesse, comme si parce que dans le regard de personne je n'ai trouvé le soutien qui me disait « tu en es capable », j'avais inscrit en moi la phrase « Ils m'ont pris mon enfant ».

Parce que je ne pouvais pas assumer de l’avoir refusé. Parce que la vérité c’est qu’à part moi, personne ne le voulait vraiment ce bébé.

 

Ma fausse couche…

Quel drôle de mot... j'ai donc eu de faux vomissements, de fausses nausées, un faux curetage et une fausse peine, une fausse souffrance de perdre mon faux bébé ?

Après certains blâment celles qui font un déni de grossesse là où la société, c’est à dire vous et moi, continuons à employer un terme aussi cruel que "fausse couche" ! Bref… De toute façon on ne peut rien y changer.

Ma fausse couche, donc, a eu lieu en mai.

En juin, je devais prendre la pilule pour refaire un environnement sain à l'intérieur de mon bide, histoire de réessayer une "vraie grossesse".

Forcément, j'ai fait un déni de pilule. Je l'ai prise n'importe quand, n'importe comment et réflexion faite, je crois même que j'ai fait exprès de ne plus la prendre au moment de mon ovulation. Je ne voulais plus rien, je voulais juste, rien. C’était une période de rien. Même avec lui. Je ne voulais plus de lui.

Il s’époumonait pourtant à vouloir « m’enceinter ».

Notre relation partait en sucette. La fin d’un monde. Séparation.

 

De mon côté, enfin seule et célibataire, je reprenais ma vie avec une énergie « folle ».

Une amie m'avait dit que le capital génétique de mon bébé mort était inscrit à jamais dans mon corps, alors j’ai commencé à parler en moi.

A parler à mon bébé… Tout le temps.

J'ai aussi commencé à avoir des aigreurs, des douleurs, des sautes d'humeurs. Tout mon être a déconné, mais je m’efforçais de tout trouver « normal ».

Je m’efforce d’être cette fille géniale, de rester cette fille géniale…

J'ai des maux de ventres… Surtout ne jamais se dire le mot "nausée", prendre cette habitude, sinon je vais être déçue encore quand mes règles vont arriver...

Je ne suis jamais sortie de mon troisième mois de grossesse. Je vis un éternel troisième mois de grossesse. Sans grossesse…

Après mes règles, la douleur m'oblige à partir du boulot pour aller me coucher alors que je n'ai eu des règles douloureuses que quelques rares fois dans ma vie... Tout ce que je suis souffre. Je ne suis que souffrance.

Mais je n'ai rien puisque j'ai fait un test de grossesse qui était négatif et que mes règles sont bien là, fidèles à chaque rendez-vous…

Et puis tout se calme. J’essaie.

J’accepte l'idée que bébé est mort matériellement et pour tenir, je me suis inventé un enfant imaginaire qui vit en moi et que j'aime si profondément, comme jamais je n’ai aimé personne, même pas lui, même pas moi.

Je continue de parler avec mon bébé imaginaire, je m’autorise à lui attribuer mes douleurs physiques maintenant, mais j'ai bien stipulé à mon cerveau que c'est un bébé factice, une béquille pour m'aider à tenir. Il n'existe pas et je prie pour qu'un jour je sois vraiment enceinte. Tous les jours. Dans ma salle de bain, à genoux, tête baissée sous le jet d’eau, je prie pour mon bébé.

J'ai de plus en plus de douleurs dans le bas ventre, je me sens pleine de sang, mais je pèse 54 kg, j'ai perdu beaucoup de poids, je suis très maigre, les autres me disent de manger, que je fais peur, qu’on voit mes os… Mes règles sont là et j'ai dit à mon cerveau, « c'est pour de faux ». Pour que je ne sois pas trop triste et puis j'aime tellement ma fille imaginaire que je serais trop déçue... Oui, c’est une fille… Et mes règles viennent, reviennent, reviennent encore… Mais c’est pour de faux, tout est faux. Sauf mon bébé, ma fille. Mais j’ai bien dit à mon cerveau pourtant…

Je suis en errance. Totalement perdue.

Mes seins ne gonflent plus depuis des semaines, même pas avant mes règles.

Alors je m'inquiète. Je scrute mon corps. Je suis obsédée par lui. Je dissèque ses moindres mouvements.

 

Il me manque quelque chose. J’étouffe du manque d’amour. Je veux Homme. Lui sans moi, ce n’est pas possible… Lui et moi, c’est moi. Je suis bancale. Alors…

 

Médecin. Trop de monde qui attend, plus envie, je m'en vais.

« Et chez le gynéco ? » demande Homme, à nouveau autorisé, accepté à m’approcher par téléphone seulement... Non ! Il va me prendre mon bébé. Je ne veux pas qu'il me prenne ma fille imaginaire, qu'il me prenne pour une folle, qu'il me dise que je mens. Ils ne me prendront plus jamais mon bébé ! Je préfère le garder en moi, quitte à mourir avec et ils ne le trouveront pas, il est à moi.

Et si on allait chez le gynéco ? Ce bon Dr Connard. Redemande Homme qui a réussit à se rapprocher avec un peu de temps, sans se faire assommer... Non !

Allez, Ok, on y va, comme ça j'arrêterais d'être folle, je saurais la vérité, ce sera fait... Jour de la consultation, angoisse, sanglots, souvenirs, odeurs de piqure, douleur, angoisse, sanglots... Je veux pas y aller, voir le taré, le voleur de bébé... Ok, comme ça je saurais… Je veux l’affronter. Je veux qu’il voit dans quel sale état il m’a mise !

Salle d'attente : qu'est ce que je fous ici, je m'étais promis...

Voilà le bon Dr Connard.

Symptômes ? Qu'est ce qui vous amène ?

Et là, je ris dans ma tête avec ma fille ! Je lui raconte tous mes symptômes, mais l'air de rien, comme si je ne savais pas et en même temps je ne sais pas puisque je ne veux pas savoir. Je suis trop bien avec ma fille imaginaire, toutes les deux, c'est tout, que nous.

Très bizarre, je sais qu'à la fois je suis en train de lui dire "Bébé est là" et en  même temps, je le convainc que je ne sais pas et que lui non plus ne sait pas... Personne ne sait !!! Personne ne saura plus jamais !!! Et c'est super étrange parce qu’il connait ces symptômes que je lui décris et ma fille et moi sommes en train de l'hypnotiser pour qu'il ne comprenne pas et... il ne comprend pas !

Et plus je lui donne d'indice dans un ordre hypnotique et moins il comprend et plus je jubile dans ma tête, comme si je gagnais encore un combat, comme si j'atteignais un but, comme si je gagnais encore ma vengeance : ils ne me la prendront pas !

- Déshabillez vous, on va regarder tout ça...

(Eh Ducon, "tout ça" c'est ma fille et moi ! Pas grave, il ne nous verra pas... C'est nous qui gagnerons ce combat.) Je me déshabille, je m'allonge, jambes écartées, mains sur mon sexe pour le cacher, me protéger...)

Vas y, rentre ton truc glacé en moi...

-Détendez-vous, je ne peux pas rentrer, qu'est ce que vous êtes tendue !

(Et tu n’as pas tout vu !!! Poker face !!! HAHAHA !!! Le grand bluff !!! Tu ne verras rien !!! Par pitié seigneur, fais le dire que ça va, mais...)

Tout a l'air d'aller... Je vois bien l'ovaire à droite, sa taille est normale... Mais... (Merci mon Dieu...) Par contre j'ai du mal à voir le gauche... Pourtant, je suis loin là... (Oui, merci j'ai bien senti... Par contre si tu pouvais enlever ton gros doigt pourri dégueulasse de mon clitoris ! J'apprécierais assez !!!!!!!!!)

Ah le voilà (Tu parles Charles, je vois l'écran comme toi, tu vois makench oui ! On t'a eu ! Victoire !!!)

Je n'aime pas ce gynéco et ma fille imaginaire non plus... Si un jour elle veut sortir, ce ne sera pas par lui... Beurk, dégueulasse ! Il ne nous aura plus. On a gagné. Je lui ai caché mon bébé. Je l’ai protégé de lui. Il ne me la prendra plus. Plus jamais. Je le hais.

 

Puis un jour comme un autre, une femme m'a raconté sa grossesse bizarre. Des seins qui grossissaient sans gros ventre, des analyses qui ne voyaient rien, des tests de grossesses négatifs, des douleurs inexpliquées et ses règles toujours au rendez vous. Je crois que c'est à ce moment que j'ai arrêté d'avoir honte de ma fille imaginaire, que j'ai commencé à me dire que ce serait un bonheur que l'imaginaire soit réalité plus tard, mais pas tout de suite, parce que je veux garder ma fille pour moi. Juste nous.

C'est à ce moment que j'ai commencé à demander encore plus fort qu'on me donne mon petit bébé.

C'est à ce moment là que je me suis mise à grandir et à vouloir devenir une femme non plus seulement normale, mais aussi libre et indépendante en même temps, une maman. Une femme qui peux porter un bébé, élever un enfant. Moi, Clémence, une femme, maman.

Je n'ai plus pleurer mon bébé le jour où je l'ai caché dans mon ventre et où je l’ai protégé, à l'abris de tous ceux qui avaient pensé que j'étais incapable de l'assumer, à l'abris de moi même qui me crois trop « petite » pour l'élever, à l'abris de ma mère qui m’étouffe dans mon enfance, à l'abris de mon père qui me dit toujours que c'est trop de boulot et que cette nouvelle génération est mal élevée et qu'il aimerait avoir la paix, à l'abris de Homme qui n’a jamais voulut remarquer qui j'étais, à l'abris de mon boulot où bébé = arrêt, à l'abris de ma passion dévorante pour mon travail qui me fait ne pas vouloir m'arrêter pour ne pas perdre mon peu de notoriété, à l'abris des hommes, des femmes, des cons et des trop bons, à l'abris du monde et de l'obligation d'avoir du fric…

J'ai passé la journée à me rappeler les trois tests de grossesses qui avaient marqué un tout petit trait, contre la douzaine qui me faisaient nier... Me rappeler mes goûts alimentaires bizarres, mes colères excessives, mes larmes sans raison, mon énergie dévastatrice, ma maigreur inquiétante, les fois où je m’étais arrêté de manger.

J'ai passé la journée avec mon bébé.

Est ce qu'elle est là ? Mystère. Je suis la mère d'une petite fille imaginaire, je l'ai même fait accepté à son papa et sincèrement, pour l'instant, ça me va, je ne peux pas plus ça.

 

Clémence, 27 ans, Bordeaux

Je crois si fort en elle que rien n'y met fin pour l'instant, c'est infernal pour moi. Ça empire de jour en jour.

Je suis allé à l'hôpital dans la semaine pour qu'ils me regardent. Ils m'ont pris la tension, ils m'ont écouté le cœur et puis à l'intérieur, ils m'ont tripoté le ventre... A un moment, comme je sentais où elle s'étais cachée alors je leur ai indiqué l'air de rien mais elle a filé et ils m'ont dit qu'ils ne voyaient rien... Ils m'ont dit que mes maux sont « psychosomatiques ». Et ils se sont moqués de moi… Ce n’est pas gentil de faire ça.

J'ai cru que ça voulait dire que je n'avais pas vraiment mal au dos, au corps et que je devenais complètement givrée... Pourtant je l'ai sentie là bas aussi, mais la journée elle dort, elle ne bouge pas, elle a bougé seulement quand j'ai mis ma main pour la chercher et j'ai sentie qu'elle se mettait au fond... Je me suis dit, c'est râpé pour aujourd'hui, je ne vais pas la trouver ici.

Je suis psychologiquement épuisée, physiquement je tiens encore à peu près mais dans quel état...

Je crois que si c'est trop dur ce soir après le rendez vous, si avec les jours je n'arrive pas à tenir, je vais demander à me faire interner… Dans une maison de repos... Il doit y en avoir plein des « comme moi », je me ferais des copains…

Putain… Je craque.

Ce n'est pas évident de se voir sombrer et être saine en même temps. De se voir à genoux dans le simple désir d'être une maman.

J'ai l'impression d'avoir bafoué la petite fille que j'étais, que j'ai juré de protéger et en même temps, j'ai l'impression que je n'ai jamais su aussi bien me protéger que depuis que je vis pour ma fille dans mon ventre. Celle là même que j’ai tué.

 

Les Virtuelles

 

Alice, 26 ans, Cannes

L'histoire de ta première grossesse ressemble de beaucoup à la mienne... Comme toi mon enfant est mort, comme toi, je n'aimais pas le père de mon enfant, comme toi, je ne savais plus où j'en étais, comme toi je ne supportais pas les nausées et ça me rendait dingue. Le dimanche matin de mes douleurs, j'ai appelé ma sœur aînée et pas le SAMU, grosse erreur de ma part.

Elle a cru que je faisais une crise de foie, elle a pris son temps. Le temps que nous arrivions aux urgences, mon fils était mort. Je l'ai accouché par césarienne, ce dimanche du mois d'Octobre. Le Week-end suivant, j'étais à l'Hôpital…Ce samedi, chacun était avec ses gosses et moi malgré ma famille, j'étais seule. Il ne me restait rien, même pas mon fils, ma chair, mon sang.

Je suis sorti le dimanche avec une phlébite au bras droit, dépendant de ma famille pour me déplacer chez les médecins, pour mon bras, pour les piqûres pour mes jambes. J'admets qu'après cela, le soutien de ma famille m'a aidé mais paradoxalement, il m'a blessé et me blessera toujours. La preuve… pour me reconstruire j'ai du m'éloigner un peu d'eux, pour me retrouver, pour réapprendre à sourire.

Et surtout au fond de mon cœur, cet enfant, je le voulais malgré cette confiance que refusait de m'accorder ma tendre famille que j'aime, mais que parfois je hais…

Alors tu vois comme toi je souris, je tente de voir la vie du bon côté malgré mes blessures. Je n'ai jamais eu la force de me recueillir sur les cendres de mon fils. Oui, de « mon fils »…

Voilà pourquoi d'une certaine façon, je comprends tant les femmes qui font un déni de grossesse.

Merci, parce que grâce à ton témoignage, j'ai compris cette chose que je ne voulais pas reconnaître : mon amour pour mon fils.

Evelyne, si un jour tu tombes sur ce message, quand tu m'as dis que tu avais fait une fausse couche, je te comprenais tant, même si à l'époque, je ne t'ai pas parlé de ce qui m'était arrivé, je ne pouvais pas…

Mais sache que ta gentillesse a fait du bien à la stagiaire que tu as accueillie. Evelyne de S.

 

Lise, 28 ans, Corse.

Je voulais juste te dire que j'ai avorté il y 4 ans car je n'avais aucune situation pour accueillir le bébé et aujourd'hui quand je vois tes parole, je ne sais pas si je dois avoir honte ou me rassurer... Contrairement a toi, j'étais entouré quand on m'a « enlevé mon bébé »... J'espère que tu pourras tout comme moi un jour reporter l'amour que tu as pour ta fille sur un bébé réel... Je pense que quand tu seras vraiment prête psychologiquement et physiquement, cela arrivera... Un gros bisou et un bon courage aux femmes qui souhaitent un bébé et qui attendent désespérément.

 

Estelle, 34 ans, Paris.

Tu sais, oser dire qu'on fait une dépression, c'est déjà faire un pas en avant ! J'ai été soignée 2 fois sous antidépresseurs, et la dernière, paradoxalement, c'était pendant mon déni, il y 3 ans. J'étais tellement fatiguée « jusque dans mes os ». Forcément, on était deux dans mon corps…

Peut être que toi tu n'es pas encore deux dans ton corps, mais vous êtes deux dans ton coeur, et c'est normal que tu sois tellement fatiguée. Prend le temps de te soigner, de te comprendre, toi qui me ressemble tellement, qui est tellement forte et que rien ne peut atteindre. Accepte que ton corps et ta tête, tu ne peux pas les maîtriser, alors que pour tout le reste… ça te semble si facile.

S’il te plaît, tiens-nous au courant, j'ai une prière pour toi, que tu te retrouves toi, et ensuite tu pourras retrouver ton ange.

Très sincèrement, prends soin de toi… De vous deux, en commençant par toi. Amicalement.

 

Clémence, 27 ans Bordeaux

Le docteur a ri quand je lui ai montré mon ventre et m'a dit « Ce serait un comble que tu sois enceinte ! ». Il a pris le tissu kleenex qui protège son fauteuil où il faut s'allonger et il l'a roulé en boule en me disant : « Tu vois, si tu étais enceinte, ça ferait une boule comme ça et tu sentirais que c'est dure... Ce que tu sens bouger, ce sont tes intestins... ».

Gloups.

Je me suis dit « ça fait des lunes que j'embête tout le monde pour mes intestins ».

Et je suis allé me cacher dans ma tête.

Par contre, j'ai remis sa parole en doute quand je lui ai expliqué que j'avais lu des écrits sur le déni de grossesse et que j'espérais...

Maintenant ça me fait rire, mais quand il m'a répondu « Ma cousine qui faisait des études de médecine a lu quinze livres différents et est tombé malade de quinze maladies différentes... Le déni de grossesse, c'est quand une fille est enceinte et que tout le monde fait semblant de ne pas le voir... J'ai eu une petite comme ça dernièrement qui est venue dans mon cabinet avec son père et un ventre gros comme ça et le père me disait : ma fille a mal au ventre... Bein oui, tu m'étonnes qu'elle avait mal au ventre, elle était enceinte de huit mois et la famille, comme la petite, ne voulait pas voir l'évidence... ».

Re-gloups...

Alors forcément, comme il n'y connaissait rien et qu'il m'a juste tripoté le ventre comme tous ceux que j'ai rencontré, je n'ai pas mis trois jours avant de me re-croire enceinte...

Et depuis, je le pense encore, mais je n'en parle plus.

Je me suis décidée avant hier à aller faire une prise de sang parce que je me suis dit que peut-être que je m'empêchais inconsciemment d'être à nouveau enceinte avec ma fille imaginaire.

Et puis je me suis dit que j'étais forte et qu'il fallait que j'affronte la réalité comme une forte ! (Tu parles, j'ai eu les chocottes deux jours, j'ai failli tomber dans les pommes quand je suis allé chercher les résultats et j'avais envie de vomir tellement j'avais les boules. Voilà la forte !)

Sur le papier, il y a écrit "absence"...

C'est bien ça, ils ont tout compris, la vraie moi est absente et une fille bizarre a pris possession de mon corps et de ma tête et je ne sais plus comment m'en débarrasser.

Je suis absente de ma vie, je suis absente de mon corps.

C'est comme si j'attendais quelque chose sans savoir quoi, comme si je m'étais mise en prison à vie et qu'en même temps, je veux sortir, mais j'ai perdu la clef. Toujours accrochée à mon cou cette pute de clef…

Je me rends compte aujourd'hui que j'étais une jeune fille « charmante », que j'aimais les gens et que je riais beaucoup, que j'avais le feu aux fesses quand il s'agissait de découvrir le monde... Je me rends compte que j'avais des tas de projets, que je savais exactement vers où je marchais et comment j'allais faire pour obtenir ce que je voulais, dans l'honnêteté et la loyauté.

Comme dirait Jamel Debbouzze, j'étais une belle fille et je suis devenue un mec bizarre, sauf que ce mec bizarre je ne sais pas comment le foutre dehors... Et mon isolement de célibataire n’arrange pas les choses. Je suis en vase clôt avec ma fille dans ma tête à passer ma journée à essayer de la faire passer dans mon ventre.

Même avec la prise de sang négative, je me sens enceinte et ce sentiment fait que je m'enferme plus que jamais...

Je me protège tellement que j'en suis à vivre seule.

Je parle seulement avec mon bébé. Je reste enfermé toute la journée.

La dernière fois, j'ai dormi avec Homme et juste avant de sombrer dans le sommeil, j'écoutais sa respiration qui me berçait et j'ai entendu dans son souffle un nouveau-né crier...

Ça m'a réveillé, j'ai failli le réveiller lui aussi mais je me suis dit qu'il allait penser que ça y est, c'était la folie assumée, alors je me suis consolée et j'ai recommencé à m'assoupir...

Rebelote, j'ai à nouveau entendu les cris du bébé dans le souffle de Homme... Dans ces moments, je prends ça avec beaucoup de distance comme si c'était quelqu'un d'autre que moi qui est tarée, comme si ce n'est pas grave parce que je sens tellement que je suis enceinte… J’en suis obsédée…

Peut être que je ne veux pas vraiment de bébé... Je sais, c'est tordu, mais je n'en suis plus à ça près.

Si je voulais vraiment mon bébé, je n'aurais pas si peur, je m'imaginerais maman.

La vérité, c'est aussi que j'ai peur que mon ventre gonfle parce que je ne trouve pas ça très joli... Et puis je déteste être malade, j'ai un caractère hyper exigeant et j'en demanderais trop à mon enfant, j'aurais encore plus peur pour lui.

La vérité, c'est que je crois que je suis une maman en toc, je ne vaux pas un clou comme mère ! Je ne suis même pas capable de porter un enfant et maintenant je ne suis pas capable de raisonner mon cerveau pour lui dire qu'il n'y a personne en moi... Personne d'autre que ce qu'il reste de moi...

J'ai tout laissé tomber parce que je n'y arrivais plus de toute façon, j’ai démissionné et je n'ai que ça à faire : me remettre debout mais j'ai l'impression que je rampe et que rien ne me plaît plus.

Je passe mon temps à taper des mots clefs sur google comme "déni+grossesse+pds+négative" ou alors "petit+ventre+grossesse" dans Google image...

Je cherche une lueur d'espoir quelque part qui me dira que mon bébé est en moi et que c'est pour bientôt mais je reste plate comme une sole et de plus en plus seule.

Je ne me reconnais pas.


Je suis à présent, moi aussi, dans un monde imaginaire pour ne pas tuer mon enfant imaginaire, je l’ai rejoint...

…Si j'arrivais à me mettre en tête qu'il n'y a pas d'enfant, je pourrais peut être en sortir, mais rien n'y fait.

J'attends un déclic qui ne vient pas et j'ai de plus en plus l'impression que ce déclic ne viendra pas même si je continue à me battre. Contre moi-même.

 

Clémence, 27 ans, Bordeaux

Je vais y arriver. Je vais me battre et je vais me relever. Je le veux. Je veux me relever, je veux un bébé, avec celui que j'ai choisi et qui m'a choisi.

Je veux en être capable. Je vais y arriver, même si je retombe, je vais lutter et je vais accoucher.

 

Estelle, 34 ans, Paris.

Prends soin de toi, promets le… Peut être que tu ne te sens pas assez forte pour aller voir un psy, mais pourquoi ne pas aller dans une église, allumer une lumière pour ton ange, et peut être rencontrer une oreille prête à t'écouter et à te tendre la main ?

Moi j'ai failli perdre ma maman cet été, et j'ai rencontré une sœur par hasard à l'hôpital, elle m'a dit « il n'y a pas de hasard, on m'a mis sur votre route et vous sur la mienne », elle m'a redonné la Foi, elle a été tellement généreuse et présente, aujourd'hui encore… Car nous avons vécu des épreuves très dures dans la famille.

Tu sais moi je me suis toujours dis que j'aurais un bébé, quand le bon Dieu le voudra, la preuve est que, ni pour l'un, ni pour l'autre je n'ai choisi le moment, ces deux anges m'étaient réservés, il fallait que ce soit ceux là.

Je suis certaine que tu seras une maman en or massif, il te faut juste attendre un peu, prendre soin de toi tout d'abord, et ensuite le reste pourra suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Morue

 

Pour vérifier la cohérence de son infiltration sociale dans les normes et tester l’évolution de son adaptation à sa nouvelle vie normale avec ses nouvelles amies virtuelles, Clémence décida de se tourner vers sa seule amie, Caroline Dang, dite la Morue, pour tester ses capacités à défendre son projet.

Notre courageuse héroïne se dirigea donc vers le centre ville, dans l’odeur des gazs d’échappement… Pour la jeune fille, la ville était le lieu de tous les sons et de toutes les lumières ! Mais surtout, de toutes les odeurs. Les boulangeries qui insufflent l’odeur de froment, de viennoiseries sucrées et de pain chaud, les kebabs et leurs odeurs grillées d’huile et de viandes qui font vibrer les mots salade-tomate-oignon quand on passe devant…

Les parfumeries et leurs fragrances bon marché qui puent la mort et ne finissent plus que par sentir la violence de la chimie et par ne plus donner que l’envie de s’enfuir une fois que leurs puissances rassemblées se marient sur le pas de la porte et nous assaillent comme des fantômes qui veulent nous séduire.

L’odeur du neuf partout, devant les boutiques de vêtements chics, comme si le client devait savoir de loin, qu’ici, la finition est parfaite, jusqu’à l’odeur. Les odeurs de la cigarette et du vent, les odeurs de l’enfance et des égouts. Des bars et du café. Toutes entremêlées dans si peu de mètres carrés… Mariées pour tous. Clémence aimait la ville et le vent qui lui chantait toutes ces odeurs. Elle était chez elle. Sa maison. Contrôlée.

Elle sourit.

Dans sa petite voiture de prolétaire, la jeune fille conduisait vite. Toujours trop vite. Pour les autres. Clémence faisait tout vite d’ailleurs, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’elle fasse quelque chose comme conduire lentement, c’était antinomique. Clémence = trop vite.

Une place gratuite se libérait alors qu’elle s’approchait de la maternelle où travaillait la Morue.

Elles s’étaient connues au collège. La Morue était la souffre douleur de la classe, mais pas seulement. Elle était si différente qu’elle avait réussi l’exploit de se mettre à dos  tout l’établissement. 1597 personnes lui en voulaient d’exister. Sur 1600 élèves.

Outre Clémence, la deuxième personne à laisser la Morue en paix était la fille du proviseur qui savait ce qui l’attendrait à la maison si elle commettait comme les autres ce harcèlement scolaire impitoyable.

Les mécanismes de rejet des autres sont assez complexes. Ils se cristallisent sur une personne, qui brille d’une lumière trop nouvelle, trop décalée, trop perverse, trop douce et fragile ou trop rétrogradée, pour ne pas dire attardée et qui réussit alors l’examen de passage du grand rejet général qui ne lâche plus jamais prise. A moins d’un coming out courageux et extraordinaire qui confirme ce que tout le monde s’échigne à dénoncer en affirmant qu’il faudra s’y faire parce que ça ne changera jamais… Ce que n’avait jamais fait la Morue jusqu’à présent. Elle restait inassumée. On ne savait donc toujours pas ce qu’elle était qui faisait qu’elle était rejetée. Même si sa manie de coucher avec des garçons différents à plusieurs reprises à 14 ans à peine sonnés avait bien pu en donner une petite idée… Mais Clémence n’avait pas accès à ces données.

Le surnom de la Morue était apparu au détour d’une récréation mouvementée pendant laquelle les élèves s’étaient donnés pour mot d’ordre de « pêcher la morue » chacun y allant de son filet imaginaire, de sa canne à pêche fictive ou de son lasso de fortune. Il s’agissait d’attraper la pauvre petite Morue.

La petite fille harcelée s’était alors réfugiée dans un coin de la classe de dessin. C’est là que Clémence avait était la seule à capter son regard meurtri,  épongé de tristesse, d’injustice et de solitude et était alors passée officiellement du côté du groupe des deux personnes qui ne martyriseraient jamais la Morue qui soudain devint une espèce protégée par l’étrange Clé…

Clémence avait apprivoisé la Morue échaudée en ironisant sur la chance qu’elle avait d’être un poisson si sympa pour les portugais et les deux filles s’étaient amusées à imaginer chaque élève en animal, détourné. Mais surtout, elles s’étaient parlées en humanité. C’est ainsi que la Morue était devenue une morue fumée, à 15 ans et avait généreusement appris à Clémence comment la suivre dans son quotidien de dévergondée : raves, fête en boîte de nuit, drogue, alcool et homosexualité, La Morue tenait les promesses du grand rejet et seule Clémence continuait à la protéger en se demandant encore pourquoi les autres trouvaient si étrange que la sage Clémence se coltine h24 La Morue, petite allumeuse droguée et complètement déjantée. C’était pourtant simple : elle l’aimait…

Alors elles s’étaient gardées l’une pour l’autre dans la différence de leur réalité. Amitié. D’année en année. Clémence était resté fidèle à son amitié d’enfance et La Morue était devenue un repère de ce qu’elle était. Et de l’exacte différence que La Morue incarnée.

Depuis bientôt 5 ans, La Morue travaillait comme agent territorial spécialisé des écoles maternelles. Un rôle important, mais secondaire qui correspondait bien à sa vie, importante, mais secondaire…

Elle s’appliquait à diffuser des valeurs positives, de bienveillance et de non-violence, du lever jusqu’au coucher, avec tous les enfants. En restant du soir au matin, complètement défoncée. La Morue aimé être totalement enfumée, comme l’aime les Portugais. Elle se droguait pour s’oublier et mieux supporter d’être une Morue fumée.

C’était une toute petite miette de femme que La Morue. Ses cheveux, ni blond, ni brun, ni roux avaient la couleur de ceux qui ne savent pas choisir leur camp et s’adaptent selon ce qu’ils peuvent y gagner. Des petites tâches de rousseur dessinaient en pointillisme des prémices d’ingéniosité et de malice sous ses yeux éternellement mi ouvert, mi fermés. Fumés. Des prémices de quelque chose trop intellectualisé qui ne s’affirment jamais officiellement, mais laissent un sentiment d’espièglerie masquée. De douce perversité…

La Morue était froidement positive, linéairement bienveillante et cyniquement non-violente.

Le cocktail ne passait toujours pas avec les autres. Mais elle le proposait à chaque apéritif avec courtoisie et honnêteté.

A force d’incompréhension, de jugement et de moquerie infantile face à ses comportements déviants franchement de plus en plus vers la perversité, la jeune  assistante de vie d’enfant était devenue une adulte transparente. Un ectoplasme humanisé… Un humain ectoplasmé. Son seul espace d’échange réel et dénué au maximum de ses perversités, elle le donnait à Clémence… L’étrange.

 

·      Ah ! Tu es déjà là ?

·      Oui, j’ai trouvé une place gratuite juste devant, je pensais tourner trois heures comme d’habitude et…

·      Caroline, les petits sont sortis de table depuis longtemps s’il vous plaît … - prévint la directrice, une jeune femme aux cheveux courts et à l’air angélique – Bonjour Clémence.

·      Bonjour Madame…

Clémence n’avait pas le sens de l’autorité et de la hiérarchie, pour elle, un humain valait un humain, peu importe qui il était, mais il lui semblait toujours perdre toute sa vie d’adolescente et de jeune adulte en face de n’importe quel personnel d’école maternelle. Soudain, elle avait 5 ans et était élève. Bien élevée. Dressée.

La maternelle était la seule école qu’elle avait vraiment aimé. Le dernier endroit où, sans doute, elle avait eut encore l’impression d’être adaptée. Alors Clémence prenait plaisir à venir souvent voir La Morue dans l’école.

Ecole dans laquelle elle avait elle même grandi. Cercueil de sa vie passée. Bulle de son dernier sursaut de vie.

 

·      Je finis d’aider à la cantine et j’arrive ! murmura La Morue, ponctuant sa phrase d’une moue d’élève de maternelle complice face à la maîtresse au tableau.

 

Deux gamines.

 

Clémence sortit alors de l’école et s’assit dans le petit square sur le banc qui faisait face aux jeux d’enfants. Toujours sur le rebord, les fesses la haut, les pieds sur l’assise.

…Avant, c’est comme cela qu’elle aimait se tenir à table pendant les repas de famille. Pour mieux tout observer de haut.

Elle prit une cigarette dans sa poche… Chercha le briquet dans l’autre poche… Puis l’autre poche, celle du bas, puis celle du haut, la poche de sa veste et puis fouilla son sac qu’elle finit par éventrer sur le banc.

Rien dans sa gestuelle ne répondait aux codes sociaux de la femme moderne.

Pas d’entrave dans l’ouverture ou la fermeture de ses jambes qui offraient une vue sur son intimité sans que cela ne l’angoisse outre mesure…

Pas de limites dans ses mouvements de bras qui pouvaient passer dans l’excitation de la conversation au dessus de sa tête, dégageant ainsi toute l’étendue de son poitrail offert, comme elle, à la réflexion…

Briquet. Retrouvé, dans le paquet de cigarettes. Elle alluma sa clope et la garda au bec… Rêveuse. Concentrée sur la forme que dessinaient les feuilles naissantes de l’arbre en face d’elle. Déconnectée. Devant la lumière, elle ne voyait que la beauté de la lumière qui dansait.

Une mère accompagnée de son enfant emmitouflé dans sa poussette passa près d’elle, affirmant du regard son sentiment de mépris pour cette jeune fille qui osait fumer dans le sacro saint lieu de jeux de la chair de sa chair.

Clémence n’y comprit absolument rien à tout ces implicites codés et se dit que décidément, oui, les gens normaux étaient bien hostiles alors qu’il suffisait de parler…

·      Alors, ça va ? Purée, ils m’ont tué ce matin. C’est impressionnant l’énergie qu’ils ont ! Ils se nourrissent de la mienne en fait ! Faites des gosses ouais ! Pour me les refiler !

La Morue, rougit par le labeur professionnel, venait de rejoindre Clémence sur le banc. Et fumait déjà une roulée… Améliorée. Droguée.

·      J’ai laissé Miranda finir, ras le bol de me taper tout son boulot. Elle abuse elle.

·      Elle t’a vu partir ?

·      Pour ça il faudrait déjà qu’elle m’ait vu tout court. Le boulet la nana !

Les deux jeunes filles se prirent le bras dans un rire et se levèrent pour marcher un peu dans les rues calmes de 13h00.

·      J’te jure Clé, quelle plaie elle ! Je ne la supporte plus. Enfin… Laissons tomber. Et toi ça va ?

·      Je veux devenir une femme normale.

·      Ouh putain.

·      Tu crois qu’il faut que je commence par là ? Je pensais expérimenter ça en tout dernier lieu si vraiment ça ne marchait pas et que j’échouais encore comme une baleine écra…

·      Pourquoi tu veux faire ça ?

·      Je ne veux plus être étrange.

·      Tu veux être une cagole pour ne plus paraître étrange et ça ne te paraît pas étrange ça ? Clé ! Tu me refais le coup à chaque fois ! Arrête avec ça !

Déjà quand tu es devenue scout chez les bourges, je t’ai soutenue, je suis même venue à ta Promesse, j’ai versé ma larme et tout, ok, ta période ultra catho, j’ai géré. Quand tu as décidé d’explorer tes envies de domination et que tu as côtoyé le milieu Sado-Masochiste, je t’ai encore suivie ! Je t’ai accompagnée pour acheter tes pantalons en latex, tes godes, tes menottes roses bonbons pute et tes mini fouets, souviens toi ! Et je ne te parle même pas de ton passage dans la franc-maçonnerie avec tes lavages de cerveau symbolique chelou et ta traversée du petit banditisme local avec tes séances de tirs à la carabine sur les parkings des discothèques le petit matin ! On ne peut pas dire que je suis une lâcheuse ! Je ne sais pas ce que tu mijotes encore, mais mince quoi ! Donnes toi du répit un peu ! Sinon donnes m’en à moi du répit !

·      Han ! Répondit Clémence, coquine, tu te souviens de ce couple qui nous avait invité ! Comment on avait trop bien mangé chez eux ! Et comment le vin était booooon ! Tu te souviens du goût du champagne ??? Arrêtes, on s’était super bien marré !

·      Qui s’était marré Clé ? Elle, elle avait passé sa soirée à tripoter le téton de sa voisine de table d’un air gourmand et à disparaître avec elle dans la cuisine pour en revenir aussi rôtie que leur viande ! Et lui passait ses minutes à raconter chaque expériences sadiques qu’il avait pu avoir sur sa femme, avec une lenteur qui laissait voir que le simple fait de revivre mentalement les supplices qu’il lui avait infligé était pour toujours et à jamais un orgasme intellectuel intime et à disposition de qui voudrait bien l’écouter ! Tordu le truc quand même non ?

·      Oui, mais ils étaient adorables, avoues.

·      Quel adorable Clé ! Des margoulins d’un autre univers que le tien ! Ils avaient fini la soirée en se pissant dessus dans leur baignoire immense pendant que tu t’étais endormie comme une cloporte dans le costume pour homme trop grand qu’ils t’avaient fait porter parce que tu ne voulais pas te foutre à poil à leur très grand regret pendant que moi je filmais le tout pour ne pas y passer ! Merci du adorable, j’en avais cauchemardé trois semaines de ces tarés, même moi ils m’avaient choqué !

·      Moi je les avais beaucoup aimé…

·      Parce que c’est ça le problème et la solution pour toi Clé... Ils étaient étranges, tu aimes les étranges, parce que tu es étrange ! Qu’est ce que tu vas encore aller essayer de ressembler à des gens qui te repoussent ? Je ne comprends pas.

·      Toi aussi tu essaies de t’adapter… Même si tu le fais avec deux générations de retard, tu essaies… C’est seulement ce que je veux faire à mon tour.

Non plus essayer de trouver un monde qui me convienne dans la multitude des mondes dans le monde… Mais tenter de m’adapter au monde tel que la multitude l’a défini. Oui. C’est ce que je veux… Comme toi. Comme tous. M’adapter. Et être acceptée.

Être normale, conclut la jeune fille en tournant la tête tristement, dans le vague.

Il y eut un moment de silence respectueux de sa peine sincère.

La Morue ne comprenait que trop bien les motivations qui dirigeaient Clémence et Clémence comprenait la méfiance de son amie. Mais il n’était plus question de reculer. Il était question de survivre. D’éviter les murs et les plafonds. Ce n’était plus possible, trop lourd, trop triste, trop dur, trop long, trop. Assez.

·      Tu sais, lança La Morue dans un geste de bienveillance et de tendresse comme elle savait le faire avec ses petits protégés, ce sont des animaux captifs, eux aussi… D’une autre forme d’animalité. Et d’une autre forme de captivité. Là où tu te dis captive de ta liberté, eux, à ta différence, se pensent libre dans leur captivité et ont développé un tas de systèmes de défense pour accepter cette captivité, pour la vivre, aussi bien que possible, malgré tout. Et ils se lèguent ces défenses dans leur hérédité, de la même façon que tu as hérité de ta liberté.

Ils savent qu’ils sont captifs, mais contrairement à toi et ta liberté imposée, ils ne veulent pas sortir de la cage car ils n’ont même pas cette option en eux, ils n’accèdent pas à cette donnée, pour eux, ça n’existe pas, ce n’est même pas que c’est impossible, c’est que c’est inexistant. Donc ils ne veulent pas jouer à imaginer à comment sortir de la cage avec toi, parce qu’ils l’acceptent comme une obligation non négociable. Alors ils se persuadent à chaque génération qu’ils ne peuvent pas sortir de là où ils sont enfermés. A l’abris dans leurs préjugés...  Et même si c’était possible, pour faire quoi ? Être comme toi ? Être seule ? Pardon de te dire ça, mais tu n’es pas une option très motivante pour des codes normaux. Tu vis dans une boîte d’allumette, avec les aides de la CAF, tu roules en Twingo raillée, si on ne connaît pas la richesse de la liberté, ma chérie, tu ne fais pas rêver.

Eux, dans leur prison, ils ont tout. A boire, à manger, un foyer, une éducation, des distractions. Tout est organisé dans la normalité, pour supporter le temps de captivité, pas pour la combattre Clé.

Ils le sentent que tu veux les priver de tout ce qui les fait rêver. Et pour les amener vers quoi ?  Toi et ta CAF ?

Ils te reniflent et ils comprennent que pour toi la captivité est invivable et que tu peux les contaminer de tes sursauts de liberté. Mais toi tu sais le faire parce que c’est dans ton sang, tu ne fais aucun effort pour le développer. C’est le travail de ta famille, le lègue de tes aïeux. Ils n’ont pas le même fonctionnement que toi. Ils ne sont pas comme toi, c’est tout. C’est pour cela qu’ils ne t’acceptent pas. C’est pour cela qu’ils chassent les gens différents, les créatifs, les sensibles, les étranges…

Parce que la différence, c’est prendre un risque d’être contaminé par l’envie de réfléchir sur sa condition d’être captif… Et captif de ses propres failles en plus.

C’est prendre le risque d’être comme toi, comme ce que tu sembles être pour eux : malheureuse.

Ils ne comprennent pas que c’est leur rejet et leur manque d’amour généralisé qui te rend malheureuse. Ils comprennent que c’est ton fonctionnement qui porte le malheur en lui. Pour eux, Clé, tu es un virus. Ils se défendent de ta contamination. Ta simple existence montre que c’est possible d’être autrement et donc qu’ils ne le sont pas, par leur faute. Tu attaques leur système de défense par ta seule existence.

Ils se défendent donc d’un danger qui attaque leur système. Un danger qui leur montrerait, le nez dans leur caca, comme la porte de la cage est ouverte, comme elle l’a toujours été et comme depuis toujours la plus belle forme d’Amour nous regarde et nous sourit pleine de lumière quand elle passe une tête pour voir si tout va bien... Et comme ils s’en foutent au final, par lâcheté. Par peur. Par plein de choses trop compliquées à affronter pour eux en fait… Alors oui ma chérie, tu seras toujours trop compliquée pour eux tant qu’ils ne veulent pas eux même marcher vers la liberté, leur liberté qu’ils auront décidée et recherchée.

La liberté fait peur ma Clé. Tu leur fais peur. Ta liberté est si grande et évidente que tu ne pourras pas la cacher. Elle est en toi. Elle est chacun de tes mots, chaque regard que tu portes sur le monde, chaque geste qui te transporte vers les autres, elle est en moi, en des millions d’autres, oui, c’est vrai, mais différemment de toi... Non, elle n’est pas de la même façon en tous. Leur liberté à eux, à nous, c’est de choisir de rester dans la cage dont la porte est ouverte, aliénés, parce qu’à l’intérieur de cette cage, on pourra assurer la survie de l’espèce. Et peut importe que ce soit une espèce amoindrie, ce sera notre espèce quand même…

Alors ils sauront toujours te renifler, te détecter et te combattre, pour que tu ne menaces pas la survie de leur espèce.

Clé… C’est toi ou leurs enfants, leur descendance… Qui crois-tu qu’ils choisiront ?...

Clémence baissa la tête. Elle savait que La Morue avait raison. Elle savait… Tant d’années… Des dizaines… A errer… C’était vrai.

Mais là, il était question d’elle et seulement elle, plus d’eux et de leurs enfants, leur héritage ou de l’avenir de l’humanité. Pour une fois, seulement cette fois ci, il ne devait être question que d’elle et d’elle seule, de son avenir, de l’avenir de ses enfants et de son humanité, de sa descendance, à elle. Il fallait qu’elle garde le cap et ne se laisse pas pervertir par les ondes positivement extra lucides de La Morue !

- Dis pas trop des trucs comme ça quand je suis pas là quand même. S’ils t’entendent ils vont te taper, on dirait que tu es sous acide ou un truc comme ça, répondit-elle faussement taquine. Touchée.

Trop d’années. Tellement d’années de vie à penser toujours aux autres l’avaient amenée à la porte de l’association des suicidés de France, à lire des pages trop lourdes. Des années de don d’elle même l’avaient conduite en hôpital psychiatrique les fesses à l’air sous une chemise bleu pâle fendue dans le dos et attachée dans le cou par un nœud qu’on ne lui permettait pas de se faire toute seule, long et coulant… Parce qu’elle souffrait de chagrin, alors hop, internée ??? C’était ça leur humanité ??? C’est ça qu’on voulait lui faire accepter ??? Jamais !

Assez d’années de peine, de douleur, de mal être, de recherche, d’exclusion, de déception, d’attente, de solitude… Les années de trop étaient déjà toutes les années de sa vie, alors, oui, avec certitude pour une fois, c’en était trop !!! Jusqu’à l’irrespirable.

·      Je mettrais du parfum, chantonna Clémence en se remuant le bassin en cercle approximatif. Tu sais que j’en suis capable n’est ce pas ?

·      Et c’est ça qui me fait peur pour toi ma Clé… répondit La Morue.

·      Tu sais… Cette fois ci, je ne pourrais pas te faire venir. Je vais devoir m’éloigner beaucoup. Pendant longtemps peut être… Mais tu sais n’est ce pas ? Tu le sais toi qui je suis au fond de moi. Si tu vois que je tourne bizarre, ne m’oublie pas, réveille moi… Et si je réussis tu viens ?

·      Quand tu réussiras, je serais encore là. Tant qu’ils ne me pissent pas dessus, moi… Bon. Tu me ramènes ? Demanda Caroline, triste, le visage tourné, sans vouloir rien montrer.

·      Ouais. Je t’aime. Comme une baleine écrasée.

 

 

 

 

Le contrat

 

Il fallait qu’ils voient ce qu’ils étaient capables de se faire… Il faut qu’ils voient ce qu’ils sont capables de se faire. Il faut leur offrir le reflet exact de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent. Il faut qu’ils voient ce qu’ils sont capables de se faire. Tout le mal, toute la peine, toutes les douleurs inutiles…

Clémence tortillait ses pieds en l’air. Couchée sur le dos, sur son lit livre, elle balançait ses jambes dans un mouvement de croisement, décroisement, qui l’aidait à réfléchir.

Il faut qu’ils voient ce qu’ils sont capables de se faire. La phrase résonnait en elle. Les mots venaient la chercher obsessionnels, l’emportaient vers eux et se mettaient en boucle dans sa tête…

Il était temps de rentrer dans l’Histoire des Hommes qui vivent dans les arbres. Marginalisée depuis toujours, différente, à l’écart. Il était temps de rentrer de plein pied dans la vie et d’y avoir un rôle. Une place.

Il était temps qu’ils voient ce qu’ils sont capables de se faire… Qu’ils entendent tout ce qu’ils se taisent.

Clémence avait cette faculté souvent désagréable pour elle de ressentir aux limites du supportable les sentiments que les autres voulaient cacher. Parfois à eux même.

 La moindre petite émotion, le petit battement de cil qui trahit le mensonge, la honte, l’amour ou la joie, elle le recevait en pleine face à une puissance telle qu’elle se retrouvait éclatée sur le mur du son de l’indiciblement inaudible.

Elle avait donc toujours entendu un double discours. Celui que l’on dit… Et celui que l’on tait. Celui que l’on donne… Et celui que l’on cache.

Cette faculté aussi participait de son isolement car elle la laissait seule juge de ce double discours. Souvent déstabilisée. A qui devait-elle répondre ? La voix qui parle ou la voix plus forte qui se tait ? Puisque les deux se présentaient à elle sur un pied d’égalité.

Mais ça y est, non, elle était prête. C’est ce qu’elle pensait. Si on peut être prête à ça, elle l’était. Prête à leur dire, prête à leur montrer, prête à leur expliquer correctement ce qu’ils n’entendaient plus d’eux même, prête à affronter le groupe, prête à rentrer dans le rang à sa façon, décalée, prête à découvrir ce que les autres ne voulaient pas lui donner et qu’elle entendait trop fort parfois. Prête pour la « simplicité ».

« Pourquoi tout est toujours si compliqué avec toi Clé ?.. »

C’en était ainsi. Si elle l’acceptait ce fait, cette complication, ils l’accepteraient aussi se disait-elle face au plafond.

Un pied dessus. Un pied dessous. Un pied dessus. Un pied dessous…

Comment faire pour rentrer dans le groupe et leur montrer au mieux ce qu’ils se font. Ils ne me laisseront pas faire... Ils me renifleront et ils me rejetteront encore.

Il me faut être encore plus rusée…

M’oublier ! Il faut que je sois capable de totalement m’oublier !

Mais si je m’oublie, qui pensera à moi et reviendra me chercher une fois l’expérience finie... Il faudra trop de force pour me retrouver... Je risque de me perdre à m’oublier.

Me cacher alors… Si je me cache si profondément en moi que personne ne me soupçonne, je serais en sécurité…

Est ce que ce n’est pas un peu comme être en prison de soi même ?

Oui… Peut être, mais parfois on peut sans doute être plus en sécurité en prison qu’en liberté.

La liberté que la vie m’impose a été de me mettre à la merci de tout et son contraire jusqu’à présent. J’ai dû tout contrôler moi même. Moi, l’environnement et les autres.

La liberté que j’ai vécue était dans l’enfermement de ma solitude. Libre seule… Pourquoi ne pas vivre la claustration dans le partage ? Être sous le contrôle de l’environnement et des autres par la société que nous construirons ensemble. Enfermés ensemble… Après tout, l’inverse est parfois la même chose. Je pourrais peut être aimé. Si j’arrive à m’y habituer.

Soit je suis seule, mais libre.

Soit je suis intégrée, mais enfermée.

C’est ça leur contrat social ? Si on accepte de rejoindre le groupe on en accepte ses règles, impliquant toutes les données que nous n’avons pas choisies, notre classe sociale, notre sexe, notre origine raciale, notre apparence, la religion de notre groupe social ou génétique… Des données qui une à une dessineront les barreaux de notre prison et feront que nous seront ensemble, mais tous à côté de nous même.

La solution est là alors ? Il faut que je me cache en moi même pour les imiter ? Il faut que je m’enfouisse si profondément que personne ne saura me repérer ? Pour rejoindre la meute, l’intégrer et la disséquer sans me faire rejeter…

Je veux savoir ce qu’ils ne partagent pas avec moi. Je veux connaître ce à quoi je n’aurais jamais droit. Qu’ils me le donnent à moi aussi puisque c’est donné à tous.

Parce qu’une fois l’expérience finie… Une fois que la supercherie sera révélée –parce qu’elle finira forcément par l’être - ils me rejetteront différemment. Ils me marginaliseront encore plus fort et reconstruiront eux même ma liberté de solitude. A un autre degré.

De mon désir impérieux, propulsée par quelque chose que personne ne peut mieux comprendre que moi même… Je dois le faire. Je dois signer ce contrat là.  Je choisis de signer. Je prends ce pari parce que j’en suis capable. Parce que moi seule peux le faire. Parce qu’aussi incompréhensible que ça sera pour eux, je suis venue pour ça. C’est en moi, je nous le dois… A Toi, pour moi et moi pour Toi… Je sais qu’au fond quelque part Tu es encore là et que Tu crois encore en moi… Je veux Te satisfaire. Je veux faire éclater Ta si belle joie. Parce que je n’aime que Toi.

Pour qu’ils sachent ce qu’ils sont capables de se faire.

Pour qu’ils sachent ce qu’ils sont capables de me faire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

In the desert… You can forget your name.

 

 

Clémence, 27 ans, Merzouga

Je suis dans le désert, loin de chez moi, avec Homme, pour Noël. C'est vraiment grandiose, j’aimerais tellement vous montrer ça. Et ça me permet de couper avec plein de choses.

Il me fallait bien le désert pour faire le vide.

Des news de mon petit bébé dans ma tête... Bein, elle va bien, elle m'aide beaucoup en fait. J'ai décidé de la garder.

 

Estelle, 34 ans, Paris.

Profite à fond ma bichette. J’espère que ça te fera du bien, j’en suis sûre. Je suis super occupée au boulot en ce moment, le garage tourne à fond, donc ne t’inquiète pas si je ne réponds pas, mais je te lis, continue d’écrire, on est là, je pense fort à toi et à ton bébé. Amicalement.

 

Clémence, 27 ans, Casablanca.

Des bisous, bon courage alors, c’est bien de travailler, ça fait rentrer des sous.

Hier je me suis dit qu'en fait j'aurais toujours une Enfant dans la tête (y en a qui ont un petit vélo, moi un bébé... et peut être un vélo aussi tout compte fait).

Je pense que c'est comme un syndrome mental... Je n'arrive pas à accepter un choc qui a été trop douloureux pour moi, je ne m'étais jamais préparé à ce que mon enfant ne meure.

On ne m'a jamais préparé non plus. C'est une éventualité que je n'ai même jamais envisagé. Pas dans mon ventre en plus. Donc pour ne pas péter complètement les plombs, parce que je suis un tantinet fragile, mon cerveau m'a honoré d'un beau cadeau : une fille qui me garde en otage. Et moi je l’aime. Pourquoi pas après tout ?

 

Je n'arrive pas à me dire qu'elle n'est pas là, peut être parce qu'elle est là, en moi, dans mes sentiments et dans toutes mes pensées. J'aime vraiment cette enfant que je n'ai pas eue et je prends comme une grâce le fait de pouvoir passer mes journées avec elle, d'y faire appelle quand je veux pour m'apaiser sur n'importe quelle situation.

Ma vie est devenue plus douce parce que dans ma tête, si je me trouve face à un problème, une phrase résonne qui me dit « C'est pas grave, ça va s'arranger, il faut que je pense à mon bébé d'abord pour que quand elle sorte je sois heureuse et que la vie soit gaie... » Du coups j'adoucie toute les situations, si je me fâche je me dis « Quel exemple tu donnes à ta gamine fillette, sois plus forte que ça ! ».

 

Je réfléchis autrement. Je prends vraiment ça comme une chance, c'est pour ça que je ne veux pas voir de psy, je ne veux pas que quelqu'un me fasse croire qu'il y a un lien entre ma relation à mes parents et le fait que mon enfant est mort ou le fait que je porte une enfant dans ma tête, ou le fait que j'ai fait pipi au lit jusqu'à cinq ans pour me dire que je refuse mon enfant réel parce que ce pipi représentait l'abandon du ventre de ma mère (les pauvres mères, en psychanalyse, elles s'en prennent plein la tronche... Il faudrait sérieusement se pencher sur le cas de la mère de Freud, je ne sais pas ce qu'elle lui a fait, ou pas fait, mais il n’a pas aimé du tout le pauvre !)

J'ai une famille dans laquelle, une personne n'existe pas, mais a sa place.

C’est ma famille, à moi.

Cette petite fille qui n'est pas devenue terrienne existe en moi pour toujours, je ne la combats pas, je m'en occupe tant bien que mal. En plus, elle me laisse pas mal de marge de manœuvre... Je peux fumer des clopes, boire du vin ou manger des sushis, mais en même temps, elle me prévient que ça ne sera pas possible avec ses frères et sœurs…

J'ai donc une préparation à la grossesse au poil. Chaque jour, j'apprends ce que veut dire « être enceinte ». Une formation personnalisée en somme.

La chose la plus étrange dans ma situation, c'est d'accepter cette enfant en me répétant chaque jour, plusieurs fois par jour, que « non », je ne fais pas un déni de grossesse. Les tests sont négatifs (pds à 0), j'ovule semble t-il correctement, je n'ai pas de ventre et pas de seins.

 

On essaye de faire un bébé ce mois ci avec Homme. En pleine conscience, je veux dire... On a choisi de faire un bébé, entièrement choisi… J’ai eu mes règles dans le désert. Le matin de Noël. Tu parles d’un cadeau.

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

J'ai essayé tout à l'heure, comme ça, pour voir, pour tenter, de croire qu'elle n'est pas là.

J'ai essayé tout à l'heure d'aller jusqu'au bout de ma persuasion du fameux « Je ne suis pas enceinte ».

J'ai essayé tout à l'heure de vivre quelques secondes sans elle en moi... J'ai eu une sorte de vertige intérieur. Un vide tellement grand que la vie semble, elle même, ne plus exister.

J'ai eu peur. J'ai eu peur de perdre mon bébé.

Je me suis sentie tellement seule, tellement vide que j'ai eu peur de sombrer.

J'étais assise à une terrasse de café avec Homme. C'était assez étrange d'avoir une bombe atomique dans la tête, les yeux dans le vide et un visage qui se voulait impassible et de rester concentrée sur une discussion dans laquelle je ne faisais en fait que passer.

La Solitude.

C'est ça que j'incarne si je m'imagine que ma fille n'est pas en moi. L'Inutilité aussi. Le vide. Le Chagrin.

Que dirais-je au monde si je devais parler, au lieu d'écrire en secret, de ma fille ?

Comment pourrais-je expliquer au monde que je porte un enfant qui n'existe pas et que si je la supprime, je me supprime ?

Je crois que je comprends les mamans des bébés secrets.

D'un côté, je vis avec la peur au ventre que ce même ventre soit plein...

De l'autre, je vis avec la terreur qu'il soit encore vide.

Ce fil ambigüe sur lequel je marche m'aide singulièrement à ne pas tomber.

Je ne veux pas de cette enfant autant que je veux mourir si je ne l'ai pas.

Je ne raconte à personne ce que j'essaye de guérir seule. Je ne veux pas qu'on me juge, me moque, m'engueule. Je veux tellement apprendre à être adulte avant d'être moi, que j'ai oublié de constater que j'y étais arrivé.

Pourquoi je me cache encore, avec dans mon ventre un trésor...

La peur. Toujours. La peur, encore.

La peur du blanc, de la piqure, la peur des gens, des responsabilités que je m'imagine quand j'aurais mon bébé.

J'ai toujours mis la barre beaucoup trop haut en tout. Maintenant je ne veux plus. Je veux des barres toutes petites, posées par terre pour être enjambées. Je veux des barres en plastique qui ne blessent pas quand elles sont cassées et sur lesquelles on peut marcher. Je ne veux plus de barre du tout, je veux mon enfant, un point c'est tout. Parce que oui bordel je le veux !

Je le veux fort et à peine la phrase écrite, je ne le veux plus et je l'évite.

 

Pourquoi, on ne nous dit pas à l'école que parfois les bébés d'un coup s'envolent pour aller nous envoyer des bisous du ciel et pour rester avec l'Eternel ?

A quoi sert l'école qui ne prépare pas à vivre ?

Si l'on m'avait dit que « ça » pouvait m'arriver, qu'après tout ça,  je serais obligé de me relever, j'aurais commencé depuis longtemps à cogiter à une solution pour re-procréer.

 

Je ne crois pas que je serais une si bonne mère, mais je veux l'être tout de même et faire de mon mieux pour mes deux petits yeux. Pour notre chair et sang mêlé, pour l'enfant qu'Homme me fait, je ne veux plus tant que tout soit parfait (mais au moins impeccable, on ne change pas en deux secondes sur un coin de table).

 

Dis-moi Seigneur que Tu m'en donneras un, une, deux, cinq, plein. Dis-moi Seigneur que c'est pour bientôt que j'arrêterais de croire que je porte un enfant dans mon dos.

 

Danse des pieds.

Plafond.

Soupir.

Bâillement.

Sommeil.

Clémence s’endormit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Violet

 

Je jouais en bas de la maison. Des elfes bleus aux oreilles en pointillés essayaient d’attraper une souris mauve. Violet. J’ai pensé en moi même, c’est pas crédible une souris mauve, ou même violet…

Et puis je suis passée devant une fenêtre et j’ai vu mon reflet. J’ai vu que j’étais une enfant dans des vêtements d’adultes. Et je me suis demandé pourquoi j’avais une moustache de frite. C’est bizarre non d’avoir des moustaches en frite ?

Et là je le vois. Le gros bonhomme. Il est assis en face de la fenêtre et des mouches tourbillonnent autour de lui. J’ai l’impression qu’il y a un milliards de mouches, mais je ne sais pas pourquoi, ça me fait rire.

Je me dis que ça ne doit pas être pratique d’avoir tant de mouches avec soi dans la vie de tous les jours.

Il me sourit. Je ne réponds pas.

D’un coup, tout se transforme en bande dessinée. Je vois mes mains qui se transforment comme sous le coup d’un crayon gras. Le trait avance habile et dessine mes joues, mes cheveux et tout l’immeuble qui me fait face. Tout le paysage change. Mais je n’ai pas peur. Comme si je savais que ça devait se passer comme ça. Que j’oublierai. Que je serai relevée. Destinée.

Donc je me dis que si je serai relevée, alors c’est que je vais me vautrer. Et pendant que je suis juste en train de le penser, je me rêche la gueule en vélo et une grosse bulle apparaît avec un gros « Boum ! » dedans ! Le truc de dingue.

Mon vélo part en avant et la roue se met à envoyer une grosse fumée d’air avec une bulle qui fait « Pschhhhhhhhh »

Les elfes n’en n’ont rien à foutre, ils continuent de chasser la souris mauve et je continue de penser que ce n’est pas crédible... On dirait qu’ils sont habitués à être dessinés eux, parce que malgré tout le bruit des bulles, personne n’a bougé, comme s’il n’y avait rien d’anormal au fait qu’un enfant soit tombé, qu’il y ai tant de bruits violents, de casse et d’agitement…

Comme j’étais à peine apparue dans leur histoire dessinée de souris et de violet je ne connaissais rien de ce qu’il était advenu avant et de comment les personnages vivaient entre eux, comment ils pouvaient se comporter. Je voulais bien croire aux elfes et aux souris mauves improbables… Ou violet.

J’étais un si jeune personnage. Je ressentais que j’étais décalée par rapport aux autres, mais je me disais que quand j’aurai réparé mon vélo, moi aussi j’irai chasser la souris mauve… Violet.

Le gros bonhomme me regardait. Depuis combien de temps me regardait-il ? Longtemps sans doute. Il savait mon prénom et celui de tous les elfes. Il savait mes goûts et ma pauvreté. Avec ses mouches qui tournoyaient…

Face à la roue de mon vélo toute dégonflée, je me suis soudain sentie tellement triste de ne plus pouvoir avancer.

Alors là, je vois le gros bonhomme qui se lève avec toutes ses mouches… Il s’approche et me propose de m’aider. Quelle gentille attention.

Personne n’était là pour moi à ce moment là. Je me sentais terriblement abandonnée. Et puis cet âge bizarre… C’est comme si j’étais adulte, mais en enfant. Alors j’ai regardé cette main tendue. Cette main gonflée. Et je l’ai attrapé. C’était une gentille attention de vouloir m’aider.

Je l’ai suivi chez lui, à deux pas. Sans me débattre, sans crier. Il avait lâché ma main. Moi je le suivais. Il me faisait peur, mais comment faire avec mon vélo crevé à côté des elfes qui s’en fichaient ?

Son appartement était comme le mien, mais il était baigné de lumière ! Chez moi il n’y avait pas la lumière. Chez moi il y avait vite l’obscurité. Chez lui, une lumière chaleureuse qui venait de dehors et faisait comme un câlin dans le cœur m’accueillait. Il y avait dans ces mètres carrés de misère propre une telle intensité lumineuse et une douceur incroyable alors portée par cette lumière, cela me paraissait si doux et angoissant en même temps parce que j’avais entendue les clés tournées dès que je suis rentrée chez lui. Il m’avait enfermé. Je ne me sentais pas seule. Comme si je te ressentais. C’était Toi pour moi… Mais je sentais que peut être, il allait me tuer. Ça y est.

La porte à clefs. Je crois que j’ai senti les ennuis arriver définitivement quand il est rentré dans sa chambre, obscure, volets baissés et qu’il m’a appelé et j’ai eu peur, mais profondément à l’intérieur de moi quelque chose me criait de ne surtout pas le montrer. Ne pas l’effrayer lui qui savait qu’il allait commettre l’irréparable. J’étais mortifiée. Terrorisée. Partout maintenant ça sentait le danger. Il allait faire quelque chose d’interdit, il le savait, mais moi, je n’en avais aucune idée de ce qu’il voulait me faire d’interdis, je ne faisais que le supposer. Tout était possible. Il allait me frapper et il allait me tuer.

Ne pas l’effrayer pour ne pas déclencher sa folie, pour ne pas l’amplifier, pour ne pas la réveiller. Tous mes gestes devaient être lents, tranquilles et neutres parce qu’il allait me tuer. Si je criais, si je brusquais, si je riais, il allait péter un câble et il allait me tuer.

Il y avait en même temps que cette lumière douce, une énergie tellement malsaine, je vivais tout au ralenti, comme si la vidéo avait un souci à ce moment là et faisait des bugs de certaines images qui tressautaient, puis continuaient, vitesse diminuée…

Il est passé devant moi pour me conduire dans sa chambre, dans l’obscurité, parce que j’étais resté là, planté, il me disait de venir voir des chatons qu’il avait de sa chatte qui venait d’accoucher. Je ne voulais pas aller dans sa chambre parce qu’elle était sombre et qu’elle sentait son intimité. Je ne voulais pas y aller, alors il a insisté. Il allait me tuer. Je voulais sortir, je voulais partir, il voulait me tuer…

Un des petits chats que je m’étais baissé pour caresser m’a soudain mordu alors que j’étais en train de me rassurer sur le fait qu’il ne m’avait rien fait et qu’il avait vraiment des chatons… Cette morsure a sonné le glas de ma vie et ça m’a terrorisé, c’était comme le signal, comme le début de l’horreur et quand j’ai voulu lui dire que je venais de me faire mordre, j’ai senti que ma petite tête d’enfant à peine ébauché, mal dessiné, pas finie d’être croqué, était juste posée sur son pénis d’adulte.

Là, dans son pantalon, derrière moi, il retenait une excitation qu’il devait gérer et faire vivre depuis déjà bien longtemps, profitant du plaisir de ne la garder que comme excitation personnelle. Il avait attendu d’être au paroxysme de son désir de cinglé pour passer à l’offensive. Il m’avait traquée comme une bête et m’avait habilement attrapée dans ses filets. J’étais à sa disposition. Il allait me tuer.

L’horreur se jouait et j’avais le second rôle dans son délire. Celle qui allait subir, celle a qui on pourrait tout faire, celle qu’on aimerait voir crier pour apprécier le spectacle d’épouvante en toute sécurité derrière sa télé. Le mort vivant allait se jeter sur moi et peut être, si je n’y prenais pas garde, me tuer dans les pires sévices. Il venait de capturer ma vie entière et pouvait en faire ce que bon lui semblait. Il allait me tuer.

Je savais qu’il ne fallait pas que l’angoisse se fasse inviter officiellement dans cette étrange ambiance, mais par surprise, sans crier gare, elle était là, tapie au fond de moi, tyrannique de mes émotions, elle me tétanisait. Une peur terrible qui devait se lire sur mon visage de fillette que je ne voulais pas montrer. Surtout ne pas montrer la peur. Surtout ne pas sortir la terreur. Parce que ça l’exciterait de plus belle et qu’il me tuerait. Il allait me tuer Seigneur…

Et la folie est sortie. Il m’a portée comme une feuille de papier, raide et m’a posée sur son lit. Je suis restée là au milieu de cet océan de drap sordide, posée, raide, comme un piquet, droite et tendue comme son envie de me violer, raide face à son envie de briser à tout jamais ma petite vie qui commençait à peine dans l’Histoire.

Je m’efforçais de ne pas montrer ma peur, pour ne pas nourrir la folie parce que ça le déstabilisait. J’essayais même de ne pas respirer. Il fallait qu’il se contrôle et je devais être ce contrôle là. Ne pas crier, ne pas pleurer, raide, ne plus exister en tant que moi, survivre et devenir... Rien.

Il s’est couché sur moi de tout son corps et à commencé à se frotter sur moi, de tout son poids. Encore et encore et encore. Son corps lourds ne prenait pas la peine de s’alléger, il s’écrasait sur moi, il s’insinuait en moi, il m’étouffait. Et cette impression d’être prise pour un savon avec lequel on se frotte consciencieusement. Cette impression d’être un objet qui n’a pas son mot à dire. Cette impression de devenir à tout jamais… Rien. Il me violait.

Il a pris mon corps. Il me l’a volé et s’en est servi comme d’un jouet sans valeur.

Alors j’ai eu un sursaut, comme un sursaut d’honneur… Les enfants ne doivent pas connaître de sursaut d’honneur avant de connaître les règles de la vie… Les enfants ne doivent pas avoir à défendre leur honneur… Mais c’était bien ça. Une question d’honneur. Mon corps venait de combler le vide de mes vêtements trop grand. A ce moment précis je suis devenue une femme étrange. Une adulte dans une tête d’enfant avec des habits ajustés à un esprit qui flotte.

J’ai tenu les bords du lit pour essayer de m’extirper de lui. Sans rien dire. Raide. Sans rien montrer. J’ai tiré fort avec mes mains sans un mot, j’ai tiré de toutes mes forces pour me sortir de cette cage animale et horizontale. Je prenais le drap et je tirais loin de lui, de toute ma volonté, le bois du rebord du lit agrippé dans mes mains, je tirais, je tirais, sans une seule parole, je tirais la vie vers moi, de toute ma volonté de vivre, je tirais.

Sans le brusquer. Sans réveiller la folie qui le passionnait et le mettait en transe.

J’ai gagné.

Il s’est arrêté. Comme s’il réalisait que dans son lit, il avait maintenant une adulte avec une âme d’enfant qui ne voulait pas se faire écraser. Il réalisait que je ne croyais pas aux souris mauve. Violet.

Comme s’il se rendait compte que l’enfant qu’il guettait avait disparu et venait de laisser la place à une des plus fortes créatures terrestre : une femme, violet.

Comme s’il ne voulait plus me faire mal. Parce qu’il ne le pouvait. Ne plus faire mal à ce qu’il venait lui même de créer en voulant le démolir pour se l’approprier, mon futur pouvoir de femme, violet. Il venait de mettre une chose en moi. Une chose qui lui pourrissait la vie à lui. Il me l’avait transmise. Un virus terrible. Un mal qui se donne dans l’enfance. Un virus que l’on pourrait arrêter si on obligeait chacun à dire le nom de celui qui l’a contaminé. Violet. Il s’appelle David de Rozière. J’avais 12 ans et il m’a contaminé. Violet.

Comme s’il voulait guérir, se soulageait en me donnant son mal. Justifier par la transmission de son mal, le mal qu’on lui a fait quand on l’a contaminé. Violet.

Et en même temps, comme s’il voulait lui aussi ne pas donner toute sa place à cette folie qui le rongeait, il s’est arrêté de me contaminer. Violet.

Comme s’il venait de se débarrasser de son mal, de sa pulsion morbide en un instant, dans la mutation qu’il venait d’engendrer et à laquelle semble t-il il n’avait pas penser. J’avais étais contaminé trop vite ou pas assez, mais quelque chose l’a fait s’arrêter.

Cette chose comme une menace l’a ramené à lui face à moi, la créature mutée. Etrange créature… Violet. Il en devenait le responsable à vie, il avait fait naître un lien entre lui et moi pour toujours et il le savait. Il venait de me recréer. Bousillée. Vérolée. Violet.

Une grave décision devait être prise. Après n’avoir plus rien été, je devais faire quelque chose qui n’était plus moi. Mais redeviendrais-je jamais un jour ce que j’avais été ? Est ce que j’arriverais même un jour a redevenir quelqu’un ? Non. Rien. Il fallait partir, il me fallait m’enfuir, m’extirper de sa cage de chair. J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai menti. Moi qui ne ment jamais. J’ai dit que je devais rentrer, qu’on allait me trouver chez lui et me frapper pour ça, me corriger durement avec les flammes de la colère de la montagne sacrée, que de terribles dragons me surveillaient, qu’ils étaient certainement en route, prévenus par les elfes qui chassaient la souris mauve. Que je devais rentrer avant que son appartement ne soit attaqué…

Et il s’est placé en défenseur de l’opprimée en m’expliquant que personne, jamais, ne devait me faire de mal. Qu’il me protégerait… Il venait de me traumatiser par une transformation qui n’avait pas à naître. 

Il venait de me salir et de me voler et il me donner une leçon de sécurité... Comme à une petite fille inconsciente qu’à cause de lui je ne serais plus jamais…

Il m’avait kidnappé à moi même et à ma vie et il se posait là, assis sur sa cagette fragile, sa porte verrouillée à la main, comme quelqu’un venu me sauver.

Je ne sais pas comment j’ai pu tenir en continuant sans cesse à lui parler, mais il a ouvert la porte et m’a relâchée.

Je ne sais pas comment j’ai pu tenir sur mes jambes cassées, mes ailes froissées, mais je me suis envolée dans les escaliers, sans toucher les marches, sans sentir le sol, courant aussi vite que l’électricité qui venait de prendre possession de moi, je me suis échappée. Violet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

…Après je ne me souviens plus parce que Nicole est encore rentrée dans la maison pour chercher Mimi, elle m’a fait flipper, j’te jure.

Caroline écoutait son amie pensive, ponctuant le cours du temps de « Oh putain ! » « Et alors ? » « Han le flippe » entre deux bouchées de croissant trempé dans son chocolat chaud.

- Tu crois que ça veut dire quelque chose ? S’inquiéta Clémence…

Posant son croissant sur le bord de sa sous-tasse en avalant sa bouchée pour pouvoir répondre correctement, Caroline fixa Clémence de toute son affection :

- Je crois que ça veut dire plein de choses que tu connais déjà et que tu dépasseras. Je suis là pour toi ma poulette. Tu es en sécurité maintenant.

Elles sourient, doucement.

- Faust m’a appelé tout à l’heure, il veut que j’aille le voir à Casablanca. On en a longuement discuté et il regrette tout ce qu’il s’est passé, tu sais notre week-end dans le désert nous a vachement rapproché. Il veut tenter à nouveau et il parle souvent de faire un enfant… Il dit que sans moi il ne vit pas là bas et que je serais heureuse avec lui et nos enfants au Maroc.

- Tu le crois ?

Clémence regarda Caroline avec ses yeux taquins…

- C’est Faustin... Qui le croit ? Il ne changera jamais. Bien sûr que je le crois. Puisque je veux le croire. Tu ne peux pas lui demander autre chose. C’est lui, tu n’en feras jamais rien d’autre. Il n’y a que moi pour arriver à me faire croire que j’y crois, mais… C’est Faust tu sais.

- Et ça ne te fait rien qu’il n’ai pas été là quand tu as perdu ton bébé, qu’il ne t’ai même pas téléphoné sans que tu le menaces de te suicider ? Qu’il te violente quand tu pleures ? Qu’il te trompe ?

- Mon amour… Ma chérie d’amour… C’est Faust. Tu sais… Du début à la fin, il n’y a pas d’autre réponse. Il ne va pas changer. Et tu sais que c’est pour ça que c’est lui que je choisis et que c’est pour ça que j’ai accepté, lança Clémence en se levant et en enfilant sa veste rose mordorée. Pour ce que j’ai à faire, Faust est parfait. Qu’est ce que je vais faire d’autre ? Continuer à aller à la CAF pour pointer ?

Non. L’expérience va reprendre. Si je veux les infiltrer, devenir une vraie femme, il faut que je commence par là, c’est aussi ça que je me dis, c’est vers ça que j’ai travaillé et donc voilà les fruits sont prêts à être récolté… Il me faut une « vraie vie » qu’ils ne vont pas rejeter et lui sait m’en donner une qui leur convient. Pour leur ressembler... Je vais y arriver et je vais leur montrer en tout point la laideur et la beauté de tout ce qui m’a été fait.

Plus je leur ressemblerai et plus je pourrais leur parler. Je t’avoue que j’espère que ce ne sera pas un plan merdique, mais de toute façon j’ai décidé que quoi que ce sera, je prendrai. Il faut y aller maintenant. C’est en moi. C’est ma voie. Je le fais.

Elle posa un tendre bisou sur la joue de son amie adorée, puis le buste droit et l’air solennel claironna : j’ai décidé que l’expérience commence par l’expérience en se servant de l’expérience… Donc en avant les épuisettes !

Elle savait, elle, qu’elle la quittait plus qu’elle ne le montrait, qu’elle s’était promis, qu’elle s’était juré. Elle savait que la Morue tiendrait. Alors qu’elle, si elle prononçait les mots d’adieu, elle allait pleurer. Elle allait s’enfouir en elle, s’immerger dans la normalité. Et même si elle en revenait, ce ne serait jamais comme elle était dans le passé. C’en était trop. Terminé.

« Il faut qu’ils voient ce qu’ils sont capables de se faire. » Obsédée…

Départ

 

Elle sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Elle partait. Et c’est à ce moment précis qu’elle s’en rendait compte. Comme si elle venait de capter…

Elle le savait pourtant… Elle le savait qu’elle devait partir. Elle le sentait, le vivait, le respirait chaque jour, toujours partir… Elle avait réussi à fraterniser avec les autres Bizarres, les décalés, mais il fallait tous les laisser. Encore l’expérience. En priorité. Toujours s’oublier. Toujours partir. Tout laisser. Programmée.

En se concentrant elle arrivait même à imaginer entendre Nicole ronfler au loin. C’était l’heure de sa sieste quotidienne dans son aquarium de Gitane.

Elle savait que quand ses paupières lourdes de vie et de tristesse se rouvriraient enfin, ce ne serait que pour verser à nouveau des larmes. Elle la devinait en train de se dirigeait vers la table de noyer que lui avait légué sa mère, pour prendre comme à son habitude le cendrier, le briquet et le paquet de cigarettes, avant d’aller verser des croquettes dans le bol de Mimi-l’incastrable.

Pauvre vieille, que n’avais tu pas souffert encore ! Il fallait que la vie s’acharne… Parfois la vie fait ça. Elle te donne et puis te reprend dans tes bras. Il faut faire vite pour profiter, à peine acquis, hop, c’est fini, terminé. Plus de café le matin entre âmes sœurs et perdues. Chagrinées.

A côté de son cendrier, la malheureuse femme trouverait l’ultime lettre de sa petite voisine, sa dernière ancre à la vie et sur le papier, elle déchiffrerait à grande peine faute de lunettes restées sur la table de nuit : « Je suis partie me faire des couilles en or. Bonne route à toi. Clé. »

La pauvre femme mourut seule dans sa chambre quelques semaines après sa funeste lecture. Mimi fut adopté et jamais castrée…

Clémence ne savait pas partir. Tout comme elle ne savait pas laisser les autres partir. C’était pour elle un véritable drame qui lui avait souvent causé défaut et lui en causerait encore…

Tout en se consolant par des arguments plus que douteux quant à son départ, notre petite insolente s’auscultait. Il lui fallait être raccord.

Oui, ça, oui, elle était belle. A n’en pas douter. C’était « un vrai petit soleil ». C’est ce qu’on lui disait… Elle avait appris, de son enfance à son adolescence, dans ses lectures, ses recherches et à la télé, à parfaire son apparence sociale et à répondre parfaitement aux critères de la beauté. Elle avait développé, comme un jeu, l’art de communiquer à travers les vêtements, les chaussures et les accessoires qu’elle portait.

Elle en jetait. Quand elle rentrait dans une pièce, tout le monde se taisait. Clémence avait du charisme, du chien et une putain d’assurance qui faisait chavirer n’importe qui, quand elle l’avait décidé. Sans ça, elle savait être d’une affligeante étrange banalité. Elle avait su comprendre, reproduire, crypter et recréer l’art de se montrer.

Elle déplia ses jolies jambes qu’elle avait croisé ne sachant pas quoi en faire, fidèle à elle même, mais en toute intimité... Elle en leva une aussi discrètement qu’elle pouvait. Les implicites sociaux. Le code secret… On ne devait pas la détecter. Ne pas déranger. Elle devait être parfaitement intégrée. Sa jambe en l’air à moitié replié elle la tourna légèrement sur la droite puis sur la gauche et satisfaite la reposa. Contrôle check. Bien épilée. Elle allait bien pouvoir s’intégrer. Deux hommes interloqués lui faisait face et avait profité des couleurs vives de la culotte qu’elle portait et qui c’était dévoilé dans son inspection pileuse. Elle n’arrivait pas encore bien à tout contrôler.

Sans les remarquer, pour se dégourdir et se distraire surtout, elle se souleva d’un coup, comme un papillon surpris par des promeneurs indiscrets et se dirigea vers la vitre de la porte du hall d’entrée de la gare… Parce qu’elle partait elle avait cette impatience qui la poussait... C’était aujourd’hui. Elle le faisait.

Elle pivota sur elle même pour être sure que tout était en ordre, repoussa en un chignon aux airs maladroits, mais totalement contrôlés, ses cheveux bruns et bouclés. De son index replaça ses sourcils qui entouraient ses grands yeux noirs amande, amers, salés, comme d’habitude et conclut le tout en tapotant ses joues pour ôter le surplus de fard rose doré qu’elle avait appliqué en hâte, mais qui de toutes façons ne lui servait à rien sur sa peau déjà hâlé de métisse.

Un signal, suivit de la voix de la guichetière poilue qui lui avait vendu son billet se fit entendre : le train était en gare.

Plus Clémence se l’imaginait approchant de la gare, plus la panique mêlée à la joie, l’insouciance, la peine et l’envie de l’inconnu l’envahissaient.

Elle allait le rejoindre. Elle le faisait. C’était le comble de l’impossible pour elle, mais elle le faisait et elle y arriverait ! Elle allait s’immerger et rejoindre la grande famille de l’humanité. Les bonhommes dans les arbres n’allaient plus avoir de secret ! Ils seraient tous interrogés, ils deviendraient ses amis et partageraient son secret ! Ils allaient la comprendre, l’aimer et au final, ils allaient tous l’adorer et elle saurait enfin tout ce qu’ils lui cachaient.

Ça la prenait au cœur, au corps et au cerveau. Chaque neurone, chaque cellule vibrait pour ce train, pour cet ailleurs, son projet. C’était magique et infernale à la fois. Excitant et effrayant.

Et enfin elle le vit. Il était là à quelques mètres, majestueux, rien ne pouvait l’arrêter, il lui venait droit dessus et c’était son train. Son projet. Un sentiment de puissance comparable à celui que lui faisait ressentir ce train la remplissait.

Tout en rassemblant ses bagages, la petite ne quittait pas le train des yeux. Fascinée. Un vieux petit bonhomme en sortit, se dirigea vers la cabine de la guichetière à moustache, l’embrassa coquinement dans le cou et lui chuchota quelque chose au creux de l’oreille qui la fit rougir et minauder avant de prestement remonter à l’intérieur du wagon d’où il sortait.

Clémence sourit, empoigna fermement ses bagages pour se raccrocher à quelque chose, regarda une fois encore derrière et le cœur dans les yeux et les larmes dans le cerveau, monta les quatre marches qui représentaient son Himalaya à elle. Elle partait. Elle le faisait.

Ce fut ainsi que Clémence quitta sa ville. En montant quatre marches… Quatre pauvres petites marches à escalader qui la faisaient sombrer dans tout ce qu’elle ne serait jamais, mais qu’elle allait devoir dompter, intégrer et incarner : la normalité.

La vie est bien dure se disait l’enfant en appuyant sa tête contre le rebord de la fenêtre du train. Peut-on jamais être heureuse ici bas réellement ?... Comment ils font bordel ? Comment ils font pour supporter ? Pourquoi eux supportent et moi je ne sais même pas ce que c’est ?

Elle avait son monde refuge à sa portée pour la dorloter à chaque instant et la réconforter dans ce genre de moment.

 Alors par cette pensée, elle s’endormit pour mieux s’oublier.

Clémence rêvait. Et une seule et unique phrase résonnait dès qu’elle rentrait dans le sommeil : « Je t’aime…  Je t’aime… » Trois mots d’amour, comme une clé pour qu’elle puisse dormir et se reposer.

Elle voulait y répondre tellement fort à cet amour que ça lui faisait aimer le monde, aimer n’importe qui serait assez solide pour recevoir ce trop plein d’amour qu’elle recevait et ne savait ni bien gérer, ni où, ni à qui le redistribuer. Clémence, la étrange, la bien aimée. La bien trop aimée…

N’était-ce pas aussi pour ça qu’elle partait ? Déçue, frustrée, remplie de chagrin du poids de sa solitude, elle voulait se construire et aimer. Elle voulait les construire, les aimer. Elle voulait tout construire. Elle voulait tout aimer. Elle voulait montrer tout cet amour qu’elle vivait. Mais personne n’était jamais apte ne serait ce qu’à l’en faire parler. Même pas à l’entendre, elle et son amour… Lui parler.  Lui expliquer… A elle, pourquoi elle avait tout cet amour…

 Mais lui expliquer quoi ? Comment expliquer… Comment on fait pour se faire aimer quand on est à ce point là déjà, tant et tant aimé ? Pourquoi se contenter du peu quand on a cette richesse en soi, donné ? Comment faire pour leur expliquer à côté de quoi ils s’obstinaient à passer ? Comment faire pour leur donner l’envie de jouer à se laisser aimer de dedans, dans eux ?

Elle était donc constamment bien triste en réalité. Leur monde tournait et il lui semblait que cette ronde n’était faite que pour la pousser toujours sur le côté, toujours, loin des hommes et de leurs lois. Une centrifugeuse. Même par choix, elle finissait toujours sur le côté.

Clémence ne savait pas à quel monde elle appartenait, mais elle pressentait bien que ce n’était pas celui ci.

Tant pis.

Elle s’endormit.

Une heure après, elle ouvrit doucement ses yeux bouffis de sommeil, changée. Elle s’enfouissait en elle même au fur et à mesure qu’elle se réveillait. La jeune fille se sentait évoluer. Ça y est. Elle était réveillée. Elle avait totalement opéré sa transformation mentale finale en s’enfouissant profondément et se demanda un moment où elle se trouvait avant de se rappeler... Une fois les choses bien établies, elle s’étira comme un chat, se redressa droite dans son fauteuil et commença sa nouvelle vie. Encore une. La dernière… La dernière des dernières… Au milieu des autres passager que la jeune fille gratifia enfin d’un regard, pour commencer.

 Chaque personne qui se trouvait dans le wagon accueillit alors les yeux de « Clémence, le scanner » : une mère et son enfant brun endormie contre son sein blanc qui débordait, un homme âgé sans doute malade du foie, cigarette  roulée à la main et éteinte dans la bouche avec des résidus de tabac au coin des lèvres, puis surtout l’air solennel et cette femme… Mystique…

Elle savait qu’une dame était là en face d’elle, mais depuis qu’elle s’était assise, elle n’osait pas la regarder. Au départ, la femme lui avait bien fait un appel amical des yeux, mais Clémence, peu concentrée à ce moment avait rater l’occasion d’y répondre et s’était retrouvée embourbée dans ses calculs pour savoir comment il fallait socialement répondre à ce genre de cas de figure. Raté. Ne trouvant pas de réponse, elle s’était abstenue en concluant sa pensée par le fait que de toute façon, les gens la prenait tout le temps pour une pétasse prétentieuse donc que ce n’était sans doute pas la peine encore ici de se fatiguer pour changer ce fait.

Clémence n’était pas faite pour les codes sociaux. Ou le contraire. Voir même les deux, en fait.

Alors la jeune fille retourna sa tête vers la fenêtre et sonda à nouveau la profondeur de ses ambitions. Ce qu’elle devait connaitre du guide tacite « des choses qui se font » parce que « c’est comme ça ».

Une grande maison simple et propre. Un travail gratifiant et enrichissant sur tous les points. Un mari... Son mari. Comme elle le voulait son mari ! Tout passer par lui. C’est par lui que ça commençait. Dans le guide de ce qu’il fallait avoir pour avoir le droit d’être aimé. Cet autre, allié.

 Puis un bébé…

Un bébé… Plus que tout. Un bébé avant tout. Réussir à faire ce qui leur était si évident à tous : se reproduire, pour s’intégrer. Donner à voir tous ce qu’elle avait dans le ventre et leur montrer comment elle était apte à s’en occuper. Elle aussi. Comme une femme normale. Enfanter.

Clémence, maman. Ça lui froissait le cœur, ça lui broyait la tête, elle en devenait dingue. Elle sentait que tout explosait en elle pour ce tout petit bout d’amour qu’elle devait créer, un tout petit bout d’elle, mais tellement grand à atteindre en réalité, tellement inexprimable en ampleur, à fabriquer. Son corps était défaillant. Comme elle. Inadaptée. Mais c’était par là qu’elle devait passer pour les rejoindre et les analyser. Et pour ça, elle avait besoin de Faustin parce que le travail de préparation qu’elle avait engrangé avec lui était suffisamment stable pour qu’elle puisse se poser en lui et travailler à faire ses bébés.

C’était là l’objet de beaucoup de ses prières, elle en avait fait son but, sa vie, elle devait continuer son projet d’intégration et de recherches, sans ça, tout ne serait plus rien et se viderait de tous sens.

Elle devait accoucher des enfants, en adopter d’autres, les aider, les aimer tous, parce que c’était ça sa réussite suprême en tant que femme normale et c’était ça son projet. Leur ressembler. C’est pour ça qu’elle était née et c’est pour ça qu’elle restait maintenant debout. Son principe était sa logique : « Tu ne tomberas pas avant d’avoir eu un bébé, alors accroches toi et de toi même tu ne te permettras plus de tomber une fois le bébé arrivé. Tu n’en auras plus le droit, ni pour toi, ni pour lui. »

Et c’est ainsi qu’elle avançait. A tâtons, toujours,  douloureusement, oui, mais debout.

 

- Vous pleurez mademoiselle ? Voici un mouchoir, s’il vous plaît…

Clémence tourna la tête, pris de sa main timide le mouchoir que lui tendait la mystérieuse passagère de la place 28, en face d’elle.

- Merci Madame, put à  peine épeler la jeune femme. Regardant les initiales du mouchoir elle déchiffra FD…

- Fadila Dufayet, expliqua la passagère.

- Enchantée. Clémence Grundblatt.

- Souhaitez-vous en parler ?

- J’avais juste besoin que ça sorte... ça y est. Merci pour le mouchoir Madame Dufayet.

- Fadila… Je vus en prie. Où vous rendez vous ?

- A Casablanca... Enfin, je veux dire, à Toulouse. Je dois prendre mon avion à Toulouse.

- Casablanca ? Mais je connais très bien ! Je m’y rends fréquemment, je viens de Rabat…

Pendant tout le restant du trajet Clémence parla, raconta, imagina, rie, beaucoup aussi. Elle s’était ranimée au contact de Fadila qui appréciait définitivement sa compagnie. Clémence avait parfois une énergie… Solaire… « Un vrai petit soleil »… Elle débordait… C’était là toute la singularité de Clémence : exceller à se faire tant aimer et ne jamais savoir comment elle faisait, ni ce que les gens lui trouvaient… Pour au final être incapable de le supporter, ni de comprendre tout ce qu’il s’était passé dans ces relations où elle s’était faite d’instinct, adorer. Ce qui la rebutait.

Un signal coupa les éclats de rire des deux passagères et la voix du conducteur annonça l’arrivée en gare de Toulouse.

Fadila sourit à Clémence dont le visage s’était renfermé par une grimace d’inquiétude, légère, mais visible dans ses yeux.

- Nous sommes arrivées, vous voilà plus proche que jamais de votre nouvelle ville, dit Fadila avec le plus tendre des sourires. Un sourire privée, discret et ferme.

- Oui, se contenta de répondre la pauvre Clémence quelque peu terrorisée à présent… Sa jeunesse la desservait.

Puis inspirant profondément, expira un, « voilà ma nouvelle vie » salvateur.

Elles se levèrent toutes deux pour saisir leurs bagages placés en haut de leur tête sur le portant, puis se dirigèrent vers les portes.

Clémence était mal à l’aise à côté de tous les sacs griffés de Fadila. La jeune fille n’aimait pas les effusions de luxe et de richesse… Elle voulait toujours qu’on la considère pour ce qu’elle était vraiment et non pour ce que sa beauté pouvait lui rapporter ou pour un quelconque intérêt matériel. Juste Clémence. Ce qui était déjà pour elle assez compliqué à faire déterminer. La jeune fille avait donc toujours prit soin de ne pas se coder par ses vêtements ou ses accessoires d’une façon qui pourrait susciter l’envie ou intimider. Elle intimidait déjà suffisamment par ce qu’elle était.

Mais qu’était-elle vraiment…

- Souhaitez vous que je vous accompagne jusqu’à l’aéroport Clémence ? Mon chauffeur m’attend et cela ne me coutera qu’un léger détour avant de rejoindre mon bureau… Ce sera avec grand plaisir, nous pourrons continuer à papoter ?

- Volontiers, je vous remercie beaucoup, c’est vraiment très gentil, merci.

Clémence se rapprocha donc plus encore de Fadila et toutes deux descendirent sur le quai de la gare.

Dernier regard sur le train... Cette image de son train, son refuge mental qu’elle laissait dans la cabine pour aller s’adapter, ce train qui toute sa vie durant pourrait rappeler à Clémence le jour où il lui aura fallut suffisamment de courage pour partir vers elle même, vers lui, vers eux, vers tous…

Parce qu’il fallait qu’ils sachent ce qu’ils lui faisaient.

Et tandis que Fadila avancé d’un pas rapide et décidé, Clémence l’observait et s’interrogeait : comment une femme si pleine de compassion et de tendresse pour une jeune qu’elle avait à peine rencontré dans le train pouvait-elle devenir en un si court instant en parlant à son chauffeur, une démone si féroce, restant tout à la fois autant légère et éparse avec Clémence qu’elle était en même temps sanguinaire et glaciale avec l’homme qui se hâtait de ranger les bagages dans le coffre. Il lui semblait que la Fadila Dufayet qui se trouvait dans le train s’était transformé en une sorte d’executive-woman, une espèce d’amazone sans pitié face aux hommes, dès lors que son pied avait touché le sol de son territoire. Soudain, Docteur Jekyll venait d’enfanter de Misses Hyde, plus de « vous », plus de « ma chère enfant », seul son sourire discret et en coin marquait que c’était bien là toujours la même personne.

- Tu te sens un peu plus prête à affronter Casa ?

- Euh… Répondit Clémence surprise par le tutoiement soudain, oui, je crois, bof, non, je ne sais pas...

- Il faudra que tu prennes de l’assurance Clémence… Je n’ai pas beaucoup de temps avant ton avion, mais écoutes moi bien, d’accord ? Tu vas devoir être très maligne. Ils ne te rateront pas. Essaies de connaitre tout le monde le plus rapidement possible, comme si tu avais toujours été là et qu’ils te connaissaient depuis toujours. Il faut que tu aies toujours un air de déjà vu rassurant pour eux. Sauf quand l’écart d’âge ou la position sociale ne te le permettent pas ou s’ils ne te plaisent pas, dans ce cas, fuis, sinon tutoie les, sois proche d’eux. Rie et parle toujours assez fort, ne t’efface pas, devant personne, mais apprend à te taire quand il le faudra. Montre que la vie est une fête et que tu en fais partie et que tu en profites, voir même que c’est toi qui reçois. D’ailleurs profite de tout, de tout le monde, en permettant aux autres de profiter de toi, selon tes propres codes.

- Tu vas en boîte de nuit ?

- Euh, non, enfin, oui, mais si je suis bien accompagnée.

- Il te faudra y aller.

- Tu as déjà fait l’amour pour de l’argent ?

- Non !

- Ah. Dommage. Ça aurait pu t’aider. Si tu veux on pourra le faire ensemble quand je viendrais là bas ? On pourrait faire la pute ensemble pour t’introduire… ça te dirait ?

- Ma mère dit que c’est horrible, que ses copines lui ont raconté, que les hommes se donnent le droit de nous faire n’importe quoi et de nous la mettre dans tous les trous et même de nous…

Oui, certes. Clémence, Tu es pleine de profondeur, vraiment, et c’est très bien… Chez toi. Là bas il faudra de la légèreté sinon tu étoufferas du manque de retour. Les gens ne sont pas si profonds que toi. Imite les. Quoi qu’il t’en coûte. Penses à toi quand tu penses aux autres, ne t’oublies pas, prends toujours ta part, ça ne va pas être gagné.

Les objectifs que tu t’es fixé ne viendront pas tous seuls, ni tout de suite. Attends toi à ce qu’ils arrivent de tous les horizons et ne te fixe pas de bornes, ni d’œillères… Entends-tu ?

- Oui Madame Du… Fadila…

- C’est bien. Tu as tout compris répondit Fadila dans un franc éclat de rire qui finit en bruit de cochon, avec ça tu survivras et puis tu pourras te développer et montrer qui tu es toi. Tu es arrivée. J’ai été ravie de te rencontrer. Voilà ma carte. Appelle moi à l’occasion. Je te souhaite un bon vol et du courage.

- Merci, c’est super sympa, vraiment, merci Fadila.

Naïve Clémence.

 

 

 

Casablanca

 

Tandis que le taxi se dirigeait vers le centre de la ville grouillante de monde et de bruit, Clémence admirait Casablanca. Elle aimait déjà sa nouvelle ville. Elle sentait profondément que c’était chez elle, enfin. Elle était arrivée.

Sa maison blanche et son jardin, ces images qu’elle voyait tout le temps en rêve et qu’elle avait tant cherché... Elle avait cherché une maison blanche, une vraie, avec un jardin parce que c’était l’image qu’elle voyait dans les bribes d’informations qui lui arrivait de sa mission, avant de comprendre que la maison blanche était « Casa-blanca » et que le jardin était secret, dans sa profonde intimité, là où elle était obligée de rester « terrée » à l’abris en elle. Comme pour les bonhommes dans les arbres, il avait fallut décrypté. La maison blanche qui venait souvent la cherchait la nuit depuis des années était là, à ses pieds.

La maison blanche et le jardin secret, la boussole ultime de son co-Auteur… Il lui avait intimement expliqué, en elle. Oui… Ils trichaient. Il lui manquait déjà cruellement. Tellement. Mais c’était la mission et elle devait y arriver. Il serait alors si fier. Et elle aimerait… Quand Il était si fier d’elle, qu’est ce qu’elle L’aimait.

Sourire… Enamourée.

 Elle arrivait enfin chez elle. Pas un chez elle de naissance et de plein droit, mais un chez elle de choix. Il lui avait choisi cette ville pour que la jeune héroïne s’y construise, elle avait aimé et validé ce choix qui devenait alors totalement le sien.

Elle s’appropriait du regard chaque maison, chaque coin de rue et chaque habitant. Elle venait de conquérir un royaume qui lui appartenait de fait.

Casablanca était une très belle ville à ses yeux, vibrante, palpitante, vivante, violente, passionnante. Sale. Les citoyens eux même avaient conquis la fillette. Leurs allures, leurs démarches… Snobes. Elle kiffait.

Elle était déjà bien ici. Au creux de sa promesse sacrée : journaliste, un bébé... Leur ressembler.

Le taxi s’arrêta à l’adresse que lui avait dicté Faustin sur Skype, griffonnée sur l’enveloppe de sa facture « Bienvenue à Casa »…

Poussée en avant par son impatience légendaire, Clémence voulait déjà tout vivre, tout voir, tout savoir. Elle voulait tout, tout de suite et avec un grand sourire s’il vous plaît !

Ça grouillait en elle comme Casablanca, ça grondait comme un orage. Elle voulait tout entendre, tout gouter, tout vivre, enfin, toujours ! Elle voulait que sa situation se fasse rapidement, demain, que son amour se concrétise en un bébé dans l’année, à la fin du mois, demain ! Vite !

Elle se voulait plus âgée, plus mature, en adéquation avec ses réflexions sur la vie, tester ses théories, affronter le réel.

Elle était prête à le rejoindre et à s’introduire avec lui dans la société des Hommes et avait tout fait pour ça.

 

Comme tout le monde, même eux, Clémence n’aimait pas vraiment les arabes qu’elle trouvait trop familier et trop sectaire. Leur fonctionnement sociétal renfermé et par caste ne permettait jamais aux étrangers de rentrer dans leur groupe complètement. Soit on naissait arabe, soit on naissait contre les arabes. C’est ce que Clémence s’imaginait que les arabes pensaient... Quand Clémence pensait que tout ceux qui parlent arabe sont de fait des arabes. Clémence était « ordinairement » raciste.

 

Parce que depuis son enfance, parce qu’elle leur ressemblait, des gens venaient à elle lui parler en arabe avec une franche trivialité que la jeune fille timide supportait mal et avait beaucoup de difficulté à gérer. Parce qu’une fois son identité de française révélée, ces arabophones lui retiraient froidement tout intérêt et tournaient les talons rapidement comme si pour le coup Clémence venait de leur avouer qu’elle était infréquentable. Parce que Clémence ressemblait à une arabe qui avait trahi sa race. Sa peau claire, mais dorée faisait qu’elle leur ressemblait. C’est vrai. Ils s’identifiaient donc à elle et venaient souvent faire vœux d’allégeance avec beaucoup de joie pour lui demander l’heure ou leur chemin en arabe, laissant constamment la jeune fille, française des pieds à la tête, totalement troublée et désemparée leur répondre en bon français qu’elle n’était pas celle qu’ils croyaient. Elle aurait aimé. Mais non. Alors ils lui reprenaient la couronne d’amitié qu’ils lui avaient donné et partaient.

 

Tout ce que cette reconnaissance identitaire suscitait au final chez elle après de longues années à s’excuser de ne pas être celle pour qui on la prenait, était une franche répulsion.

Il fallait qu’on ne l’aime que pour ce qu’elle était, rien de plus, rien de moins. Ne jamais lire de code sur elle. Ne jamais déduire son caractère à travers ses signaux sociaux, vestimentaires ou autre critère de beauté, Clémence éjectait tout ceux qui pouvaient l’aimer sans la comprendre profondément, donc tout le monde au final. Mais surtout ceux qui pensaient lui ressembler. L’unicité de l’être humain, trop précieuse à ses yeux ne lui permettait pas de valider leur effusion de joie d’appartenance commune ethnique. Toujours trop compliquée… « Pourquoi tu fais ça Clémence ? »

 

Le rapport que la nouvelle venue entretenait donc avec son nouveau pays s’annonçait… Compliqué. Pour le moins…

Clémence se dit alors logiquement que si à Rome, il fallait vivre comme les romains, pour s’adapter correctement à son nouvel environnement, elle devait vivre comme ces nouveaux concitoyens.

En somme, pour maîtriser son nouveau royaume elle devait en maîtriser la langue maternelle… C’était à travers ce nouveau projet d’insertion qu’elle comptait apprendre son nouveau pays pour mieux s’y intégrer comme son Co-auteur le voulait. « Apprendre une langue c'est apprendre une culture. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

***

 

J’avoue qu’en vrai je ne sais plus comment je suis partie. Mais je suis partie. J’avais mis des mois à me décider à rejoindre Faust. La perte de mon bébé m’avait traumatisé et le poids de l’infertilité me pesait si fort que je ne pouvais plus avancer. Je voulais partir. Je n’en pouvais plus de ne pas arriver à m’intégrer malgré tous mes efforts et sans Faust pour faire barrage aux autres et me formater, j’étais plus en difficulté pour mieux faire semblant d’être ce que tous étaient habitués dorénavant à supporter de moi.

Et puis Sarkozy avait gagné.

Faust et moi partagions un amour plus fort que celui que l’on se portait : l’amour du Maroc. J’étais tombé en amour complet pour le Maroc pendant des vacances d’été et chose exceptionnelle à mes yeux, le Maroc était un pays que Faust connaissais et adorait, ce qui jouait en sa faveur pour que je puisse encore mieux le supporter... Alors il m’y a amené. J’y avais découvert des gens qui me ressemblaient à l’intérieur. Je n’avais pas réellement remarqué que de l’extérieur aussi, mais ils ont su me le faire accepter. J’avais trouvé un peuple doux et qui aime rire sans blesser, un fonctionnement tyrannique, mais empathique, je m’étais trouvé parfaite pour vivre au milieu d’eux et y faire mes bébés. Faust voulait me faire plaisir pour me garder, alors on avait commencé à faire des escapades au Maroc, pour voir s’il pourrait y travailler, faire un test, tous les deux, prendre la température pour savoir comment on pourrait s’y sentir…

Et puis il avait entendu parler d’un poste à prendre, un entretien à passer et je l’avais aidé pour qu’il soit sur de lui et se fasse embaucher. J’avais aimé faire ça, je l’avais coaché, totalement envoûté, formater à mon tour à le faire gagner. Alors il l’a fait. Il a été sélectionné pour devenir le directeur d’une radio d’un groupe de média assez bien côté.

Quand il m’a annoncé qu’il avait été choisi, j’ai rie jaune et puis je l’ai certainement félicité. Je ne me souviens plus que de la stupeur. J’étais heureuse qu’il ai réussi, mais je savais aussi ce que ça voulait dire pour moi. Je devais non seulement partir, mais aussi et surtout accepté de rentrer en plein au milieu d’eux tous qui me rejetaient et à une place centrale en plus. Je devenais la femme de celui qui dirigeait une partie du jeu.

J’ai eu comme un mouvement de peur, mais surtout de dégoût. Ça m’a profondément dégoûté. J’ai reculé. J’avais des difficultés à accepter que je ne me réaliserais pas par moi même, mais par l’homme que je choisissais. J’avais 27 ans à peine et par sa réussite, ma carrière venait de s’arrêter.

Faust est donc parti seul au Maroc après une énième séparation que j’avais demandé et j’ai réfléchi longtemps à comment je pourrais faire pour accepter de devenir la femme de celui que j’avais choisis pour mon projet de vie. Et seulement, la femme de… Et je me suis projeté, entrainé…

Je crois que j’ai mis 5 ou 6 mois à l’accepter et à franchir le pas pour rejoindre Casablanca.

Je ne me souviens plus comment je suis arrivé dans cet appartement au sol de marbre, dans ce qui était censé être le quartier huppé que je trouvais surtout très sale, mais débordant de vie, de joie et de quelque chose que personne ne saurait expliquer. Une âme.

Je crois que je suis arrivée de nuit, c’est le souvenir que j’en ai. J’avais discuté longtemps avec Mohammed, le chauffeur de taxi, un homme paisible à moustache qui avait eu la gentillesse de partager un moment de cigarette avec moi dans sa Mercedes blanche peut être aussi vieille que moi, pour me détendre un peu parce qu’il avait vu que j’étais stressée… Sur des airs coranique que la radio nous jouait… J’étais au final devenue tellement à l’aise et en paix avec Mohammed, dans nos silences de fumée que j’avais gardé sa carte aussitôt confiée à Faust dès mon arrivée pour ne plus faire appel qu’à lui seul si je devait me déplacer. J’avais trouvé un point d’ancrage au Maroc. Mohammed le taxi blanc. Une ancre de fumée.

 

Arrivée dans l’appartement que Faust loué, je n’avais donc plus rien. Plus de famille, plus d’amis, plus mes affaires, mes habitudes, mon appartement, Nicole, Caroline, ou mes petits projets. Je n’avais que Faust, son univers et mon jardin secret.

Pour réussir ma mission, encore une fois, la dernière des dernières j’avais tout laissé derrière moi et je trimballais dans mes valises des bouts de tout ce qui m’avait fallut pour y arriver et dont Faust, de toutes façons, n’avait aucune envie d’en conserver aucune trace.

Peu de temps après mon arrivée, mon ordinateur, avec toutes mes photos, mes musiques et mes textes a planté et Faust en a profité pour me le prendre soit disant pour le faire réparer et le faire disparaître à jamais comme pour faire disparaître tout mon passé.

Les Mac ne meurent jamais.

D’un commun accord avec Faustin, mes cheveux ont tout de suite était teints, coupés et une frange est arrivée sur mon front. Mes vêtements étaient choisis par Faust. Tout ce que j’avais été, était resté dans mon ordinateur, planté. Je devais sourire, être agréable et profiter.

J’étais sous son emprise, il était sous le mien et c’est exactement ce que je voulais.

Faustin s’occupait de moi du mieux qu’il pouvait, il modelait mon image aux yeux des autres et créer une légende dont il m’excluait parfois moi même. Je servais son histoire, j’étais son personnage préféré, le seul auquel il faisait confiance, j’étais à la fois sa chérie, sincèrement et à la fois son objet. Et ça m’allait.

C’était très réconfortant d’être entièrement contrôlée et guidée. Je n’avais strictement rien à faire d’autre que de vivre épanouie, de lui plaire et de briller. Alors comme je m’étais beaucoup entrainé, bien élevée, j’excellais.

Faust et moi retrouvions notre équilibre dans ce nouvel environnement qui nous plaisait tellement et nous fortifions nos repères chaque jour ce qui nous permettait de mieux nous aimer encore.

On était devenu fou l’un de l’autre, on s’aimait. Il avait mille attentions pour moi au quotidien et comme je suis joueuse, je tentais en réponse de le surpasser, de l’aimer mieux que lui même ne le faisait. Nous avions enfin réussi à réaliser concrètement notre couple, à le faire éclore correctement dans la réalité et à le manager. Nous étions dans notre bulle et nous n’avions qu’une hâte chaque jour, c’était de nous y retrouver le plus possible et de l’explorer.

Grâce au travail de Faust à la radio, tout le Maroc était à notre disposition, on pouvait aller où on voulait, regarder, goûter, interroger, découvrir…

C’était une époque formidable pendant laquelle tout le Royaume tentait de s’ouvrir et de s’émanciper ! L’art se faisait roi partout, dans les endroits les plus inattendus et tout le monde était invité ! Nayda ! Un mot pour une époque. C’était un mouvement incroyable de gaieté, de plaisir, de rencontre et de diversité. A travers la musique, les arts visuels, le cinéma, Internet, la mode, même dans les textes de loi, partout, le Maroc se donnait à vivre et c’était succulent.

Je pense que le fait d’arriver au Maroc pendant le mouvement de la Nayda a favorisé le fait que je ne regarde jamais en arrière et ne me préoccupe jamais de ce que j’avais laissé derrière moi. J’étais entré dans la danse et la seule chose qui me préoccupait était de correctement savoir danser.

Je me suis donc intéressé à ce mouvement, à ce pays, à ces coutumes et à sa langue maternelle… Que je voulais apprendre et transmettre à ce bébé que j’étais venu chercher… Je voulais appartenir au Maroc comme le Maroc m’appartenait. Alors je me suis intéressée beaucoup à sa langue, à ce que le Royaume vivait…

Journaliste… Un bébé…

 

 

 

 

 

Loughat el oum

 

 

Une porte d’entrée portant la mention « cours de Darija ». Elle frappât, trois coups. Clémence venait d’arriver devant la porte de la professeure d’arabe maghrébin que Faust lui avait recommandé. La lourde porte s’ouvrit sur le couloir de ce que l’on devinait déjà être un appartement très lumineux dans lequel, une femme, rondouillette, l’air bon enfant et le cheveux court, la cinquantaine finissante, lunettes visées sur le nez, portant un débardeur où l’on pouvait lire l’inscription « Hmar » observait l’héroïne de ses yeux rieurs…

 

- Bonjour... Vous êtes bien Dominique Caubet ? C’est pour les cours de Darija, je suis Clémence Grundblatt, la compagne de Faustin Cyrus… Je vous ai téléphoné pour un premier rendez-vous, c’est toujours bon ?...

 

- Wakha… répondit la professeure en faisant signe d’entrée avant d’emboîter le pas vers un salon où des canapés de cuir noir, rehaussés de coussin fushia invitaient à la nonchalance et à la discussion. Des tapis marocains au sol et un je ne sais quoi arabisant, affirmait tout l’amour que la française portait à son environnement extérieur.

 

- Je cherchais des cours de darija, pour apprendre, parce que je viens de m’installer au Maroc et que j’ai vraiment envie de m’intégrer et je n’ai trouvé que vous… C’est étrange non ? Est ce normal que vous soyez la seule à dispenser des cours de la langue de ce pays ?

 

- C’est bizarre effectivement. En réalité, je n’enseigne pas darija, mais je peux faire un effort, bien sur… C’est vrai que Darija ça ne s’enseigne pas trop officiellement, effectivement.

 

- Mais c’est quoi alors votre métier à vous ? Vous n’enseignez pas ?

 

- Si, si ! Mais en ce moment je fais de la recherche au Maroc, mais mon titre officiel c’est professeure d’arabe maghrébin aux langues orientales à Paris, donc là j’enseigne l’arabe maghrébin, marocain, algérien, tunisien. C’est ma spécialité. Je l’enseigne et c’est mon objet de recherche…

 

- Ah d’accord, je comprends. Et vous faites ça depuis longtemps ?

 

- Oui ça fait assez longtemps, je suis prof de darija depuis 1991.

 

- Mais vous êtes beaucoup à être prof de darija ?

 

- J’ai la seule chair d’arabe maghrébin qui existe, je suis professeure des universités, ce qui est intéressant quand on voit le statut qu’à cette langue… C’est important de souligner le fait qu’elle a une chair à part entière, comme toutes les autres langues.

 

- Ah bon ? Mais c’est quoi son statut ?

 

- Et bien c’est justement qu’elle n’en a pas beaucoup… C’est une langue qui n’a pas de statut. Elle est parlé par tout le monde, mais n’a pas de statut officiel.

 

- En pourcentage, combien de marocains parlent darija à votre avis ?

 

- 90 ou 95%

 

- Et vous pensez qu’il y a combien de professeur de darija ?

 

- Au Maroc ? Pas beaucoup… Il y en a simplement dans les centres étrangers comme l’Institut français ou le Goethe Institut, l’Institut néerlandais, italien peut être, espagnol, mais sinon il n’y en a pas puisque tout le monde la parle. Les marocains la parlent donc ils n’ont pas besoin de l’apprendre.

 

- Mais ils ne veulent pas l’apprendre aux autres ? Pour qu’on puisse s’intégrer ?

 

- Il y a un peu de ça… ça c’est vrai… Moi j’avoue que quand je suis venue au Maroc, sans y avoir aucune racine familiale, j’ai appris darija en parlant avec des marocains, mais ce ne sont pas eux qui me l’ont appris, c’est moi qui leur ai prise on va dire… Qui leur ai détourné… Parce que j’apprends les langues assez facilement donc je me la suis apprise avec eux on va dire…

 

- Et pourquoi ils ne veulent pas la donner ? C’est un esprit de fermeture ?

 

- Non, je ne pense pas… Je pense qu’ils ont tellement d’autres langues eux, qu’ils ne lui accordent aucune importance... A partir du moment où ils parlent parfaitement le français, pourquoi vont-ils, pour communiquer avec quelqu’un qui parle français, s’embêter à passer par la darija ?

 

- Selon vous, est ce que je dois faire l’effort d’apprendre la darija ou est ce que je laisse tomber sans que ça soit grave et je m’en sortirais bien quand même au Maroc ?

 

- Ça dépend pour quoi… Pour toutes les choses intimes et être vraiment à fond avec les gens, il faut parler darija bien sûr. Pour partager vraiment les choses avec eux, il faut parler darija. Même si on la mélange avec le français, ce qui est souvent le cas… Quand les gens parlent français en fait ils parlent un mélange de français et de darija.

 

- Mais est-ce qu’il y a une honte de la darija alors pour qu’il n’y ait pas d’école officielle ? Est ce qu’ils la considèrent comme une sous-langue ?

 

- Il y en a eu pendant très longtemps de la honte… Maintenant c’est fini, heureusement. Depuis 2003 en fait, c’est très clair, il y a eu un changement total de la vision de cette langue.

 

- Un changement qui est venu par quoi ?

 

- 2003 est une date charnière au Maroc, parce qu’en 2002, le PJD, c’est à dire le parti islamiste gagne les élections et à partir de janvier 2003, selon ce que moi j’ai remarqué, il commence à envahir le paysage politique marocain avec des déclarations choc, c’était incroyable. Ramid, qui était le chef du groupe parlementaire PJD à l’époque - maintenant il est ministre de la justice - dit une déclaration par semaine, du genre : les enfants qui fréquentent la mission ne sont pas des marocains, ou, il ne faut pas aller dans les centres pour apprendre l’italien, l’espagnol ou l’anglais parce que ça va vous corrompre… Il dit des choses comme ça et à un moment, il dit qu’il y a une musique de sauvage qui est en train d’être joué ici donc il faut interdire un concert… Et ce concert c’est un concert de métal qui devait avoir lieu le 25 au 26 janvier 2003… Le concert a eu lieu… Mais 15 jours après, 14 jeunes musiciens sont arrêtés et sont accusés de rites sataniques.

 

- Est ce que c’est une accusation grave ? Parce que ça peut faire sourire quand on vient de France… Qu’est ce que ça veut dire d’être accusé de rite satanique ?

 

- C’est gravissime. Surtout dans un pays musulmans. Toutes apostasie est sanctionnée de peine de prison. D’ailleurs ils ont fait trois semaines ou un mois de prison… Ils ont été condamnés dans un premier temps entre un mois et un an de prison et ce n’est qu’en appel que les peines ont été communes, mais c’est gravissime… C’était un acte assez populiste. C’est facile d’attaquer le métal, en France aussi des ligues catholiques ont accusé régulièrement le métal… Et donc, ici, à la suite de ça, il y a eu une sorte de mobilisation qui s’est passé autour de la libération de ces jeunes. Il y a eu des sit-in, des manifestations avec des groupes très mixtes, c’est à dire qu’il y avait toutes les couches de la population, et c’est

rare au Maroc qu’elles se rassemblent… Il y avait les parents des jeunes qui venaient souvent de milieux très populaires, il y avait les copains, il y avait des gens de milieux très gauchistes qui ne bougeaient plus depuis des années parce que c’était les années de plomb… Là tout d’un coup les gens se sont bougé et ce qui a été incroyable, c’est qu’ils ont réalisé qu’ils n’étaient pas seul.

 

- C’était la première fois qu’ils se rassemblaient pour la culture ?

 

- Mais surtout pour la liberté… Pour la liberté d’expression. Juste la liberté. Ça allait beaucoup plus loin en fait…

 

- Dans l’histoire du Maroc, ce n’est arrivé que cette fois là ?

 

- Je ne sais pas, mais en tout cas à ce moment là, c’était vraiment une première… Et toute cette histoire se passe et on arrive à libérer les jeunes chanteurs... Un mois après, le 16 mai 2003, il y a eu les attentats kamikaze et là vraiment ça a été une occasion de se remobiliser et vraiment de se poser des questions sur l’identité du Maroc.

 

- Des attentats kamikazes ??? Ils revendiquaient quoi ?

 

- C’était des attentats islamistes… Donc du coups, les manifestations clamaient que le Maroc n’était pas ça… Et surtout le questionnement commence à se poser - parce que les gens se demandent comment on en est arrivé là - et commencent par ce biais à remettre en cause le problème de l’école, le problème des mentalités et pendant un an, le PJD disparaît du paysage politique donc on voit les langues s’ouvrir, on voit les gens parler, dire des choses et ils commencent à s’élever des voix. Et pour moi qui travaille sur la darija depuis des années, j’ai toujours été obligé de dire que je travaillais sur « le patrimoine marocain » et de ne pas le mettre trop en avant sinon on est toujours accusé d’être des agents du colonialisme, ou des choses comme ça, on me l’a déjà dit plusieurs fois et c’est assez délirant ! Mais là ! Moi qui suis très sensible à ça, je vois quelqu’un comme Nourredine Ayouch qui dit, au moment ou il lançait les appels pour les nouvelles télés et les radios, en 2003, « moi je vais faire une télé entièrement en darija ! ». J’ai halluciné ! Je me disais que ce n’était pas possible ! Ce n’était pas concevable !

 

- Pourquoi ?

 

- Ce n’était pas concevable parce que la télé et la radio n’étaient pas ça ! C’était la langue de bois donc soit ça parlait en français, soit ça parlait en arabe classique. Il arrivait de parler en darija, ça se faisait, mais il ne fallait pas le revendiquer. Comme au Maroc… Souvent on peut faire tout ce qu’on veut du moment qu’on ne le clame pas sur la place publique. Et lui, Ayouch, il le clamait sur la place publique ! Et il est passé aux actes très vite ! J’ai suivi ça de très près. Il a commencé à faire des pilotes d’émission qui depuis ont été pillé et remplissent les deux chaines de télé marocaine…

 

- Mais il a fait quoi comme chaine du coup ?

 

- Il n’a pas eu de chaine attribuée, alors il a fait une chaine interne à son association Zakoura. C’était sous forme de DVD qui étaient envoyé dans les centres et par exemple c’était lié au micro crédit et quand les femmes venaient payer leur dette, elles avaient le droit de regarder les émissions de cette chaine qui s’appellait « Moufida ». C’est un prénom de femme qui signifie « Utile ». C’était une superbe expérience. J’ai gardé les DVD parce que ce sont vraiment des documents incroyables. Il y avait des émissions beauté, de cuisine et tout ça en darija.

 

- Donc au final il a amené la darija à la télé ?

 

- Et bien oui… Disons qu’officiellement, c’était comme ça, sur des pilotes d’émission, oui, mais en fait il a amené la darija à la télé, parce que ses pilotes sont devenus des émissions et cette télé a dû tourner pendant deux ou trois ans quand même… Avant que l’on voit les émissions en darija commencer à la télé marocaine vers 2005, 2006.

 

- Donc la darja devenait officiellement publique et proclamée ?

 

- Oui et il y avait des voix qui s’élevaient, surtout au niveau de la nouvelle scène pour dire : « darija c’est notre langue ». Ce qui n’était pas le discours officiel. C’était un discours très, très nouveau. Et c’est d’ailleurs là dessus que je suis venu m’installer au Maroc pour des séjours de 3 mois ou 4 mois en 2006 puis en 2007, pour faire un programme de recherche sur la place de la darija dans la nouvelle scène. Plus seulement au niveau des chansons avec les textes, parce qu’on a toujours chanté en darija, ce n’est pas spécialement nouveau, mais au niveau de la revendication.

 

- Pourquoi ils ne la revendiquaient pas ? C’est étrange… Est ce que c’est une langue plus vulgaire ? Plus crue ?

 

- Non, pas du tout. C’est une langue comme toutes les autres langues, mais, et c’est la même chose pour les algériens ou les tunisiens ou même les égyptiens d’ailleurs, c’est la langue qui a façonné les gens. Toute leur éducation familiale est passée par là… Tous les interdits… et ils en ont une connaissance, comme toute connaissance d’une langue maternelle que l’on connaît profondément, c’est à dire qu’ils comprennent tout ce qui se dit, mais ils comprennent beaucoup plus tout ce qui ne se dit pas et qui se sous entend. Ils ont été façonné par cette langue et il y a beaucoup d’émotions qui la traversent, donc c’est une langue qui est très sensible.

Il y a souvent des choses qu’on ne peut pas dire en darija, on a honte donc on les dit en français parce que c’est plus neutre… C’est même encore plus neutre en arabe classique d’une autre façon, plus détaché.

La darija c’est la langue des tripes. La sensibilité est à fleur de peau…

 

- C’est à dire qu’il n’y aurait pas tous les registres de langue dans la darija ?

 

- Si, bien sûr que si, il y a tous les registres…

 

- Alors pourquoi puisent-ils dans le français ?

 

- Parce que le français leur permet d’échapper à des situations un peu gênantes pour eux…

 

- Des tabous ?

 

- Oui. Des tabous, des choses sensibles, oui.

 

- C’est une langue stigmatisée ? Stigmatisante ?

 

- Pas stigmatisante, non, mais stigmatisée, oui… Il y a une espèce de religion de la langue arabe qui s’est instauré, tout à fait autre que le rôle parfaitement assumé de langue de la religion, de langue du Coran… Le panarabisme crée par des chrétiens au Moyen-Orient - crée par rapport au panislamisme - est né avec une sorte de religion de la langue arabe classique…

 

- C’est quoi le panarabisme ?

 

- C’est l’idée que les arabes ne forment qu’une nation et qu’ils ont en partage cette langue magnifique pour eux qui est l’arabe classique. Et c’est ça qui les unit, c’est le ciment de leur identité. Il n’y a donc plus d’identité nationale, il n’y a plus de marocains, d’algériens, de tunisiens, il y a des arabes qui partagent une langue.

 

- Mais les marocains ne sont pas arabes ?

 

- ça c’est à eux de le dire… Si… Bien sûr qu’ils le pensent… En général, les gens pensent qu’ils sont arabes, bien sûr…

 

- Entre penser et être… Si la darija est toujours aussi présente… C’est peut être qu’elle vient justement s’opposer à cet arabe classique ?

 

- Non, elle ne s’oppose pas du tout, elle est complémentaire… C’est ça qui est bien et c’est ça qui est dommage de ne pas exploiter… C’est qu’elle est parfaitement complémentaire, elle n’est pas en concurrence.

 

- Peut être qu’elle n’est pas opposée, mais elle freine peut être ce « cimentage » par l’arabe classique ?

 

- Mais maintenant c’est dépassé tout ça, le panarabisme a du plomb dans l’aile avec tous les conflits qui se sont passés… Et il a du plomb dans l’aile au Maroc. C’est à dire que les gens ont osé se lever parce qu’avec l’ancienne constitution, l’identité marocaine était arabe et musulmane, c’est tout. Le discours officiel était monolithique. Alors que la réalité est totalement différente… Pour qu’on reconnaisse le berbère par exemple, qui a été reconnu en 1992 par Hassan II d’abord à travers un discours, puis en 2001 par son fils, les choses ont dû changer à ce niveau là, mais l’identité arabe du Maroc n’est remise en cause par personne.

Par contre, au niveau de la nouvelle scène, de la Nayda, il y a des gens qui ont osé levé la voix et dire par exemple : « On est africain ».

 

- Qu’est ce que c’est la Nayda ?           

 

- La Nayda est un mouvement qui a pris ce nom très tardivement, en 2007… Il y a eut une sorte de mouvement citoyen, culturel, assez incroyable, qui allait suffisamment loin pour qu’on juge bon de lui donner le nom de « Movida à la marocaine » pour le comparer à la Movida espagnole. Ce qui veut dire qu’il se passait quand même pas mal de chose… Et donc on l’a appelé pendant longtemps, en 2005 et 2006, la Movida avant de lui trouver un nom marocain assez drôle parce que Nayda est une expression verbale qui signifie « ça bouge »…

 

- Qui a trouvé ce nom ? Vous le savez ?

 

- Oui, il y a eu une couverture du magazine marocain TelQuel avec la mention de Nayda qui date de juin 2006. C’est Ahmed Benchemsi qui avait choisi de mettre Nayda, mais c’était encore l’expression verbale qui veut dire « il se passe des choses, ça bouge, ça rock ». Ensuite il y a eu des résidences belgo-marocaines, avec des échanges d’artistes belges et marocains et qui se sont aussi appelé « Nayda ». En plus de ça, par la suite, au salon du livre de 2007 il y a eu un débat auquel j’ai participé à partir de Paris, en duplexe avec l’Institut Français de Casablanca, sur la Nayda.

 Et finalement la succession d’articles dans Telquel a transformé l’expression verbale en subtantif : La Nayda.

 

- Mais qu’est ce qu’il se passait concrètement pendant cette Nayda ?

 

- Il se passait pas mal de chose ! Une espèce de souffle de liberté avec des gens qui ouvrent leur gueule, qui se disent des choses, qui n’attendent pas que ça leur tombe du ciel, qui prennent des initiatives et font des choses. Ca se passait beaucoup autour d’un festival de musique urbaine qui s’appelait « Le Boulevard des jeunes musiciens » et qui après s’est simplement appelé « L’boulvard ». Et c’était au delà de ça, des gens qui prenaient des attitudes citoyennes et essayé d’être responsable en responsabilisant les jeunes. Sur le plan humain, sur le plan culturel, tous les arts urbains… Ça  a bougé dans tout le Maroc, mais le centre était quand même Casa.

 

- Ce mouvement été financièrement soutenu ?

 

- C’est un des problèmes… Financièrement c’était soutenu, il y a eu beaucoup de sponsors privés, des marques de téléphone, de boisson gazeuse, des opérateurs de téléphonie, qui voyaient là un moyen de toucher la jeunesse et qui ont soutenu ça…

 

- Et le royaume ?

 

- Non… enfin… Le ministère de la culture a fait un geste, mais très minime, une année je crois en donnant 100 000 dirhams ou quelque chose comme ça.

 

- Un peu moins de 10 000€ ?

 

- Oui, pas grand chose…

 

- Donc on avait un pays qui se réveillait tout seul, qui se bougeait tout seul en s’auto-finançant sans que l’état n’intervienne dedans ni pour bloquer, ni pour encourager ?

 

- On ressentait tout de même qu’une partie de l’état voyait d’un bon œil de donner cette image positive du Maroc à l’extérieur en particulier, donc ça leur plaisait sans doute… Je ne sais pas. C’était récupéré en partie, mais après ça a complètement été récupéré par la pub. Au départs on parlait vraiment d’évènements citoyens et puis c’est devenu vraiment des évènements crée par les sponsors pour leur pub et au final ils ont galvaudé le mot. Ce qui fait qu’on est arrivé à un point ou en 2009 ou 2010, les gens ne voulaient même plus entendre ce mot.

 

- ça a fatigué les gens ?

 

- Oui. Beaucoup d’espoirs ont été déçus. Il y a eu une montée d’espoir jusqu’en 2009 et après c’est redescendu… il n’y avait pas de soutien publique.

En 2009 il restait encore un peu d’espoir parce que fin 2008, Omar Balafrej, le directeur du Technopark a décidé d’attribuer les sous-sol de son immeuble à l’association L’Boulvard pour pouvoir y installer leur bureau parce qu’ils n’en avaient plus depuis 2005. Sans ça ils organisaient un festival de 150 000 personnes dans un appartement prêté pendant 2 mois pour mettre en place cet événement. C’était complètement fou.

Et puis début 2009, la mairie de Casablanca - en coopération avec la mairie d’Amsterdam qui envoie des étudiants en architecture pour voir s’il y aurait un lieu en friche que l’on pourrait culturellement transformer - pense à utiliser les anciens abattoirs de Casablanca.

En 2008, une fille est venue faire un mémoire et une étude de faisabilité en liaison avec un néerlandais qui gérait une friche à Amsterdam. En décembre 2008 ils ont fait une table ronde où ils réunissent des associations et la mairie fait le geste de donner à ces associations la gestion des abattoirs pour un an. C’est comme ça qu’en avril 2009 on pourra organiser « Les Transculturelles » à Casablanca : un événement sur deux jours d’une dimension incroyable qui était monté en deux ou trois mois avec tous les arts, des plus urbains, aux plus grands plasticiens connus qui venaient se réunir dans ce lieu. Cela va regrouper 20 ou 30 000 spectateurs en deux jours avec une mixité sociale absolument parfaite qui n’existe jamais au Maroc. Il y avait les gens du quartier des abattoirs, qui est un quartier très populaire, les femmes avec leur bébé dans le dos, les vieillards qui ramenaient les gamins et toutes les dames chics qui venaient voir les grands plasticiens… C’était un événement absolument magnifique. Les abattoirs sont devenus opérationnels et sont devenus un lieu ressource où il suffit d’avoir un projet un peu futé et originale pour qu’on vous attribue les lieux.

 

- Encore aujourd’hui ?

 

- Il y a eu de grosses déceptions… Les grosses déceptions, c’est qu’on n’a jamais pu faire les travaux… La mairie de Casablanca n’a jamais voulut signer pour plus d’un an à la fois. Les abattoirs avaient besoin de travaux énorme, donc il fallait des moyens, mais il fallait surtout une pérennité. Qu’on sache qu’on a les lieux pour 5 ans et dans ce cas là ça valait le coup d’engager des financements, mais mettre en sécurité un lieu comme ça sans pérennité, c’était impossible. Depuis avril 2009 jusqu’à aujourd’hui en septembre 2012, jamais on a pu faire une deuxième édition des Transculturelles alors que ça devait être un événement annuel…

 

- En fait la Nayda n’était pas rentable finalement… Si ça c’est cassé la gueule…

 

- Peut être que c’est ça oui… Mais il y a eu un autre problème, c’est qu’il y a eu un changement du statut du festival Mawazine. C’est à dire que jusqu’en 2007, Mawazine était un festival comme les autres qui avait des moyens certes beaucoup plus que les autres, mais qui n’était pas en concurrence avec les autres, mais restait complémentaire.

C’est un festival qui doit être né en 2001 ou 2002, après L’Boulvard, après le festival d’Essaouira, ça doit être un des trois ou quatrième festival nés au Maroc. Mais en 2008 il change de direction et il y a une volonté d’en faire une vitrine…

 

- Qui en prend la direction ?

 

- Majidi je pense… Et très rapidement en 2008, il y a des stars incroyables qui y jouent : Stevie Wonder, Jennifer Lopez, Aguilera, Kylie Minogue, des noms que je ne connais pas, mais des stars qui valent une fortune ! Du coup il faut énormément de moyen et donc tous les sponsors qui avaient l’habitude de donner un petit peu à chaque festival, sont monopolisés pour celui là. Donc il n’y a plus d’argent pour les autres festivals.

 

- Mawazine est payant ?

 

- Non, Mawazine n’est pas payant. C’est gratuit. Il y a une zone V.I.P qui peut être payante depuis quelques années qu’ils l’ont rendu payante, mais sinon c’est un événement complètement gratuit. Il y a 9 scènes en même temps dans toute la ville de Rabat, ce qui est énorme ! J’y étais cette année, je suis allée sur une scène voir Calypso Rose, une femme de Trinity Tobago qui est un truc absolument magnifique que j’avais vu l’année d’avant à Timitar à Agadir, dans le théâtre de verdure, c’était superbe, c’était plein et là à Mawazine, c’était vide ! Il n’y avait personne ! Faire venir une femme pareille… Et en plus on nous avait demandé si on voulait bien leur faire la gentillesse d’aller dans l’espace V.I.P gratuitement…

Pour une scène gigantesque il n’y avait même pas 500 personnes… C’était ridicule.

 

- Si certaines scènes de ce mouvement de Nayda avaient été payantes, est ce que vous pensez que ça aurait marché ?

 

- Il y a eu un essai justement sur l’édition 2006 du L’Boulvard, pour faire payer et vraiment c’était hyper raisonnable… Non, en 2007… C’était 20 dirhams pour un pass de 4 jours.

 

- Ma question en fait est : est ce que le manque de lucrativité de la Nayda ne l’a pas tué ?

 

- Le problème est que si on fait payer, on n’a plus le même publique. La Nayda a un publique très populaire et très large. Vous connaissez l’absence totale de moyen des jeunes des quartiers populaires ? Même 20 dirhams, ils ne peuvent pas les payer… Et donc si on fait payer, on change de publique, or ce n’était pas le but… Le but était d’avoir un publique qui soit le plus large possible. D’avoir un lieu où la mixité sociale a vraiment sa place et c’était dans ces festivals, dans ces concerts. Si on veut être rentable il faut faire payer 300 dirhams, 500 dirhams et alors là on n’a plus de publique, ce n’est même plus la peine.

 

- Qu’est ce que vous pensez que la Nayda a apporté au Maroc et aux Marocains ?

 

- Enormément de choses… Une habitude de ne pas se taire.

 

 

 

Je suis enceinte :o)

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

Y a deux traits sur le test... Je vais avoir un bébé... AAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! (Cri de joie)

 

 

Lise, 28 ans, Corse.

CE N’EST PAS VRAAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ??????????

Je n’en reviens pas !!!!!!!!!!!!!!!!!!

C'est géniaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal !!!!!

J'espère pour toi une super "vraie" grossesse !!!!

(J’avoue que je me demandais où tu étais passée ??!!!!!!!!)

 

 

Axelle, 23 ans, Bayonne.

Félicitations...cris pas trop fort, tu vas réveiller ton p’tit bout ! Lolllllllllll ! Je te souhaite une très bonne grossesse avec que du bonheur.... Au fait, tu préfères avoir quoi ?
Bisous.

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

J'étais avec Homme, on faisait un bébé. Et y a quelqu'un dans mon ventre !!! Notre enfant ! Un vrai enfant à nous deux ! Lui et moi, on a fait un bébé ! Je l'aime déjà, je veux déjà être grosse ! Y a deux traits ! Enfin ! Et j'ai des nausées ! Et je vais me battre pour qu'il reste, je vais prier tout le temps ! Merci ! Je vais être maman !

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Fidèle à moi même qui veux tout, je veux tout... Des jumelles... Ou un garçon et une fille... Un garçon, c'est le pied, une fille, c'est le pied, je veux un bébé ! Je voulais tellement des filles mais aujourd'hui, si j'ai un garçon, je ne me fais pas de soucis, j'aime autant mon fils s'il est ma fille et j'aime autant ma fille si elle est mon fils.

Je n’arrête pas de regarder le trait, y a deux traits...

 

Véronique, 26 ans, Martigues.

Félicitations, je te souhaite que du bonheur... Mais visiblement, c'est déjà le cas... Bonne grossesse.

 

Anne-Laure, 38 ans, Paris.

Trop bien !! ça y est une nouvelle aventure commence. Bonne route...

 

 

Virginie, 32 ans, Montreuil.

Félicitations !!!!!!

Eh bien, tu débordes de joie, ça fait très, très plaisir de te voir comme ça !!!

Tu oublies ainsi tes soucis, et tes angoisses !!!!!!!!!

Plein de bonheur à toi, et bonne santé à vous 2 !

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

Je n'arrive pas à lâcher le test, je le sers dans ma main... Je crois que je n’en reviens pas... Bein dis donc... Je, moi, je vais être maman... ça fait des frissons... Waouh... C'est trop cool. Il va être beau... Je n’en reviens pas... Je ne fume plus, je suis sage. Waouh... J'ai envie de rire, de pleurer... Tout à l'heure, je pleurais en riant... Il faut qu'il tienne, je suis comblée...

 

Marie, 37 ans, Pau.

Mais oui qu'il va tenir!!!! Profite et ne stress pas!!!!

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

Je vais appeler le docteur et mon bébé et moi, on va aller se promener.

Merci les filles d'être là, vous êtes géniales.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHhhhhh (petit dernier pour la route)

 

Fabienne, 38 ans, Paris

Je suis contente pour toi… c'est pour quand ce beau bébé ?

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

Sur mon livre de future maman, comme mon premier jour de Rrrrrr était le 25 décembre (Merci petit Jésus:))) ça voudrait dire qu’il a été conçu le 8 janvier comme le jour auquel je me mariais dans mon rêve dans le désert. La date de l'arrivée de mon bébé est aux alentours du 8 octobre. Je suis donc une « octobrettes » 2008 ! Je vais donc aller sur le post des « octobrettes » !

 

Carine, 26 ans, Lyon.

Mille félicitations!! Bravissimo ! Reposes toi et profites bien...

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

Merciiiiiiiiiii !!! J'en profite, mais je suis trop énervée d'être contente pour me reposer, c'est la fête dans ma tête ! Merciiiiiiiiii !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Femme de

 

Trois mois… Trois mois à vomir tout mon corps chaque jour que Dieu a fait. Chaque matin, chaque midi, chaque goûter, chaque verre d’eau, chaque bouchée, rien, absolument rien ne restait.

Après encore 5 kilos en moins sur une échelle de pas beaucoup, les menaces d’hospitalisations de la gynécologue planaient sur moi. Rien de pire pour moi que l’hôpital. Autant me proposer la morgue ça revient à la même chose.

Sur le forum, les filles n’avaient pas l’air d’être sujette aux nausées comme moi…

Les relations avec Faustin étaient plus que houleuses pendant le premier trimestre. Je le rejetais violement. Quand il me parlait, je lui répondais souvent que je ne savais pas à qui il parlait. En effet, plus les jours avançaient et plus Faustin continuait à construire sans moi, trop occupée que j’étais dans mon vomi, un personnage de ce que j’étais et qui n’étais décidemment plus moi. Moi qu’il perdait finalement complètement de vue.

Il avançait implacable dans l’édification de ma personnalité dans un formatage sans faille pendant que quelque chose de plus puissant me formater durablement : mon enfant. J’étais présenté aux bonnes personnes, au bon moment, dans les bonnes tenues qu’il avait choisi pour ce moi qui était tout autre. Je m’ennuyais.

 Je disais les bons mots, j’avais le trait d’humour parfait. Et puis il passait derrière tout ce travail pour se l’attribuer, par une phrase piquante, il me rabaissait en publique pour asseoir son autorité sur mon nez. Et je m’écrasais. Avec Faustin, tout ce qu’il y avait à faire pour avoir la paix c’était briller et se laisser écraser. Alors, la nausée aidant, j’implosais à la maison.

Et puis il y a eu ce petit miracle.

A partir du troisième mois de grossesse, les hormones me tendirent la main pour m’amener vers un chemin incroyable : l’amour inconditionnel de Faustin. Il devenait soudain l’objet de toute mon attention, le trésor de la vie terrestre. Je le couvais du regard, le cajolais des mains, l’enjolivais des yeux, Faustin était devenu l’être de lumière, mon parfait binôme, le surhomme incarné. Je croulais sous l’amour pour lui. C’était divin à vivre. Jamais de ma vie je n’avais autant aimé.

La nature avait fait de moi une femme au foyer, attachée à celui qui devait assurer la survie de son petit. J’étais sous le coup de ma condition animale, complètement hypnotisée par mon rôle. Je devais assurer la cohésion du foyer et ça passait par mon amour et ma capacité à savoir garder Faustin le temps que mon enfant soit en vie, sain et en sécurité. Trois ans estimés.

Après ces trois premiers mois qui confirmaient que mon enfant s’était bien accroché en moi, qu’il était viable et que la composition familiale était possible, je répondais à mon devoir du premier cycle des 3 ans de construction familiale.  Faustin et moi nous étions aimés. La nature nous demandait de procréer, nous étions en train de le faire, mais pour ça il fallait que je sois pour lui une femme dévouée si je voulais que l’éducation que je donnerais à mon enfant soit de qualité parce que Faustin devait nous nourrir pendant que je nous élèverais.

J’avais choisi Faustin pour me formater. Et je l’amenais dans la paternité pour sa propension à savoir survivre. Il était suffisamment autonome pour être capable de rebondir dans n’importe quelle situation. Il saurait trouver un travail s’il en manquait, il saurait reconstruire une maison s’il venait à la perdre. Faustin savait construire et reconstruire. Pour moi, c’était la première de toutes les qualités pour créer une famille : savoir bâtir.

Les femmes ne doivent pas choisir leur mari en fonction de leur argent, mais de leur capacité à survivre et construire, ce qui souvent va de paire. Mais pas toujours…

Enfin, j’avais choisi Faustin parce qu’avec lui je n’avais aucun scrupule à l’étudier, à me confronter à lui et à l’affronter sans moduler ma puissance. Je n’avais pas peur de le malmener. Faustin n’était pas quelqu’un de bien. Il avait suffisamment de dossiers pourris aux fesses pour que je me sente libre de lui faire mal. Parce qu’on  ne pouvait pas réellement faire de mal à Faustin. Il n’arrivait pas à aller au delà de lui même. Une défense psychologique mise en place trop tôt l’empêcher de donner accès aux autres à sa réalité affective. Il savait les capter entièrement, mais lui même s’était verrouillé. Désaffectivé.

Mais moi, je savais rentrer en Faustin. J’avais travaillé dur à ça et avec le temps et beaucoup de douceur et de violence mêlée, il m’avait laissé rentrer. Sous condition que je fusionne avec lui pour ne pas poser de problème à son fonctionnement psychologique et que je ne parte jamais trop loin de lui, sans l’amener.

La grossesse lui donnait ce qu’il avait toujours espéré : tout mon fanatisme. Je ne voyais plus que par lui. J’étais devenue nous. Moi jamais sans lui.

La conscience de cet état ne me posait pas de problème. Mon temps avait été tellement vide. Qu’en aurais-je fais sans cette expérience ? Au moins il se passait quelque chose et quelque chose de sacrément passionnant ! Je tombais de jour en jour sous le charme du père de mon enfant à naître. Je ressemblais chaque semaine un peu plus à toutes les femmes, parce que j’étais une femme, enceinte.

La grossesse devenait la clé de mon intégration. Elle m’ouvrait les portes de la féminité, de l’amitié, enfin. J’avais des choses en commun à raconter à travers mes nausées, mon vomi, mes consultations gynécologiques. Ma vie devenait concrètement riche de banalité ! Je leur ressemblais ! J’étais une femme normale, ça y est ! Alors chaque jour que je vomissais, je m’accrochais à cette nouvelle donne et je restais entourée de toutes ces femmes qui comme moi, oui, comme moi, enfin, venaient pour discuter, pour me lire, pour écrire, pour échanger, me cajoler. J’avais gagné, encore, j’avais ouvert la porte de la normalité et je peaufinais mon rôle en tentant de me cacher au mieux, de m’élever vers le bas, vers elles et de m’oublier.

Je sombrais de toute ma volonté dans la banale normalité.

 

Tout ce que j’avais toujours voulut était à porté de ma main. J’étais avec l’homme que j’aimais, dans le Royaume où je voulais vivre, à une position sociale favorable à ce que je mette au monde mon enfant et construise la famille dont je rêvais pour m’accomplir sur terre et leur ressembler. Il suffisait que je me tienne à carreau, que je fasse correctement mon travail de femme au foyer et alors tout se passerait pour le mieux et je vivrais mon expérience en paix et Il serait si fier de moi.

J’allais réussir ma vie. J’étais venu pour ça et c’est ce que je faisais. Aux côtés de Faustin, jour après jour, je devenais ce que j’avais toujours rêver : femme au foyer. Mon rêve s’accomplissait et j’idolâtrais Faustin pour ça. Il réalisait tous mes rêves. Il se mettait chaque jour à mon service, me protégeait et faisait en sorte de me combler. Mon salon avait régulièrement des roses, mes fleurs préférées, que Faustin ramené de dehors sur le chemin du retour de son travail, acheté en négociant le prix par jeu aux vendeurs ambulants du quartier que dorénavant il connaissait.

Les autres vendeurs également le connaissaient. Faustin savait se faire aimer de tous les commerçants et les gardiens du quartier. Les femmes de ménages, les chauffeurs, les artisans, toute notre petite vie s’était organisée dans notre quartier dans lequel nous étions donc très accepté. Nous faisions partie de l’ambiance, on nous connaissait, lui en tant que Faustin Cyrus et moi, en tant que femme de Faustin Cyrus, non mariée.

 

 

 

 

 

Le Casting de gynécologue…

 

 

Vous êtes enceinte ou vous voulez le devenir ?

Quelques mises en place peuvent être nécessaires au bon fonctionnement de votre grossesse. Pour commencer, pourquoi ne pas pratiquer un casting de gynécologue ?

 

Le gynécologue est généralement le praticien de la santé le plus important tout au long d’une grossesse. D’où l’importance de le choisir avec soin !

Le casting de gynécologue vous évitera d’avoir le sentiment de « batailler » ou de ne pas être comprise pendant l’une des plus belles périodes de votre vie.

 

Comment faire ?

 

Réfléchissez à vos envies. Quelle grossesse pour quel accouchement ?

Souhaitez-vous un accouchement naturel ou une césarienne programmée ? Connaissez-vous bien la grossesse et l’accouchement ou êtes-vous novice en la matière ? Êtes-vous d’une nature curieuse et exigeante ou confiante et insouciante ?

Dressez une liste de questions que vous souhaiteriez aborder avec votre futur gynécologue. Surtout n’ayez pas honte ! On ne peut pas savoir si on ne demande pas.

Toutes ces questions vous permettront de faire le point et de peaufiner le portrait du gynécologue idéal.

 

Premier test, par téléphone…

 

Demandez à parler au gynécologue et proposez lui une simple première rencontre en précisant votre projet d’enfant. Vous verrez comment vous serez accueilli lors de cette première approche.

 

Le premier rendez-vous :

 

Si la rencontre a lieu et qu’après l’échange, on vous demande de payer la consultation, vous saurez si ce gynécologue est ouvert aux autres ou à l’argent et vous pourrez déjà mettre le doigt sur son rapport à l’argent, c’est très important… Il est vrai que tout travail  mérite salaire, mais par ce petit geste, votre gynécologue s’assure de vous avoir comme patiente durant les 9 prochains mois, c’est donc un investissement assez rentable pour lui que de ne pas vous faire payer la première rencontre qui n’est qu’une sorte d’entretien préalable à son embauche.

 

Si vous désirez un accouchement naturel…

 

Assurez-vous lors de la première rencontre que votre gynécologue n’est pas un adepte du bistouri ! Vous pouvez demander discrètement, l’air de rien, aux mamans présentes dans la salle d’attente et qui ont déjà accouché avec ce médecin, si leur accouchement s’est bien passé, si elles ont été césarisées ou si elles ont accouché par voie basse… Une majorité de réponses « césarisée » doit vous mettre en alerte, voir vous faire quitter la salle d’attente (en courant si votre état vous le permet, sinon roulez !)

Vous pouvez aussi leur demander si elles ont eu une épisiotomie afin de savoir si le ciseau est rapidement utilisé ou pas…

 

Une fois à l’intérieur, posez toutes les questions que vous aurez définies auparavant dans votre liste et analysez les réponses qui vous sont données…

Un gynécologue qui ne vous répond pas vraiment et qui vous rassure à outrance d’un « tout va bien se passer madame » ne changera pas forcément de ligne de conduite au long de votre grossesse et peut vous laisser au bord de la route avec votre ignorance. Il faut en prendre conscience tôt en vous intimant l’ordre de lui faire confiance pendant qu’il vous charcute.

 

Attention au gynécologue qui vous infantilisera tout de suite en vous parlant comme il le ferait à une enfant. Vous n’êtes pas sa fille, vous allez le payer pour un service. Il doit VOUS aider à mettre au monde VOTRE enfant. Les rôles doivent être déterminés au départ.

Les gynécologues qui infantilisent les femmes peuvent ne pas les entendre correctement au moment de l’accouchement où une adulte, vous, met au monde un enfant, le vôtre.

 

Si vous désirez un accouchement programmé :

 

C’est votre droit ! Votre corps vous appartient ! Ne vous attardez pas sur les gynécologues pro voie basse qui ne feront que tenter de vous convaincre du bien fondé de ce que vous ne voulez pas. Vous avez entièrement le droit de vouloir être traumatisé ! De vouloir souffrir tellement du bas ventre que vous ne pourrez pas vous occuper correctement de vous et de votre bébé, vu que même marcher deviendra un acte pénible ! Vous avez le droit de vous priver de la présence de votre homme à vos côtés. Vous avez le droit de priver votre enfant des hormones de départs qui finalisent le lien d’attachement et vous permettront à tous les deux de vous mettre en phase pour vivre votre nouvelle vie dans l’écoute des besoins de chacun ! Vous avez le droit de bousiller le processus de mise en route de l’allaitement qui permettrait à votre enfant de bien faire grandir son corps et son cerveau, donc tout ce qu’il est, oui, vous avez le droit de rester désinformée. Tout à fait. Vous avez le droit de massacrer les droits élémentaires de votre bébé, vous avez ce droit là.

 

« Les Marocaines aisées exigent souvent d’accoucher par césarienne. Souci du confort, désinformation et appétits financiers ont banalisé cette intervention pourtant limitée en principe à certains cas. » Tel Quel.

 

Une fois que vous aurez choisi votre gynécologue, réaliser un Projet de naissance peut vous être d’une grande utilité pour passer un accord avec ce praticien que vous aurez choisi pour l’un des plus grand jour de votre vie. Il vous permettra d’avoir un document qui servira de base de travail à l’attention tous ceux qui seront susceptibles d’intervenir dans votre grossesse.

 

Le but du casting de gynécologue est de faciliter la communication entre vous, le gynécologue et la clinique plus tard, pour vous éviter de voir l’un des jours les plus beaux de votre vie se transformer en cauchemar traumatisant pour vous et votre famille.

Accoucher n’est pas jouer…


 

 

Loughat el Oum

 

 

 

 

 

Planant dans son petit bonheur de maternité et souhaitant approfondir son implantation culturelle au Maroc, Clémence avait pris rendez-vous avec Mourad Alami, professeur à l’université Mohammed V, afin de pouvoir mieux comprendre les problématiques liées à la darija et les enjeux, les inconvénients ou les bénéfices qu’elle pourrait tirer de l’apprentissage, ou non, de cette langue qui se dressait entre elle et son nouveau Royaume.

 

C’est dans les jardins des Ouleyas, à Rabat que la jeune héroïne rencontra l’universitaire, entourée d’enfant et de chats. L’homme lisait tranquillement allongé à l’ombre des orangers… Complètement chauve, l’universitaire avait un je ne sais quoi de rock’n’roll dans ses lunettes de soleil ou son blouson de cuir noir, que son accent d’homme de lettres érudit venait définitivement contester…

 

Clémence avait toujours ce besoin de préparer les choses bien avant que leur simple possibilité ne soit envisagée… Au delà de la question de la langue, c’est toute la question de l’éducation de son enfant qui se posait et pour bien choisir il lui fallait absolument bien s’informer, pour pouvoir choisir en conscience ce qu’elle déciderait pour conserver le bien être de son bébé. Mais tout cela, est ce que l’école marocaine le lui permettrait ?

 

 

 

- L’école marocaine ne produit pas la création, ni l’innovation… répondit paisible le professeur. C’est une école qui est surtout focalisée sur le stockage de connaissance et il n’y a pas une certaine interactivité entre le professeur et les élèves et il faut changer cet optique là il est vrai.

 

 

 

- D’où vient ce manque d’interaction ?

 

 

 

- Je l’ai décrit parfois dans mes interventions au cours de certains articles… Notre système éducatif n’a pas encore quitté le stade de l’école coranique. Or dans les écoles coranique, on apprend uniquement le Coran par cœur… Et l’école marocaine fait de même jusqu’à présent. C’est cette mentalité là qu’il faut changer avec le temps. Et peut être la langue d’apprentissage…

 

 

 

- C’est à dire ? Ne plus apprendre avec la langue du Coran ?

 

 

 

- Non, pas du tout ! Nous avons une langue nationale et notre langue nationale c’est la langue marocaine, qu’on appelle la darija. Cette langue est comprise dans tout le Maroc, au nord, au sud, à l’ouest, à l’est et elle nous unit tous, que nous soyons arabe, amazigh, juif ou même africain, parce que le Maroc est une terre d’Afrique… Mais concernant l’arabe classique, il faut que cette langue soit enseignée, aussi bien que l’amazigh, dans les écoles et dans les universités… Mais il faut valoriser notre langue nationale qui est la langue marocaine, la darija. Si on valorise ce patrimoine qu’on a façonné nous tous ici au Maroc, on va alors valoriser son histoire, sa culture et surtout son identité. Et dans la langue marocaine, c’est cet aspect unificateur que j’aime.

 

 

 

- En quoi est-elle unificatrice ?

 

 

 

- Il y a un noyau dur, c’est l’arabe classique, qui en pourcentage doit représenter peut être 60% de la composition de la langue et il y a 20% de mots qui sont purement amazigh et puis nous avons du turc, du français, de l’espagnol. De plus la structure de la phrase en langue marocaine est plus adaptée et plus proche de l’amazigh que de l’arabe classique… ce qui ne veut pas dire qu’il faut supprimer l’importance de la langue arabe parce que c’est la langue du Coran donc de la religion.

 

 

 

- Existe t-il des écoles uniquement en darija ?

 

 

 

- Il existe des écoles privés ou des instituts de langue ou la darija est enseignée, mais il n’y a dans tout le Maroc, aucune école uniquement en darija. Et là c’est de la schizophrénie pure et dure parce que bien que tous les programmes scolaires soient écrit en arabe classique, le tout est expliqué en langue marocaine, en darija… Et cela de la première classe du primaire jusqu’au baccalauréat : que ça soit la physique, la chimie et même le français parfois, tout est expliqué en langue marocaine. Alors si on explique tout le texte, pourquoi ne pas aller de l’avant et étudier le tout en darija ?

 

 

 

- Pourquoi c’est comme ça ?

 

 

 

- Nous sommes jusqu’à présent ici au Maroc, malheureusement, plus guidé par la politique que par la raison et il faudrait que le droit de la raison ai la suprématie.

 

Par exemple, quand un enfant va à l’école, avant d’y aller, chez lui et en dehors il ne parlait que la langue nationale du Maroc, donc la darija… Et puis dés son entrée à l’école on lui apprend que la langue darija ne vaut rien et il doit apprendre une toute autre langue, la langue arabe. Et donc on le brutalise, il y a une certaine coupure… Et moi je suis contre cette coupure. L’arabe classique doit s’enseigner, à côté de l’amazigh, mais la langue nationale, la langue maternelle de tous les marocains doit s’enseigner à l’école ! Pour moi la langue marocaine est la clé du développement, de l’essor économique et du progrès. Sans elle, il n’y aura pas d’avancée.

 

 

 

- Pensez-vous que les parents mettraient leurs enfants dans des écoles dont l’enseignement se ferait en darija ?

 

 

 

- Oui ! Certainement ! Même s’il y a toujours des réticences. Il y a des personnes qui éprouvent du mépris pour cette langue populaire et qui font l’amalgame entre l’argot –parce qu’ici on s’insulte en darija, pas en arabe classique - et entre la langue maternelle, la darija. C’est le premier point de leur réticence et deuxièmement ils n’ont jamais lu des écrits  de très haut niveau en darija. En toute modestie, j’ai traduit de la très, très belle poésie allemande en darija, ce sont Les Elégies de Duino de Rainer Maria Rilke - qui est considéré comme un très grand poète international - et ce recueil est considéré par les grands poètes comme un évangile. Il y a deux ou trois traductions en arabe classique qui existent déjà, mais en darija c’est la première de ce genre ! Donc on peut le faire ! On peut écrire en trois registres en darija. Il y a un registre familier, un registre moyen et un registre soutenu, aisé comme celui que j’ai utilisé pour la traduction de ce poème de Rainer Maria Rilke.

 

 

 

- Et pour vous le fait que les trois registres de langues existent montre que la langue est prête à être enseignée ?

 

 

 

- Oui ! Elle est codifiée ! Pour qu’une langue soit codifiée, il faut avoir une certaine écriture. C’est à dire que les mots aient un code. Par exemple en voiture, il y a un code, quand il y a un stop il faut s’arrêter. Pour la langue c’est comme ça, quand c’est féminin, ça reste féminin, pareil au masculin, si c’est un verbe ou un adjectif, etc.

 

 

 

- Ce qui signifie que la langue vivante est figée alors avec la codification ?

 

 

 

- Oui, il faut, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas dynamique ! La langue figée, je suis désolée, mais c’est l’arabe classique ! ça fait 1500 ans qu’elle n’a eu aucun changement, aucune modification. Mais la langue marocaine, c’est la langue du quotidien ! Nos jeunes sont toujours en train de créer des termes nouveaux. La codification veut dire qu’il y a un code.

 

 

 

- Qui a fait ce code là ?

 

 

 

- Jusqu’à présent ce sont les acteurs de la langue, les écrivains qui le font. Chacun écrit à sa façon de concevoir les choses. Mais la codification en tant que linguiste doit être plus proche de la prononciation et même avoir une idée du lecteur : par exemple se demander si quand le lecteur lit un texte, il pourra le comprendre de manière facile et fluide ou est ce qu’il y trouvera des difficultés. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas une certaine standardisation reconnue par tout le monde. Moi je l’ai codifié à ma façon en tant que linguiste, créateur et innovateur. Il y a d’autres poètes qui écrivent en darija et pour eux ce n’est pas si important. Pour moi si. Parce que je me mets toujours à la place du lecteur et de la lectrice.

 

 

 

- Avant, la langue darija s’écrivait ?

 

 

 

- Oui, la langue s’est toujours écrite. Même les juifs écrivaient le marocain, mais en hébreu. Les adouls - ce sont nos notaires, si quelqu’un veut se marier, il doit faire appel à eux par exemple - depuis des siècles et des siècles, ils écrivent de la darija tout en la mélangeant avec l’arabe classique.

 

 

 

- Dernièrement il y a tout de même eu une nouveauté dans l’utilisation des chiffres à l’écrit ?

 

 

 

- Vous parlez des textos ? Oui... Cette langue est utilisée par les jeunes. J’ai fait l’expérience en 2009 d’adapter des contes allemands en les écrivant avec des caractères latin sans recourir à des chiffres parce que pour moi les chiffres ne font pas une langue et une langue doit rester dans le monde des lettres, pas des chiffres…

 

 

 

- Une société marocaine qui intégrerait des écoles en darija deviendrait quel genre de société demain ?

 

 

 

- Une société moderne ! Une société innovatrice ! Une société qui va se régénérer tout le temps et qui va créer. Une société productrice, non plus uniquement consommatrice.

 

 

 

- Donc vous pensez vraiment que c’est une des réponses du Maroc de demain ?

 

 

 

- Oh oui ! Absolument ! Et ça va venir ! On peine encore à reconnaître la langue marocaine, il y a beaucoup de réticence, mais ça va venir avec le temps. En France c’était presque la même chose. Il y avait la langue populaire, le français et il y avait le latin, nous nous avons la darija, la langue marocaine et nous avons l’arabe classique. Et puis la langue française c’est émancipé et pour nous aussi, notre émancipation va venir et c’est pour cela que la langue maternelle est la langue de la liberté, de la démocratie. Je voudrais bien que le message soit compris par tout le monde et plus seulement par une minorité.

 

 

 

- Est ce que le fait de ne pas utiliser la langue maternelle bloque la culture ?

 

 

 

- Oh oui ! Considérablement. C’est pour cela que je suis absolument pour l’encouragement et la promotion de la langue marocaine, parce que sans elle il n’y aura pas de culture, il n’y aura pas de rayonnement culturel. Si on utilise la langue marocaine, on valorise sa culture, on valorise son identité et on se sent plus proche les uns des autres parce que c’est la langue du quotidien ! La culture ne peut se faire que dans un support qui est plus ou moins accepté par tout le monde…

 

Il faut apprendre la langue darija, la langue maternelle marocaine, parce que c’est le futur et si on veut se développer, ce ne sera que par cette approche.

 

 

 

- Vous parliez de réticences ? Où est ce que ça bloque ?

 

 

 

- Il y a des personnes qui font de la politique linguistique bien qu’ils n’aient aucune idée des cultures des langues… Ils ne sont pas conscients de ce qu’ils font… Les réticences viennent du fait que certains font l’amalgame entre la langue arabe  qui est pour quelques uns une langue sacrée parce qu’elle est la langue du Coran… Mais ce n’est absolument pas vrai ! Parce que la langue arabe existait bien avant le Coran ! On ne connaît pas la langue de Dieu… Ce n’est pas l’arabe. Et même le Coran a été traduit dans cinquante langues… Alors il ne faut pas faire cet amalgame entre la langue sacrée et la darija. La darija, la langue marocaine, n’est pas sacrée et l’arabe non plus n’est pas sacré. Ce sont des langues internationales, comme toutes les langues. Certains font l’amalgame conscient entre l’arabe et la langue sacrée, or une fois qu’on opère cette séparation entre les deux, on peut avancer naturellement…

 

 

 

- Donc si je fais un raccourci de ce que vous avez dit, ça voudrait dire que le pays est bloqué par la non utilisation de sa langue, qui est provoqué par sa religion ?

 

 

 

- Oui, c’est un aspect… Par exemple, les oulémas, les savants, connaissent très bien cet état de fait et ils le disent. L’arabe classique a existé avant le Coran alors la langue ne peut pas être sacrée une fois que le coran vient. Les quelques uns qui font cet amalgame, ce n’est pas correct, ce n’est pas juste.

 

 

 

- Peut-on pratiquer la religion en darija ?

 

 

 

- Oui, naturellement ! Tous les marocains la pratiquent comme ça. D’ailleurs même les imams dans les mosquées expliquent les versets du Coran en darija ou même en amazigh…

 

 

 

- Oui, mais ils sont lu en arabe classique… Est ce qu’on ne peut pas les lire en darija ?

 

 

 

- On peut les expliquer en darija… mais jusqu’à présent, on veut garder cet aspect…

 

 

 

- Ça  veut dire que traduire les versets en darija équivaudrait à dépasser une ligne qu’on ne peut pas dépasser ? Transgresser quelque chose ?

 

 

 

- Oui, évidemment ! Cela voudrait dire transgresser des lignes rouges, infrarouges et très, très rouges ! Mais si on explique le Coran en darija, ça passe. Une personne dont j’ai oublié le nom a traduit le Coran en darija, mais sa traduction n’est pas toujours correcte et c’est là le problème qui se pose…

 

 

 

- Est ce que les instances religieuses ne pourraient pas se réunir pour faire une traduction en darija qui serait reconnue, correcte ?

 

 

 

- Je pense que les oulémas ne sont pas en état maintenant pour s’occuper d’une telle chose. Le moment n’est pas encore propice… Mais ça va venir. Je pense que ça va venir…

 

 

 

- Est ce que ce n’est pas à ce moment que viendra la libération réellement ?

 

 

 

- Je ne crois pas que ce soit lié au Coran. C’est uniquement un aspect… Il faut aussi qu’il y ai une volonté politique. L’apprentissage ou l’enseignement en darija n’a rien à voir avec la langue du Coran, je disais uniquement que quelques uns ne veulent rien entendre et font un amalgame conscient et prémédité, mais la darija, notre langue maternelle est déjà utilisée ! Par exemple on explique déjà  toutes les matières scientifiques en darija. Même le français ou la langue arabe sont expliquées en darija afin de passer le message de manière fluide, précise et vite.

 

 

 

- Est ce que dans les différents discours du roi vous ressentez une ouverture vers votre combat ?

 

 

 

- L’écho qu’il y a eu était très positif. Je pense qu’il y a une certaine prise de conscience et beaucoup d’intellectuels m’en ont parlé par téléphone, par mail ou sur mon mur facebook… Et je pense que c’est absolument une avancée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nausée

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca.

 

Je vais dégueuler. Ça me reprend. Au secours. J

 

 

 

Manou, 37 ans, Chalon sur Marne.

 

Contente de te revoir parmi nous!!!!! Le plus dur est fait, les nausées devraient se calmer !!!!

 

 

 

Tchoutchinette, 25 ans, Toulon.

 

La mère de mon homme a vomi pendant 9 mois et la sœur d'une copine aussi... Quand on m'a dit ça... 
En plus comme toi, moi c'était toute la journée ! Et encore, je crois que le pire n'était pas de vomir, c'était de faire de la voile en pleine tempête, ne pas pouvoir boire ou manger et d'avoir soif et faim en même temps, de ne pas pouvoir bouger du lit, se retourner, même parler... L'excès de salive... C'était le bonheur ça aussi... On aurait dit que ma bouche voulait alimenter la ville en eau de bave non potable... Quand je devais sortir pour aller chez la gynéco, je crachais tous les 3 pas pour ne pas vomir parce que ma salive m'écœurait. Dans la tête aussi c'était dur, j'ai jamais regretté ou repoussé ma grossesse mais j'en ai ch*** mentalement. Bizarrement, je me sens grandi, merci le vomi ! J'ai souvent eu l'impression de régler plein de trucs que je trainais dans ma tête et de grandir avec mon ange. Ça, c'est le bon effet kiss cool...
J'avoue que j'ai dit une fois que je ne voyais pas trop ou se trouvait la magie de la grossesse… Mais j'étais faible et je suis novice...

 

 

 

Corinne, 32 ans, Tours.

 

Ahhh, tu nous as manqué ! Qui pareille que toi pour mettre du piquant dans ce forum, tu me fais bien rire, merci ! Je te dis ça car je suis en train de passer une soirée de m****, ma puce pleure, pleure et pleure et j'en ai marre… et mon mari ne m'aide pas... et j'ai peur que ça dure encore longtemps. Là je m'accorde 10 minutes de pause, puis je vais retourner vers elle... quand même, je ne vais pas la laisser hurler trop longtemps.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Salut Coco, je me demande un truc... Ou deux... Qu'est ce que tu voulais qu'il fasse ton mari ??? 
Est ce que tu as su tout de suite t'occuper de ton bébé ou est ce qu'en rentrant à la maison, tu as eu un moment ou tu t'arrêtes au milieu du salon et tu te demandes ce que tu fous dans cette maison ?

 

C'est comment la première fois seule avec ton bébé ? Tu n’as pas eu peur de la confrontation ? Et les couches, les biberons, tout ce qui est technique en fait, tu sais comment faire par la magie instinctive de la maternité ou quelqu'un te l’a dit ? Ou bien, ils nous donnent un guide pratique du bébé à la maternité ?

 

Vous pouvez rire mais c'est pas logique tout ça... C'est un tout petit être humain quand même...

 

 

 

Corinne, 32 ans, Tours.

 

Hahaha, j'aime bien tes questions.... juste celles que je me posais aussi avant d'accoucher.

 

Bon déjà pour le mari... Quand un bébé pleure, pleure, pleure… Il y a pas mal de choses qu'on peut tenter de faire pour le calmer, mais roupiller tranquille sur le canapé n'est sans doute pas le plus efficace. Mais bon, c'est vrai que lui n'est pas en congé maternité...

 

Pour moi, contrairement à pas mal de femmes, je ne voulais pas quitter l'hôpital lol. Je me sentais protégée là-bas, toujours quelqu’un pour répondre aux questions. Je serais bien restée quelques jours de plus, mais voilà... Et les premiers jours, j'étais chez mes parents, donc j'étais encore cocoonée. Quant à comment s'occuper du bébé... Avant le mien, je n'avais jamais tenu de bébé dans les bras... donc autant dire une baby Virgin totale ! Et puis bon l'instinct maternel, c'est bien beau, mais ce n’est pas ça qui nous apprend comment changer une couche lol... Dans la jungle, il ne devait pas y avoir de couches alors ce n’est pas dans notre code génétique. En fait, ils nous montrent tout à la maternité, faut profiter de poser toutes les questions.

 

Et puis la confrontation avec bébé... La 1ère fois qu'on le tient dans les bras, c'est incroyable !!! On voit ce petit être qui sort de nous et on le met sur notre ventre, c'est une sensation inimaginable... Moi j’me souviens plus tellement, mais mon mari m'a dit que quand on a mis la puce sur mon ventre, je n'arrêtais pas de dire qu’est ce que t'es belle, qu’est ce que t'es belle !!! Je me souviens seulement de ses grands yeux noirs qui me regardaient (en réalité, elle a les yeux bleu gris, mais ils étaient noirs car ses pupilles étaient dilatées)... Enfin, je peux te raconter tout ça, mais il faut que tu le vives toi même, sinon ça ne veut rien dire.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je me demandais ce que j'allais bien pouvoir lui dire à mon petit trésor... Les premiers mots que je lui dirais. J'en parlais avec son père (ou plutôt, je saoulais son père...). J'adore ce que tu lui as dit, c'est géniale comme première phrase. Donc si je me sers de ton expérience, ça peut vouloir dire que les premières phrases viennent toute seule...

 

 

 

Corinne, 32 ans, Tours.

 

Mais oui, bien sur que les premières phrases viennent toute seule... c'est dommage d’essayer de tout prévoir, laisse faire la magie de l'instant !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première phrase…

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'aimerais juste, par curiosité, savoir ce qu'une mère dit en premier à son enfant qui vient de naître...

 

Donc, la question est : quelle est la première phrase que vous avez dite à votre bébé le jour de votre accouchement ?

 

 

 

Patricia, 31 ans, Levallois.

 

« Ohhhhhhhhhhhh !!!!!!!!!!! »

 

Ce n'est pas une phrase mais ce moment est tellement intense que je crois qu'on ne se rappelle pas facilement ce qu’on dit... Je me rappelle juste que j’ai dit ça…

 

 

 

Olivia, 27 ans, Antibes.

 

Perso, dès qu’ils me l’ont fait voir, j'ai eu le souffle coupé et je n'ai donc rien pu sortir. La 2ème fois, j'ai dit « mon ange ». Voila c'est tout. Mais c'est vrai qu'on n'y pense pas sur le coup avec toute l'émotion qu'on ressent.

 

 

 

Christelle, 32 ans, Toulouse.

 

Pour le premier, ça a du être un truc du style « ohhhhhhhhhhh bonjour toi ! » pour le deuxième, c’était plutôt « mon bébé, ohhhhh mon bébé »

 

Avec la voix douce bien entendu.

 

Et pour le troisième, bah on verra bien le jour J !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Et les papas ? Leur première phrase, c'est quoi ?

 

 

 

Christelle, 32 ans, Toulouse.

 

Alors là, il faudra que je lui demande car je n'étais pas la quand il l’a vu la première fois. Je te dirais ça ce soir. Mais je sais qu'il m’a dit qu'il avait du mal à croire que c'était le sien.

 

 

 

Noémie, 29 ans, Brest.

 

Salut! Quand mon fils est né, j'ai dit: "Ohhhhh te voila déjà!" (étant né prématurément). Et mon mari a dit: « J'y crois pas, il est la ! J'y crois pas, il est là ».

 

 

 

Jennyfer, 28 ans, Paris.

 

Nous, on tient beaucoup à lui dire l'Adhan à l'oreille !

 

C'est le signal d'appel à la prière chez les musulmans...c'est le papa qui le dit... Et autrement, je pense qu'on ne saura pas quoi dire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Identité

 

 

 

En fait, le truc c’est qu’ils pensent que je suis comme eux alors que moi, je ne suis comme personne. Alors non seulement l’erreur est flagrante, mais en plus, elle est profonde.

 

En France, je ne ressemble à personne. Je suis une blanche bronzée, une noire claire.

 

Ma voix, mon prénom et mon éducation me donne accès à tous les chemins auxquels les autres blanches peuvent prétendre. Je suis intégrée. Je ne me suis jamais sentie agressée par ma couleur de peau, ou franchement dévalorisée.

 

Je me sens plus dévalorisée par ma position de femme que par ma couleur de peau. Ce qui fait que je préfère militer pour le droit des femmes que pour les immigrés... Par exemple.

 

Bien sûr je me suis servie de la « diversité culturelle » quand la France a décidé de faire correctement croire qu’elle voulait un peuple multiculturel. J’ai réussi à me faire une place au soleil en rentrant dans les quotas, mais comme une femme, un handicapé ou n’importe quel caste sociale inférieure pourrait le faire, par intérêt.

 

Une case se proposait à moi alors je suis rentré dedans parce qu’elle me permettait de favoriser mes ambitions. Je ne me suis pas vraiment posé la question de la signification de cette case. Je représentais la diversité culturelle. Pourquoi pas. Ce sont des jolis mots et un dessein honorable que de défendre la « diversité culturelle ».

 

Je n’ai jamais fait le lien avec le fait que ça voulait dire que j’étais différente et que ma différence était si flagrante que je portais l’étendard de tous les différents de ma sorte qu’on voulait cacher derrière moi. J’étais l’exception qui confirmait la règle. L’arbre qui cachait la forêt des hypocrites dont j’étais.

 

 

 

Et quand je suis arrivée à Casa, je me suis retrouvé confronté à une nouveauté : je devenais comme les autres. Je ressemblais aux filles marocaines. Mes cheveux n’étaient plus exceptionnels, ma peau perdait son exotisme et sa chaleur, ma bouche épaisse devenait commune. Noyée dans la masse. Je n’étais plus la minorité visible.

 

Pire que ça, ce qui composait mon essence, mon esprit français, m’était refusé ! Les marocains venaient me parler en arabe comme depuis ma naissance, me pensant une des leur et ne démordaient pas de leur langue, même quand j’affirmais plus que désolée ne pas les comprendre ! Pour eux je n’étais qu’une snobe de Marocaine Résidente à l’Etranger de plus qui reniait sa race ! Une traîtresse qui forniquait avec un blanc pour son argent et qui le plumerait jusqu’à le rendre fou et le laisser pour rejoindre un vrai homme, marocain.

 

Leurs yeux me disaient ça, leur sourire complice me disait ça, leurs mots même prononçaient devant un Faustin amusé, me disaient ça. Insupportable.

 

 

 

Je venais de perdre des années d’éducation et d’adaptation, balayés par le code des codes, le code primaire ! Mon apparence physique. Indélébile.

 

Je me retrouvais à regarder un peuple entier traiter mon compagnon de la façon dont il ne me traiterait jamais et qui pourtant m’avait constitué jusqu’à présent : en blanc.

 

Relégué au second plan, ma couleur de peau prenait alors soudain toute sa place et toute son identité, je me voyais pour la première fois : colorée.

 

 

 

A la fois noire et blanche, mon identité composée n’avait jamais posé de problème dans mon parcours, au contraire j’avais su en faire une alliée de taille, mais voilà qu’une nouvelle porte venait de s’ouvrir et me laisser stupéfaite : des humains me ressemblaient à ce point physiquement qu’ils m’intégraient comme une des leurs de fait.

 

A quelques détails près.

 

Je devais selon eux me conformer à leurs us, leurs coutumes et leurs traditions. Moi qui n’avais pas accès aux langages secrets des implicites sociaux, je me retrouvais complètement noyée. Submergée.

 

Là où Faustin se voyait ménagé dans son intégration par sa couleur de peau, moi, je me retrouvais plongé la tête la première dans une culture entière qui m’était non seulement inconnue, mais avec laquelle j’étais en hostilité depuis l’enfance.

 

Faustin était enrobé de miel et de louange et on riait de son incapacité à savoir prononcé la darija pendant qu’on me reprochait mes vêtements trop court et ma façon de me comportait en française que je resterai toujours pourtant…

 

Les séances d’adoubements de ces inconnus qui venaient à moi pour se lier d’amitié sans que je ne les connaisse, avec les bizarres, les « étranges » en mal d’humanité, étaient démultipliées dans le Royaume. Ils étaient des milliers à présent à venir  vers moi chercher leur dose d’affection, de regard, d’écoute... Et si ça faisait très clairement rire Faustin, ça finissait de me dégoûter de sortir.

 

Lassée de ces simagrées, j’ai fini par rester enfermée dans notre petit appartement Casablancais à attendre le retour de Faustin pour me promener en dose homéopathique, toujours par lui accompagné, caché, protégé. Je me suis isolé.

 

Prisonnière.

 

La claustration finale pouvait commencer. J’étais parfaitement prête. Entièrement dissimulée dans ce que j’étais devenue, je n’existais plus dans ce que j’avais été.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

***

 

 

 

Clémence passait alors ses journées à rêvasser. Son activité préférée.

 

Les murs et les plafonds s’agitaient tendrement parce qu’elle était calme. Cachée.

 

Elle était dans son monde. Les bruits de Casa venaient parfois la chercher, mais la ville restait pour elle un terrain de danger et de peur. Elle avait l’impression que les casablancais se jetteraient encore sur elle pour lui montrer comment elle ne comprenait vraiment rien à ce qu’il fallait faire ! Comment elle était gauche et maladroite, comment elle se comportait comme une enfant ! Comment elle n’avait pas son mot à dire !

 

Casablanca avait fait bloc contre Clémence. Clémence boudait. Toujours faire un pas de côté pour prendre de la hauteur, regarder, s’adapter, dominer.

 

Il lui fallait s’adapter. Marcher seulement vers son objectif : journaliste, un bébé, journaliste, un bébé…

 

Rechercher, comprendre, analyser. Tout est toujours si compliqué. Etudier. Explorer. Comment les femmes normales font-elles des bébés ?

 

Perturbée par ses nouvelles confrontations dans son identité, Clémence se disait que peut être que cela venait d’elle, qu’elle amplifiait un phénomène minime à cause de son hyper sensibilité…

 

Etait-elle vraiment regardé de travers à cause de son africanité où était-elle trop sensible pour s’adapter ?

 

A peine s’autorisait-elle parfois un jus de fruit frais dans sa laiterie préférée… Alors assise seule à sa table, elle regardait les gens passer et quand elle en était d’humeur, elle voulait bien se laisser approcher pour discuter, surtout si ça pouvait l’aider à la compréhension de son projet d’adaptation.

 

Assise au premier étage, face à un jus frais d’avocat, de fraise et de lait, Clémence avait remarqué ce jeune homme noir qui la regardait. Il fallait qu’elle sache. Etait-elle parano où est ce que les noirs du Maroc avaient bien tous un problème à s’intégrer ?

 

Elle entama donc la conversation pour s’en assurer.

 

Bassirou était un grand sénégalais au corps de liane qui n’en finissait plus de s’étendre vers le ciel. Le geste très gracieux, il prenait beaucoup de précaution à assurer chacun de ses mouvements comme s’il voulait s’assurer qu’il n’allait pas faire mal ou casser quelque chose en déployant son bras immense. Le regard toujours un peu ailleurs dans ses pensées, ce n’était pas difficile de se lier d’amitié dès la première seconde. Et c’est vrai qu’il était agréable de le rencontrer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Azi

 

 

 

 

 

- Je suis ravie de te rencontrer ! C’est la deuxième fois que je te vois ici, la dernière fois tu étais avec ton ami également… Bonjour… Vous étiez à la table d’à côté…

 

- Bonjour, Karim, enchantée…

 

- Karim, d’accord, enchantée, moi c’est Clémence. Il me semblait bien que c’était vous. Bassirou, excuse moi d’être directe, il faut que je te demande un truc… Ça peut paraître un peu bizarre, désolée, mais comment ça va toi ici ? Je veux dire depuis que tu vis ici au Maroc ?? Tu arrives à t’adapter ?

 

 

 

Bassirou Bâ, journaliste pour Actuel.

 

- Depuis le temps oui… C’est vrai que ça commence à faire… Depuis 12 ans… Le 17 septembre prochain j’aurais 12 ans de Maroc, pile ! Je suis venu un dimanche… Le 17 septembre 2000, je m’en souviens très bien. J’ai débarqué à Rabat dans le froid. Deux jours après nous sommes sorti faire les courses derrière la cité universitaire pour pouvoir nous préparer à manger et ça a été la première mauvaise surprise de ma vie… Nous étions en groupe et une meute d’enfants s’est déchainée sur nous en nous jetant des pierres au cri de « cannibales, cannibales ! »

 

Nous n’avions rien compris ! Pourquoi les enfants nous traitaient de cannibales ? Est ce qu’on leur avait dit que les noirs mangeaient les gens ? On ne savait pas. Et puis c’est vrai qu’au bout de quelques jours, j’ai compris pourquoi… Il s’est trouvé que dans le cadre de l’immigration clandestine, il y a un camp de réfugiés à Rabat où c’est un peu le QG des clandestins et un journal arabophone a publié un article en disant qu’un subsaharien avait mangé un enfant marocain. C’était une rumeur, il y a eu un démenti après, mais voilà le coup était déjà parti et du coup à Rabat et dans d’autres villes du Royaume, dès qu’on voyait un noir c’était ça…

 

 

 

- Et tu penses que c’est parti de ça ou est ce qu’il y avait déjà quelque chose ?

 

 

 

- Evidemment, c’est sûr que les préjugés étaient déjà là, mais c’est un journal arabophone qui touche beaucoup de monde… Parce qu’ici les journaux arabophone touchent beaucoup de monde au contraire des journaux francophones qui ont un lectorat plus restreint et donc je pense que ça a dû exacerber la situation. Et franchement, les sept années que j’ai passé à l’université ont un peu été la croix et la bannière.

 

Maintenant, je travaille et j’ai une certaine situation, mais jusqu’à présent oui, quand je me présente dans une épicerie pour faire mes courses, certains épiciers vont servir tous les autres et terminer par moi, par exemple… Je ne fais pas de boucan, mais quand ça m’énerve je bouge et je vais voir ailleurs.

 

 

 

- Mais si tu en fais la remarque, que se passe t-il ?

 

 

 

- Je sais que ça va faire du grabuge… Parce que souvent c’est arrivé et la personne te dit que si ça ne te plaît pas tu rentres chez toi… Donc pour éviter tout ça, je ne me casse pas la tête, je le laisse faire ce qu’il a à faire et je pars voir un autre épicier en me disant que je ne veux pas provoquer d’histoire parce qu’après ça peut même être dur… D’ailleurs récemment à Rabat, ça a coûté la vie à un malien… Il s’est passé la même chose : quelqu’un est venu se mettre devant lui dans une file d’attente, il a essayé de contester, c’est parti dans une bagarre, on l’a poignardé, il est mort. C’est lui qui a perdu. Et ça n’ira nul part… La police peut dire qu’elle va faire des enquêtes… Mais même ici à Casablanca ils ont ce genre de problème ! Que ce soit des agressions de marocains, déjà ça ne va nul part, alors en tant qu’étrangers…

 

 

 

- N’y a t-il pas de jurisprudence du royaume qui concernerait une affaire de racisme qui aurait été sanctionnée sévèrement et publiquement ?

 

 

 

- Dans la Constitution il est dit que le Maroc est un pays ouvert, mais en fait il n’y a pas de termes utilisés pour le sujet. Dans la tête des gens le racisme n’existe pas ! Il n’y a pas de racisme… il y a des marocains noirs… Et ces marocains noirs sont victimes de ça. J’ai bougé un peu dans le Sahara et au Sahara, ils assument leur couleur de peau, mais dans les villes, les marocains noirs ont du mal à l’assumer. C’est à dire qu’ils évitent même le contact avec les subsahariens. Peut être que ça vient de leur éducation…

 

 

 

- C’est à dire qu’eux même deviennent racistes ?

 

 

 

- Ils sont complexés. Ils ont ce complexe là vis à vis des noirs subsahariens…

 

 

 

- Et quand tu te promènes dans la rue ?

 

 

 

- J’évite. J’évite de marcher tout le temps. Même pour des petites distances je prends un taxi. Les gens me disent que c’est du gaspillage, mais je le fais juste pour éviter de tomber sur des cons et comme je me connais… Je suis du genre qui encaisse et puis un jour c’est un tout petit truc qui peut me faire sortir de mes gonds et on ne sait jamais jusqu’où ça peut aller, donc pour éviter tous ces trucs là, je préfère ne pas marcher dans la rue.

 

Une fois j’étais avec des copines et je leur ai proposé de prendre un taxi et elles me disaient que non… Bien… A la médina, il y avait un monsieur qui était dans sa voiture avec peut être sa femme ou sa copine, en train de flirter sur une rue piétonne… C’est une rue piétonne qui n’est pas pour les voitures… Il tenait le volant et s’est retourné sur cette rue en flirtant avec son amie donc il est venu me cogner avec sa voiture. Je lui ai signalé que c’était une rue piétonne… Il est descendu, a fermé la portière et a commencé à m’insulter… Je lui ai dis « écoute, si tu dois insulter, on va régler ça entre hommes » ! Sur ce, tout de suite il a couru pour ouvrir le coffre de sa voiture et en ramener une barre de fer !!! Tous les gens autour étaient en train de crier, mais personne n’a réagi. Je n’ai pas essayé de résister. Parce que je pressentais qu’au stade où il en était, il n’allait pas me rater… J’ai essayé de trouver quelque chose moi aussi pour me défendre, mais je n’ai rien trouvé. Donc j’ai laissé tomber et je suis parti, mais je sais que ça aurait pu être fatale. Parce qu’il était capable de me frapper sur la tête si je n’avais pas bougé.

 

 

 

- Mais pourquoi tu restes ici ???

 

 

 

- Pourquoi je reste au Maroc ? C’est une question intéressante. Je vais dire la vérité, je ne reste pas au Maroc parce que je veux rester. Pour moi, c’est un tremplin. Je me suis dis « écoutes, tu as terminé tes études, tu as passé quand même 7 ans au Maroc, il serait peut être mieux que tu commences ici et au bout de quelques années d’expériences, après tu pourras rentrer. » Et c’est dans ce cadre que je suis resté. D’ailleurs j’ai commencé mes démarches… Soit ce sera le Sénégal, soit ce sera le Canada, mais j’ai commencé mes démarches que je vais déposer pour l’immigration au Canada. Je sais que la réponse prend un à deux ans donc je vais attendre et quand c’est bon je vais partir. Sinon je vais aller me lancer dans un projet personnel au Sénégal, le temps de me constituer un petit fond.

 

 

 

- Et toi Karim ? Tu traînes souvent avec des noirs ?

 

 

 

- Oui, ça m’arrive.

 

 

 

- C’est vrai qu’il y a ce problème de racisme de certain marocains ?

 

 

 

- Oui, mais heureusement pas de tous. Sinon je pense que Bassirou n’aurait pas pu rester jusque là, pendant 12 ans. Mais c’est vrai que certains marocains sont fermés par rapport à ces questions là, comme il peut y en avoir ailleurs. Ce sont des gens qui ont peur. C’est surtout la peur de l’étranger, de ce qu’on ne connaît pas en fait… Comme on peut avoir peur des aliens ou comme on peut avoir peur de toucher des insectes. Enfin ! Des insectes, c’est… Euh…

 

 

 

- Mais n’est ce pas étrange pour un pays qui est entre l’orient, l’occident, au milieu de tout, avec un brassage…

 

 

 

- Mais c’est ça qui fait un mixte qui n’est pas tout à fait homogène tout le temps. On parle de brassage, mais c’est comme quand tu mélanges de l’huile et du vinaigre pour faire une vinaigrette… Tu mélanges, mais ça ne te donne pas forcément un truc homogène parce que c’est mixé.

 

 

 

- Oui, mais bon, les ingrédients ne s’attaquent pas entre eux…

 

 

 

- Ils ne s’attaquent pas entre eux… Ce que je veux dire par là c’est qu’il y a une telle hétérogénéité qu’on ne peut pas parler de brassage… On a notre culture d’arabe musulman… Il y a l’influence européenne, occidentale qui est là et qui est bien ancrée… Mais entre les deux, le mixe ne se fait pas complètement, tout le temps et chez tout le monde. C’est à dire que tu vas trouver des gens qui seront à l’extrême et vont trop à l’occidentale, à l’européenne, là où d’autres vont être dans le côté traditionnel à fond et d’autres encore qui vont être au milieu en essayant de jongler avec tout ça. Après je ne dis pas que tous les gens du côté traditionnel sont forcément racistes, ça n’a rien à voir, ni que ceux qui vivent à l’occidentale ne le sont pas. Après c’est une question d’éducation avant tout. Tout dépend de comment nos parents nous ont élevé par rapport à ça.

 

Par rapport au respect des personnes…

 

 

 

- Mais là on trouve déjà chez les enfants, donc au départ de l’éducation, un racisme envers l’étranger… Et pas forcément sur la couleur de peau…

 

 

 

- Par rapport à l’étranger, mais aussi par rapport aux gens différents : handicapés, noirs… Même s’ils sont marocains ! Le papa qui va dire à son fils « regarde ce « azi » qui est le terme générique pour définir un noir au Maroc d’une manière presque un peu péjorative ! » ou alors « regarde moi cet handicapé, ce chauve ! » et chaque fois qu’on sort d’une certaine norme on peut être la cible d’un regard un peu différent…

 

 

 

- Donc ce serait un pays très normatif ?

 

 

 

- Assez oui. Assez…

 

 

 

- Et on peut faire quelque chose ou est ce qu’il faut juste le subir ?

 

 

 

- Il faut éduquer les gens. C’est la première arme qui peut contrer ça. C’est l’éducation… Heureusement nous avons de plus en plus de gens qui sont éduqués, qui ont vécu à l’étranger et qui ont eux même vécu des problèmes de racisme et ne veulent pas reproduire les même schémas. Mais il existe encore une petite part de racisme. De peur de tout ce qui est différent. Parce que moi c’est comme ça que je le vois chez les gens. Ces gens se disent : un noir est différent de moi donc je vais avoir peur de lui parce que je ne sais pas comment il vit, je ne le connais pas, c’est surtout ça. Je donnais tout à l’heure l’exemple des insectes, sans vouloir faire un amalgame, mais il y a certains insectes qui peuvent très nocifs avec lesquels ont peut jouer une fois qu’on les connaît, mais quand on ne les connaît pas, on en a peur, on ne veut pas les toucher et on les écrase dès qu’on les voit parce qu’on a peur qu’ils nous transmettent des maladies, qu’ils nous mordent, etc. Alors que quand on les connaît, on peut jouer avec et c’est dans ce sens là que je dis ça.

 

 

 

- Toi tu es parti en France ?

 

 

 

- Oui.

 

 

 

- Avant de partir, trouvais tu que le Maroc était un pays intolérant et raciste ?

 

 

 

- Oui. Parce que j’avais fait ma Fac ici à Casablanca avant de partir terminer mes études en France et ici à Casablanca j’avais des potes, des amis qui étaient venu de l’étranger, essentiellement d’Afrique, pour faire leurs études ici et donc j’étais au courant des problèmes qu’ils rencontraient à ce niveau. Ils pouvaient avoir des voisins super gentils qui leur apportaient le couscous du vendredi, qui pouvaient les inviter les jours de fête pour partager et les mettre un peu dans l’ambiance de fête familiale, surtout quand ce sont des musulmans parce que les fêtes musulmanes sont des moments d’invitations pour ressentir la chaleur familiale…

 

Et dans le même immeuble, ces étudiants pouvaient aussi avoir des personnes qui ne les regardent pas et qui commencent à cracher quand ils passent à côté d’eux ou qui les traitent de tous les noms…

 

 

 

- On te l’a fait ça Bassirou ?

 

 

 

- Tout de suite oui… J’en discutais avec Karim tout à l’heure… Parce que je suis aller chez l’opticien en bas, là où j’ai pris mes lunettes et une vis est tombée donc j’y suis allé pour qu’il me la remette. Et quand je suis sorti du taxi, un mec assis devant la porte était en train de fumer. Il m’a vu prendre ma monnaie auprès du chauffeur de taxi et m’a demandé de l’argent. Je me suis dit que si je lui filais cette monnaie, j’allais galérer pour payer un autre taxi donc je lui ai dit non… Je suis rentré, j’ai fait la commande pour mes lunettes et en sortant, il m’a craché dessus ! Si je n’avais pas soulevé mon pied, il me crachait sur le pantalon ! Je l’ai regardé, mais j’ai préféré partir parce que si je l’avais suivi, ça allait faire une bagarre, on ne sait jamais. C’est un gros problème d’éducation. Même à l’école il y a un gros problème.

 

On s’est rendu compte que le problème est dans « le tropisme occidental des marocains ». Ils préfèrent plus regarder vers le nord que vers le sud… Heureusement que maintenant, en tout cas sur le plan économique, avec la crise au nord, par exemple toutes les grandes banques marocaines sont toutes implantées en Afrique ! Parce qu’on sait très bien que l’autre côté est saturé pendant qu’en Afrique Subsaharienne il y a beaucoup de chose à faire !

 

Je ne sais pas si ça va changer les choses ou pas, mais sur ce plan, oui, on regarde plus de ce côté.

 

Mais dans la tête des marocains, dans leur esprit, quand on parle de l’Afrique, ce qui leur vient tout de suite c’est les famines, les maladies, il n’y a que cette image, parce que c’est ce qu’ils voient dans les médias ! Pourtant, ne serait-ce que sur le plan politique, il y a des expériences démocratique très heureuses en Afrique, comme le cas du Cap vert, le Gabon, le Bénin, le Sénégal, mais on en parle jamais !

 

 

 

- C’est quand même une majorité de dictature !

 

 

 

- C’est vrai, mais c’est moins pire qu’avant ! Et actuellement en Afrique ça bouge ! Les gens ne peuvent plus accepter ! Pas plus tard qu’hier je voyais, au Togo, les femmes qui faisaient la grève du sexe pour que Faure Gnassingbé ne soit plus président ! Chaque femme qui a son mari qui supporte le président actuel fait une grève du sexe ! Et ça a marché au Kénya pour dénouer le conflit et même au Libéria ! Au Togo ça marchera un jour. Tout ça pour dire qu’il y a des choses qui bougent, mais malheureusement on n’en parle jamais ! Par contre quand il y a la famine en Ethiopie, là, toute la presse s’en empare ! Du coup dans la tête du citoyen lambda qui n’a pas forcément les clés pour déchiffrer, il ne voit l’Afrique que sous ce prisme là. Même à l’école ! Les professeurs de l’école primaire parlent de l’Afrique en des termes qui au lieu d’attiser la curiosité de l’enfant pour le pousser à savoir de quoi il s’agit, vont provoquer chez l’enfant une forme de rejet… Personnellement j’étais à l’université pendant 7 ans et j’ai été surpris par leur ignorance totale de l’Afrique ! Ils sont capables de dire que l’île Maurice a une frontière avec le Sénégal ! On entend ce genre de chose ! Cela veut dire justement que l’Afrique n’est pas présente ici, que ça soit dans les programmes ou ailleurs. J’ai fait des études de lettres et de philosophie et en littérature on avait un cours qui s’appelait « littérature Négro africaine » et « littérature maghrébine »… Cela veut dire que les grands écrivains algériens, tunisiens, marocains, que ça soit Tahar Benjelloun ou Mohammed Choukry, tous ces gens là, je les ai découvert avant de venir au Maroc, c’est à l’école que je les ai connu ! Ici, les profs universitaires connaissent peut être Senghor sans pouvoir te citer son travail… Il y a une vraie méconnaissance…

 

De l’autre côté, du côté des subsahariens, il y a aussi un problème. Ce n’est pas que du fait des marocains. Les subsahariens ont des préjugés, ils se mettent à penser que les marocains sont tous racistes, du coup, ils restent entre eux. Et quand ils voient certaines personnes qui veulent s’ouvrir, ils disent « fais attention, il va te faire du mal parce qu’ils ne sont pas bien »… Parce que cette personne aurait vécu un truc qui l’a découragé… Et c’est vrai qu’on aime vivre entre nous, ça c’est vrai, il ne faut pas le nier. Personnellement si j’étais resté dans cette démarche communautariste, je ne pense pas que je serais là…

 

 

 

- Tu n’aurais pas avancé ? Tu serais rentré ?

 

 

 

- Oui, c’est sur. Parce qu’après avoir vécu avec les gens, on a appris à se connaître et les préjugés sont tombés. Par exemple, mon voisin à l’université était marocain, on a vécu ensemble une année et l’année suivante, il a tout fait pour partager sa chambre qu’avec moi parce qu’on a appris à se connaître, à s’estimer et à se respecter.

 

 

 

- Il faudrait obliger chaque marocain à vivre avec un subsaharien en fait…

 

 

 

- A la Cité Universitaire, il y a une cité qui n’accueille que des étrangers. 45 nationalités y sont accueillies ! Il doit y avoir 35 nationalités africaines, mais il y a aussi les asiatiques, toutes les nationalités... On a tous vécu ensemble… Mais il y a une autre cité universitaire à côté de celle là dans laquelle il n’y a que les marocains ! J’ai signalé à l’administration de faire attention en leur expliquant qu’il fallait mettre quelques subsahariens avec les marocains. Parce que si chacun vit de son côté, ça n’arrange pas les choses. Et malheureusement jusqu’à aujourd’hui ça persiste à l’université de Rabat ! Il y a quelques marocains avec les subsahariens, mais le pourcentage est minime !

 

 

 

- Et ils justifient ça par quoi ?

 

 

 

- Moi je les crois sur paroles, ils se disent qu’à l’université souvent, entre marocains et c’est vrai que ça arrive, ils mettent la pagaille, ça il faut le savoir. Alors l’administration explique qu’il préfère que les étrangers soient épargnés de ça et restent tranquille pour éviter ces trucs là. C’est ce qu’ils me disent. Je les crois parce qu’ils sont de bonne volonté, mais je leur ai dit que ça, ça risque de créer des problèmes. Je vois des étudiants qui ont vécu ici et au bout de 8 ans d’études, ils rentrent et ne connaissent toujours rien au Maroc !!! Et même certains rentrent avec un sentiment vindicatif ! Je l’ai dit à des diplomates ! Je leur ai dit écoutez, imaginez vous, au Maroc il y a plus de 35 pays subsahariens, 7000 étudiants boursiers pour la plupart à qui le Maroc a accordé une bourse d’étude, si une fois sur place, ils ne sont pas intégrés, avec une bourse qui ne suffit pas à vivre et qui rencontrent d’autres problèmes dans la rue… Alors beaucoup rentrent avec un sentiment vindicatif envers les marocains. J’ai vu un Ivoirien une fois devant là où on fait les cartes de séjour qui en est sorti en pleurs ! Il était en boule !!! Il disait dans sa langue « Quand je serais chez moi dans l’administration et qu’un marocain va venir me voir pour une démarche administrative, je ne vais jamais l’oublier ! »

 

Il y a beaucoup de subsahariens qui sont rentrés dans leur pays avec un sentiment… Tu ne peux pas comprendre… Il faut gérer ça. Si le Maroc leur accorde une bourse pour qu’ils rentrent ensuite avec ce sentiment, le Maroc est perdant. Malheureusement les politiciens vont toujours rester politiciens, ils gèrent des choses que l’on ne maîtrise pas…

 

 

 

- Et nous maîtrisons des choses qu’ils ne gèrent pas…

 

 

 

- Je ne l’ai pas dit parce que je ne voulais pas choquer, mais quand j’étais à la Cité universitaire, j’ai perdu 4 copains… J’avais, Joseph, un burkinabé, qui venait de soutenir sa thèse ici… On était resté devant la cité jusqu’à minuit et moi j’avais dormi chez un ami à l’extérieur de la cité et le lendemain on devait se retrouver à la buvette pour voir jouer le Milan… Quand le lendemain je suis arrivé à la cité à 9h, j’ai trouvé une affiche avec sa photo comme quoi il était décédé. Quand on a demandé à l’administration, ils ont dit que c’était un suicide… Mais moi je l’ai vu à minuit en le laissant dehors à minuit. C’est à dire que s’il s’est suicidé c’était la nuit, tard, donc ça doit être plus difficile de faire l’enquête pour la police, j’ai trouvé que la conclusion de l’enquête avait été un peu rapide… Des étudiants ont vu la scène et j’ai su après qu’il a été agressé. Derrière la cité, il y a le train qui passe, juste derrière… Et souvent des gens restent sur le pont en train de fumer quand il fait chaud comme là puisque c’était l’été… Et des gars l’ont agressé là bas. Ils l’ont poussé et ça a coincidé avec le passage du train qui l’a broyé. Le corps, personne ne l’a vu. Et on nous a dit que c’est lui qui s’est jeté… Le problème c’est que ces étudiants qui ont été témoins de la scène avaient peur de témoigner parce qu’ils avaient peur de perdre leur petite bourse en se disant que s’ils partaient à l’encontre de ce que l’administration a dit, on risquait de leur couper leur bourse et ils seraient dans la merde ! On avait 70€. Tous. Et c’est avec ces 70€ qu’on vivait tous ! Il n’y avait pas d’autres soutien. 1500Dhs, 140€ pour deux mois. Entre les transports, la nourriture, ce n’est pas possible. Du coup, ils avaient peur. C’est arrivé à un autre Bissao-guinéen dans les même circonstances, on l’a jeté à travers une fenêtre et là encore on a dit que c’était un suicide.

 

C’est l’agence marocaine de coopération qui dépend du ministère des affaires étrangères et qui avait payé les frais de rapatriement. Et quand on lui a ramené le corps, sa maman avait dit qu’elle ne pouvait pas croire à la thèse du suicide pour la simple raison qu’il venait de réussir ses examens et n’avait aucun problème, rajoutant que pas plus tard que la veille, elle lui avait fait un virement Western Union. Pour elle ce n’était pas possible !

 

Et deux autres amis que j’ai perdu étaient des Cap Verdiens, devant la cité. Ils étaient en train de jouer, un mec est venu en voiture et a essayé de leur faire peur, mais comme il a vu qu’ils n’y prêtaient pas attention et continuaient à discuter, il a fini par mettre ses menaces à exécution et leur a foncé dessus. Un est mort sur le coup et l’autre est mort après à l’hôpital. Et il y a plein de cas comme ça.

 

 

 

- Est ce que les subsahariens s’organisent pour que ça cesse ?

 

 

 

- Quand j’étais à la cité universitaire, il y a eu une manifestation. Même si l’administration ne voulait pas que l’on fasse de manifestation parce qu’ils avaient peur que la presse s’en empare et que ça fasse boule de neige dans les différents pays subsahariens quand les gens seraient au courant… Mais les étudiants ont quand même essayé de manifester pour dire stop aux agressions. Parce que nous étions dans un quartier populaire et nous nous sommes rendu compte qu’aux alentours de la cité, dans la tête des gens qui vivaient là, c’étaient les fils des présidents africains que l’on privilégiait en les amenant dans la cité universitaire ! Ils pensaient que nous avions de l’argent ! C’est comme ça qu’ils nous voyaient et ça crée tous ces problèmes parce qu’ils pensaient que les petits blacks avaient des privilèges qu’eux n’avaient pas. C’est très compliqué, il y a beaucoup de données qui rentrent en jeu, ce n’est pas forcément un racisme primaire, il y a beaucoup de choses qui rentrent en compte.

 

 

 

- Et si un pays subsahariens arrêtait d’envoyer ses ressortissants au Maroc à cause de son racisme ?

 

 

 

- C’est entre autorité que ça se passe. Quand une autorité marocaine se déplace au Sénégal, elle est reçue par les autorités sénégalaises et c’est le langage diplomatique qui prévaut… Et ils ne sont pas forcément au courant de toutes ces choses là. Maintenant ça commence à changer parce qu’il y a des étudiants qui envoient des réclamations. Chaque pays à son association des étudiants, comme l’association des étudiants sénégalais au Maroc, ou l’association des étudiants burkinabé, etc. Toutes ces associations sont réunies au sein d’une confédération qui s’appelle la Césam pour Confédération des Etudiants et Stagiaires Africains au Maroc, qui représente 11 000 étudiants. Et la Césam est l’interface entre les étudiants et les autorités marocaines. Quand il y a problème, elle intervient. Moi en tant que président de la Césam, je me déplaçais pour aller voir la police et ils nous disaient qu’ils allaient régler ça et mettre des policiers aux alentours de la cité. Mais quand ils se déplaçaient il ne se passait rien donc ils partaient en pensant que nous racontions des histoires et quelques temps après un nouveau drame arrivait. Parce qu’il fallait une surveillance en permanence et non pas venir à dos de cheval et repartir. Les malfrats habitaient juste le quartier d’à côté, ils voyaient quand la police était là, donc ils attendaient qu’une fille se prépare pour aller faire ses courses au marché d’à côté et profiter de l’occasion pour l’agresser, lui voler son portable et puis en parfois lui laisser une marque de l’agression. Alors la fille se retrouvait à l’hôpital où elle devait en plus payer… Malheureusement les étudiants ont tellement peur pour leur bourse… Alors qu’il ne s’agit pas de mentir… Il s’agit juste d’aller dénoncer ce qu’il se passe… Si ça continue comme ça, nous autres serons obligés de faire tout le temps des rapports et d’envoyer dans nos pays pour passer par la voie diplomatique. Alors que l’on préférerait régler le problème ici avant de passer de l’autre côté. Maintenant beaucoup de pays sont au courant de comment les choses se passent parce que les étudiants le disent et racontent ce qu’il se passe. Mes amis de fac qui se sont tous dispersés un peu partout me traitent de fou quand ils apprennent sur Facebook que je suis encore au Maroc ! Et toutes ces personnes là sont bien placées ! C’est une manne diplomatique que le Maroc est en train de perdre ! J’ai deux copains, un burkinabé et un camerounais qui sont des super ingénieurs à l’agence internationale en Autriche, à Viennes ! Le chef de protocole de Blaise Compaoré était en vis à vis de ma chambre d’étudiant ici ! Au Tchad, le secrétaire général au ministère des finances était avec nous à la cité ! Dans tous les pays subsahariens, il y a tellement de personnes sur lesquels le Maroc pourraient se raccrocher ! Mais malheureusement beaucoup partent avec un sentiment de revanche et ça n’arrange pas les choses ! Alors que ces gens une fois dans leur pays auraient pu servir de relais ! Je ne sais pas si les autorités marocaines ne voient pas l’intérêt qu’ils perdent, je ne sais pas… Je suis en train de constituer une base de données de tout ce potentiel en ressource humaine et je suis sur qu’eux là bas dans les administrations, qui leur ont payé une bourse pendant leurs études, ne savent même plus où ils sont, alors qu’ils auraient pu constituer une base de données pour eux ! Ici au Maroc, c’est l’élite francophone qui dirige le Maroc, qu’on le veuille ou non ! Et les gens de cette élite francophone marocaine ont tous étudié en France ! C’est une élite francophone et francophile ! Ce sont eux qui dirigent le Maroc. Parce que ces gens là ont pu garder les liens entre les pays et entre eux. Mais malheureusement, de l’autre côté, concernant l’Afrique, je ne sais pas comment ils gèrent ça. Ce n’est pas une critique. C’est un constat. C’est dommage.

 

 

 

- Est ce qu’il y a une note d’espoir pour les relations entre subsahariens et marocains ?

 

 

 

- Quelqu’un m’avait demandé s’il fallait légiférer contre le racisme. J’ai répondu que moi je ne suis pas favorable à ça pour une raison très simple. Il y a tellement de lois qui ne sont pas appliquée… Je préfère que ça soit la société civile qui s’en empare, parce que la société civile est présente dans les quartiers populaires et peut passer par la sensibilisation, les échanges d’étudiants ou artistique entre étudiants marocains et étudiants subsahariens afin de leur permettre de se connaître pour que les préjugés qui existent des deux côtés cessent. Mais le fait de passer par le parlement pour légiférer, ça ne va rien résoudre. Moi c’est comme ça que je vois les choses. Il faut un travail de terrain, comme en France et partout ailleurs, ce n’est pas forcément à des politiciens de gérer ces choses là. La société civile doit arriver à montrer que l’autre est juste différent, par la couleur ou par autre chose, mais nous sommes tous des êtres humains, il ne faut pas avoir peur et aller vers les autres. Des trucs comme ça…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Salon esthétique

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Voilà, je me suis coupé sur le bas du ventre avec des petits ciseaux parce que je ne vois pas en dessous de mon ventre et que j'avais entrepris une opération d'élagage de ma superbe toison... Hier, Homme m'a dit que « là, ça va aller maintenant. Y en a assez, on a vu ce que ça fait, on peut enlever les poils maintenant parce que c'est pas très beau ». J'étais morte de rire. Est ce que vous avez une technique ? Un produit magique qu'on peut utiliser avec bébé ? Comment vous faites vous ?

 

Petit Ps : Je suis trop chochotte et pudique pour l'épilation à cette endroit...

 

 

 

Gaby, 31 ans, St Etienne.

 

Mdr !!!! Et pourquoi tu n’utilises pas un rasoir ??? Pas besoin de voir, tu rases juste tout doucement pour ne pas te couper. Sauf que là, toute ta superbe toison va partir... Eh oui, faut pas non plus demander un dessin, quand on n'y voit rien...Mais sinon, tu peux toujours demander à ton homme de s'y mettre...

 

 

 

Lou, 29 ans, Anger.

 

Perso, c'est mon homme qui me le fait car je ne vois plus rien non plus !
Lol, tu verras généralement, ca se finit bien !

 

 

 

Amélie, 33 ans, Marciac.

 

MDR !!!!!!!!!!! La technique, quand ca devient trop dur à voir avec le ventre, c’est le miroir. Placer un petit miroir juste en dessous et le tour est joué ! Et demander à Homme de filer un coup main quand on a un peu de mal. D’ailleurs, je trouve que mon homme le fait super bien, ça doit être parce qu’il se sent concerné… Lolllll !!!

 

 

 

Stéphanie, 32 ans, Bruxelles.

 

Et ben dit donc les filles, vos hommes ont été mis au travail à ce que je vois mais après tout pourquoi pas ! C'est eux qui nous ont mis dans cet état, alors il faut bien qu'ils nous aident.

 

 

 

Maude, 27 ans, Paris.

 

Hello, c'est cool de voir que nous sommes toutes pareilles ou presque... Je rencontre le même souci bien sur, et mon homme pas question ! Il ne se sent plus du tout concerné...Il ne voit en moi que la « mère porteuse »...Mais ça, c'est un autre problème ! Moi je fais 110 cm de tour de taille alors imaginez ma grande difficulté... Je fais venir une esthéticienne a domicile 1 fois par mois...Vivement que bébé soit là pour que je puisse enfin m'occuper de moi !!!

 

 

 

Mamandésespérée, 29 ans, Marseille.

 

Moi, c'est mon chéri qui me le fait tout le temps ! Même sans être enceinte ! C'est le délire à chaque fois ! En plus, c'est long vu que je suis anti poils ! Mais moi ça m’arrange, je fais durer et ça finit toujours bien lol ! Allez toutes à vos poils !

 

 

 

Maude, 27 ans, Paris.

 

Salut, j'ai tenté le coup de demander à mon homme de jouer l'esthéticien et il est d'accord ! Trop cool…Maintenant, faut que je case mon RDV ! Merci pour le conseil les filles lolll !

 

 

 

Famille je vous haine

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai annoncé à ma meilleure amie que je suis enceinte au téléphone...Elle m’a choqué… Après des félicitations d'usage un peu molles, elle me dit en faisant la moue : « Ah ouais, mais quand même ça me fait bizarre... On avait dit que ce serait moi la première ! »

 

Euh…
Ok… Oui, ma chérie, j'appuie sur le bouton pause de ma grossesse, tu t'y mets, t'accouches et je relance la machine toute vapeur. Elle m’a vexé. C’est moi ou ça rend les autres un peu bizarre la grossesse ?

 

 

 

Mélie, 23 ans, Marciac.

 

J ai 2 garçons. Quand mon deuxième est né, j’ai eu le droit à : « pas trop déçue que ce soit encore un garçon ! ». Si, si, je compte d’ailleurs l’échanger le plus vite possible ! » Lol ! A l’annonce de cette grossesse forcement, j’entends : « ah, vous espérez une fille ? »  C’est bien connu, on n’est pas des parents épanouis si on n’a pas d’enfants des deux sexes !

 

 

 

Chris, 34 ans, Toulouse.

 

J'ai un petit garçon et une petite fille et j'ai eu droit à : « un garçon et une fille, c'est parfait vous allez vous arrêter là, non ?  Encore, si vous aviez eu 2 garçons, vous auriez pu tenter la fille, mais là, c’est bon non ? » Ben, non désolé, y'en aura un troisième Papy, le sexe n'y change rien… Ce que j'adore aussi, c'est toutes les réflexions qu’on a entendu parce qu'on ne voulait surtout pas savoir le sexe de nos enfants avant la naissance. Ma préférée étant : « ah non, moi je pourrais pas ne pas savoir, et puis comment vous allez faire pour la couleur de la tapisserie de la chambre ? ».

 

 

 

Doris, 41 ans, Paris.

 

Pour les réflexions à 2 balles, on a eu notre compte aussi. Vous imaginez, 2 filles !!! Mais comment va faire le papa ?? Dans ma belle-famille, on dirait que seuls les garçons comptent. Comme si les filles ne pouvaient pas représenter dignement leur nom. Nous avons fait le choix de ne pas connaitre le sexe de notre deuxième enfant, alors pendant toute le grossesse, j’ai entendu : « ah, cette fois, c'est un garçon, c’est sûr ! Et puis surprise à la naissance, c'était une fille et là nous avons encore eu droit aux : « ENCOOOOORE UNE FILLE !!!! Ça va ? Le papa n'est pas trop déçu ? » Pffff, comme si on pouvait être déçu de la naissance de son enfant, n importe quoi ! Ce qui m'énerve, c'est qu'on dirait qu'on ne peut être heureux que si la maman a sa fifille pour jouer à la poupée et le papa son bonhomme pour jouer au foot ! Mon homme répond toujours qu'il s'éclate avec sa grande fille alors il s'éclatera 2 fois plus avec les 2. Il va juste falloir qu'il surveille deux fois plus la maison à l'adolescence avec l'arrivée des garçons.... Et bien sûr, les gens maintenant nous disent : « à quand le garçon ? Il vous faut un garçon ! Vous ne pouvez pas vous arrêter là ! ».

 

 

 

Lilia, 29 ans, St Ouen.

 

Et bien nous, quand on a annoncé à ma belle mère que j'étais enceinte, elle m'a fusillé du regard et a dit : « j'espère que tu as une bonne mutuelle, parce que ça coûte cher d'accoucher ! ».
Heureuse de devenir grand-mère, non ?

 

 

 

Julie, 31 ans, Arcachon.

 

Quand on m’a annoncé que c'était un garçon, quelqu’un nous a dit: « c’est papa qui devait être dessus ! ».

 

 

 

 

 

Doris, 41 ans, Paris

 

Moi, on m'a sorti : « pour avoir un garçon, il faut faire la levrette !!! ». Loooooooooooooooool !

 

 

 

Gladys, 30 ans, Besançon.

 

J'ai eu Linda et quand je suis tombée enceinte de Kévin, la petite avait 5 mois. « Mais tu es folle, tu n’as même pas un an d'intervalle ! » Et maintenant que j'attend le troisième : « Mais tu es folle, 3 enfants en 4 ans, tu ne vas jamais pouvoir tenir !! ».

 

 

 

Julie, 31 ans, Arcachon.

 

Ma sœur ainée, qui n'a pas d'enfant, n'en veut pas et ne les aime pas. Elle commence seulement à s'y intéresser depuis que je suis enceinte et elle en deviendrait presque gaga ! Elle me demande: « Dans ton ventre, il pleure déjà ? Tu l'entends dire areuh areuh des fois ? ». C’est mignon, non ?

 

 

 

Emilie, 27 ans, Toulouse.

 

Quand l'échographe nous a appris que c’était un garçon, mon mari a dit, tout joyeux : « on va aller lui acheter une paire de petits crampons ! ». Mon mari et le rugby, une grande histoire.

 

 

 

Corinne, 32 ans, Tours.

 

Des fois, y’a des gens qui sont assez c... pour faire des gosses pour avoir le sexe désiré ! Dans le village de ma grand-mère, il y a un type qui a eu 5 filles et à chaque fois il disait : « encore une pisseuse... la prochaine fois, un garçon peut-être ! » Ça craint quand même de parler de ses enfants comme ça !!! Il n’a jamais eu de garçon, bien fait pour sa tronche !

 

 

 

Isabelle, 37 ans, Nantes.

 

C’est incroyable, ces histoires sur les bébés filles !

 

Pour Eva, mon premier bébé, mon beau-père m'a dit : « j'espère qu'il n'y aura pas de décès dans la famille ! ». J'ai halluciné ! Et pour le deuxième, il m'a sorti : « mais comment vous allez faire, c'est trop petit chez vous ? ». Avant même de nous féliciter ! D'ailleurs, il ne nous a jamais félicité.

 

 

 

Cindy, 26 ans, Cannes.

 

Moi avec beau-papa, j'ai le droit de ne rien faire ! Quand nous sommes partis en vacances en voiture, il m’a appelé pour me demander ce qu’en pensait mon gynéco ! Comme si j'allais lui raconter mes rendez-vous avec gygy !! Faudrait que je me mette dans un cocon et que je n'en bouge plus !!

 

 

 

Claire, 34 ans, Périgueux.

 

Quand la tante de mon homme a accouché, elle ne connaissait pas le sexe de son bébé et quand elle a vu que c'était un garçon, elle a dit à la SF : « Ah non, encore un garçon ! Mais qu'est ce que je vais en faire ??? » Ben, le jeter à la poubelle, quelle question ! On fait des enfants pour ça, pour faire travailler les camions poubelles !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Accouchement "respecté"

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je crois avoir lu que pour la césarienne, le père doit sortir si la mère est complètement endormie parce que cela devient une opération, plus un simple accouchement et pour les opérations, seul l'équipe médical peut rester... 
Si la maman est partiellement endormie, le papa peut rester je crois… Le moment de l’accouchement, des milliards de femmes l’ont vécu et pourtant, ça reste un moment différent pour chacune et un moment dont on ne parle pas avant de l’avoir vécu, un moment qui semble nous échapper. C'est ma première grossesse, mais j'ai eu un curetage et je comprends déjà assez bien, malheureusement, le côté boucherie de certains médecins, je ne veux surtout pas revivre ces moments là et je ne me laisserai plus faire comme ça... J'ai été traumatisé, donc pour mon accouchement, je suis armée jusqu'aux dents !  Une infirmière qui ne me sourit pas ou qui me parle mal, elle dégage ! Je suis la seule avoir ressenti ça ?

 

 

 

Chris, 34 ans, Toulouse.

 

Je me rends compte qu'il y a beaucoup d'abus de la part de certains médecins et Sage Femme (SF) sur ce moment si important dans la vie d'une femme !
Pour ma fille, j'ai accouché dans un petit hôpital d'une petite ville. C'est vrai que je ne posais pas de questions sur mes "droits" et le respect qu'on me devait et qu'on devait à mon bébé, mais j'ai eu de la chance car ça s'est plutôt bien passé... J'ai juste quelques points sur lesquels je ne suis plus d'accord depuis que j'ai pris des renseignements sur ce forum et depuis que j'ai vécu mon deuxième accouchement !!!
On m'avait fait une piqûre de morphine car mon accouchement était un peu trop long (j'avais eu 2 jours de faux travail) et bien qu'on m'ait expliqué le geste et ce qu'il y avait dedans, je n'ai pas eu le réflexe de refuser parce que je pensais que c'était "normal"... Pour mon fils, j'ai refusé quand on m'a proposé (sans imposer, c'était une proposition) car avec le recul, j'ai pris conscience que toutes ces substances sont tout de même nocives. En plus, j'ai une fille poly allergique alimentaire et respiratoire qui a des problèmes d'asthme et je me demande si ça n'a pas eu un impact sur sa santé. De même, on m'a installée sur les étriers et pas d'autres positions possibles... je ne savais pas là non plus !!! Et quand je repense au temps qu'il m'a fallu pour l'expulsion !!! 3/4 d'heure ! Heureusement, je n'ai eu qu'une petite déchirure avec un seul point !!!!
Autre chose, c'est par rapport aux examens médicaux pour ma fille... elle a eu plusieurs prises de sang qui, à mon avis, auraient pu être un peu moins nombreuses si le pédiatre avait mieux calculé son coup ! Et là aussi, on ne m’a pas prévenue ! J'ai eu la surprise de découvrir 5 sparadraps sur mon petit bouchon, ça m'a bouleversé, j'en ai pleuré !!!
On lui a aspiré le nez et on lui a coupé le cordon tout de suite. Par contre, on me l'a laissé contre moi « en peau à peau » pendant les 2 heures de surveillance après la naissance et on m'a toujours bien traitée (pas de mots ou de gestes désagréables). Et puis surtout, l'épisio n'est pas un geste routinier dans cet hôpital qui préfère la petite déchirure... OUF !!! Pour mon fils, tout était différent !!! J'ai d'abord choisi cet hôpital pour sa politique très respectueuse de la maman et du bébé. La SF m'a laissé avec mon mari et ne venait qu'à ma demande pour voir où ça en était et si tout allait bien. J'ai pu prendre un bain, m'asseoir sur le ballon, mon mari a pu me faire les gestes d'haptonomie... J'ai opté pour la péridurale car je n'en pouvais plus, et c'est moi qui l'ai demandé, on ne me l'a pas imposé. On a respecté mon projet de naissance. On m'a proposé l'accouchement semi assise et j'ai pu prendre mon bébé dans mes bras quand il sortait... Je n'ai pas eu de déchirure et je suis persuadée que la position y est pour beaucoup. Il est sorti en 10 min car j'arrivais mieux à pousser dans cette position. Tout était fait dans un respect total. Même pour l'auscultation pour voir la dilatation, la SF me demandait toujours si j'étais d'accord. Mon fils a pu bénéficier du sang du cordon jusqu'à ce que mon placenta se détache et il n'a été pesé et mesuré qu'au moment où j'allais sortir de la salle d'accouchement. Pas d'aspiration et pour la prise de sang (gutrie + jaunisse en même temps pour éviter de le piquer 2 fois), on m'a même proposé de l'accompagner. La pédiatre lui a donné un peu de glucose car cela réduit la douleur et je lui ai donné mon petit doigt pour qu'il le suce car cela réduit aussi la douleur. Il n'a pas bronché, il avait les yeux grands ouverts et la pédiatre le trouvait très éveillé et très serein ! Mais je pense que c'est aussi parce que j'étais sereine de voir à quel point on respectait mon bébé. Voilà, je garde de toute façon de merveilleux souvenirs pour mes 2 accouchements, mais c'est vrai qu'avec le recul, j'aurai préféré accoucher dans cet hôpital pour ma fille...

 

 

 

Céline, 31 ans, Clermont-Ferrand.

 

C'était mon premier accouchement et je n'y connaissais rien, donc je faisais confiance à tout le monde. J'ai moi aussi eu droit à la piqure de morphine car ils ont voulu me provoquer l'accouchement le lendemain du terme et j'ai eu de fausses contractions pendant 24 h. C'était mon choix de l'avoir cette piqure car je souffrais trop ! Mais je ne savais pas comme tu le dis Chris, que cela pouvait être nocif pour moi comme pour mon bébé ! Enfin, après tout ça et ces 24h de faux travail, ils m'ont fait une césarienne et mon ami a été très peiné de ne pas pouvoir assister à l'accouchement. Il a eu beau leur demander, ils ont refusé car c'est une opération. Là, j'ai vraiment été très déçue ! Tout comme lui. J'avais peur et besoin de lui pour me réconforter. Mais le gros coup de gueule qu'on a eu, surtout mon ami, c'est qu’ une fois que le petit est né, ils ne l'ont même pas prévenu. Il l'a appris seulement une heure après l’accouchement et n’a surtout pas pu prendre son bébé tout de suite dans ses bras car il était dans la couveuse.

 

 

 

Hélène, 27 ans, Marseille.

 

Pour la césarienne, on m'a dit dans l'hôpital où j'ai accouché que le papa était admis aux côtés de la maman, sauf si la maman devait être endormie entièrement et donc intubée. Sinon, pour une césarienne (même en urgence) avec juste le bas endormi, un champ est posé pour pas voir et protéger des microbes mais le papa reste près de la maman s'il le veut.

 

 

 

Céline, 31 ans, Clermont-Ferrand.

 

Alors ça, c'est dingue ! Pour moi, ils ont refusé. J'étais pourtant sous péridural. Sur le coup, je croyais que c'était normal. Enfin, c'est ce qu'ils m'ont dit. C’est fou, pourquoi on n’est pas informée avant l’accouchement de ce qui est possible ou pas ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Pour bb1, je n’étais pas du tout informée sur les différentes pratiques lors d’un accouchement. Donc arrivée à la mater, on me pose la péri à ma demande, et là, le cœur du bébé commence par ne pas apprécier et ralentit un peu. Je dois me mettre sur le coté pour qu’il remonte. Je ne sens plus mes jambes, j’ai froid et j’ai des frissons partout. J’ai faim et j ai soif mais bien sûr, on m’interdit de manger ou de boire. Une SF passe toutes les heures me faire un Touché Vaginal (TV) sans rien me demander et repart aussitôt, sans me parler. Je n’ai pas le droit de bouger, je dois rester allongée. De toutes façon, comment bouger avec la péri dans le dos, le monito sur le ventre, et ce foutu tensiomètre qui se gonfle et se dégonfle toutes les 5 minutes. Le travail avance bien, le bébé va bien mais la SF décide de me mettre une perf d’ocytocine comme ça dit-elle, « ce sera plus rapide ». On ne m’explique ni les risques, ni les conséquences possibles. Bref, la péri reste toujours trop dosée, je ne ressens donc rien. Dernier TV : « madame, il faut pousser ! ». Bon d’accord, alors je pousse et pousse, les pied dans les étriers. Mon bébé sort enfin, j ai du éviter l’épisio de justesse, je l’ai vu prendre les ciseaux… On me le pose sur le ventre 5 minutes puis on l’emmène à coté pour le sonder, le mesurer, l’habiller. Pendant ce temps, une petite pression abdominale pour faire sortir le placenta, alors que je n’ai accouché que depuis 5 minutes. Et ça fait mal. Mon bébé revient enfin, il est tout habillé. Voilà, rien de catastrophique, un accouchement parmi tant d’autres mais avec le recul, un goût amer, et comme l’impression d’avoir été traitée comme un numéro. L’impression de n’avoir rien fait lors de cet accouchement, et surtout le sentiment d’avoir été « dépossédée » de mon accouchement.

 

 

 

Anne-Laure, 38 ans, Paris.

 

Tu as raison Mélie sur cette impression d’être un numéro. On est là pour l’acte le plus difficile, le plus engagé, le plus responsable de la vie humaine et on nous traite comme des machines, quand on ne nous traite pas comme des enfants irresponsables ! Ce qui est le plus frustrant, c’est de ne pas pouvoir garder son enfant dans ses bras autant qu'on le désire. Merde, on en a chié pendant neuf mois, on a eu mal, on a pleuré, on a lutté ! Moi, je l'ai vu 2 secondes chrono et au revoir ! Ils me l’ont ramené seulement deux heures plus tard.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Pour bb2, j’ai fais des recherches, j’ai discuté avec des mamans, je voulais un accouchement naturel. Enceinte, je me présente donc à la même maternité que pour bb1, et j’explique mes souhaits. La SF les trouve très justes, mais m’explique qu’ici, dans cette maternité, c’est impossible. Pas assez de personnel pour accompagner une femme sans péri. Il y a bien une baignoire mais ils ne l’utilisent pas, ils n’ont pas le temps ! Et on accouche sur le dos parce que c’est comme ca, c’est plus pratique pour tout le monde, et c’est tout ! Je repars donc un peu dépitée mais je continue mes recherches. Je découvre donc l’Accouchement Assisté à Domicile (AAD). Voilà, ce qu’il me faut ! Un suivi global par une SF et c’est elle qui vient le jour J à la maison. Un accouchement merveilleux ! J’ai fait tout ce dont j avais envie. Elle était là, à mes cotés avec mon homme pour me soutenir et vérifier que tout se passe bien. Pas de TV à répétition, pas d’interdits. Je gère comme je le veux, aucun ordre, je mange, je bois, je bouge, je suis libre, libre d’accoucher, libre de donner naissance. Mon bébé est né, je l’ai gardé sur moi, lui ai donné la première tété. Avant de partir, la SF le pèsera et le mesurera et c’est tout. Pour le troisième, à peine le test ++ en main, j’appelais mon homme et la SF pour recommencer cette merveilleuse aventure. Je pense que les femmes doivent prendre en main leur accouchement et surtout exiger de savoir ce qu’on leur fait.

 

 

 

Pati, 37 ans, Béziers.

 

Je n'ai pas osé accoucher à domicile, bien que je trouve ça merveilleux... à cause de mon premier accouchement très long (2 jours de faux travail + 18h de travail) et j'avais peur de ne pas supporter la douleur jusqu'au bout... Pour mon second, en effet, j'ai encore eu un long travail (pas de faux travail OUF !!) avec des contractions tout de suite rapprochées (toutes les 5 min d'entrée !!! Puis toutes les 2 ou 3 minutes dans les 4 heures qui ont suivies). J'ai tenu ainsi de 1h du matin à 14h... mais ça n'avançait pas beaucoup et j'étais toujours bloquée à 4... Alors j'ai "craqué" pour la péri... Mon bébé est né à 18h... J'aurai pu tenir, mais les contractions étaient devenues très, très douloureuses et je ne savais pas combien de temps cela allait encore durer ! Mais c'est vrai que j'aurais aimé ne pas la faire par respect pour mon bébé car ce n'est pas bon pour lui...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Je pense qu’il ne faut pas culpabiliser sur la péri. Cela peut être une superbe aide, avec des risques, c’est vrai. Mais l’important, c’est que la maman soit sereine, rassurée et qu’elle puisse bouger et changer de position. On n’a pas toutes les mêmes besoins.

 

 

 

Chris, 34 ans Toulouse

 

Ce n'était pas tout à fait ce que j'espérais sur ma tolérance à la douleur perso !
On m'a pourtant aidée à trouver des positions. J'ai marché, j'ai eu la baignoire, le ballon, la position sur le côté (le plus efficace)…

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Je ne suis pas contre la médicalisation, mais ce que je trouve juste, c’est de laisser à chaque femme ses choix et ses envies et de l’aider dans se sens. Allonger une femme sans péri sur le dos et lui dire qu’elle ne doit pas bouger et ne pas crier pour ne pas déranger les autres et que si elle a mal, elle n’a de solution que la péri, je trouve ça scandaleux ! Et malheureusement, c’est encore monnaie courante. On m’a dit dans mon ancienne maternité qu’en France, 80 % des femmes choisissent la péri alors que ce chiffre n’est que de 10 % au Pays-Bas. Ça fait réfléchir…

 

 

 

Chris, 34 ans Toulouse

 

Et en plus, on m'a mise sur le côté quand j'avais la péri pour aider bébé à descendre car après la péri, il était remonté !!! La SF que je vois pour l'haptonomie m'a dit que c'était fréquent... La péri, ça enlève la douleur et les endorphines aussi... Mais bébé lui, du coup, prend tout pour lui ! Et donc, ça lui fout un stress énorme ! D'où le ralentissement chez certaines, des contractions, ou  un bébé qui remonte !
Quand il est né, mon fils avait les testicules en haut des bourses... La pédiatre m'a dit que le stress de la naissance pouvait en être la cause. Avec le stress, les testicules remontent et ils redescendent par la suite... Ouf, c'est redescendu ! Mais comme quoi, tous ces gestes ne sont pas sans conséquences !

 

 

 

Miriam, 37 ans, Lille.

 

Je pense que j'ai eu deux beaux accouchements. Je n'avais pas fait de projets de naissance, je ne connaissais pas. Pour ma fille, on m’a mis en salle d'accouchement à 9h00. Pause de perfs, péri (qui ne fonctionnera pas), on est venu me voir de temps en temps, mais pas souvent car on était 7 à accoucher en même temps à la maternité ce jour-là. J'étais aussi sur le dos et je ne pouvais pas bouger. Arrivée à dilatation complète, j'ai poussé 3 fois, ai attrapé ma puce et l’ai posée sur mon ventre, il était 15h. Ils me l’ont repris seulement 10 minutes plus tard pour les soins. Ce qui était bien, c'est qu'il y avait une caméra dans la salle de soin des bébés et un écran dans la salle d'accouchement pour que l'on voit les soins pendant que je me faisais recoudre (une petite déchirure, rien de méchant).

 

Pour mon fils, le jour du terme, rien ne se passait. Alors je décide malgré tout d’aller à la maternité. On me fait un monito et je vois que j'ai des contractions que je ne sens pratiquement pas. Après un TV, on me dit que je suis ouvert de 3 cm. Direction donc la salle d'accouchement, et comme la première fois, perf, péri (qui ne fonctionnera toujours pas !) et là, on me perce la poche des eaux. En trois heures, mon col était entièrement dilaté mais bébé beaucoup trop haut pour pousser. Au bout d'une heure de contractions très fortes, la SF me demande de me mettre sur le coté et de pousser en même temps que les contractions pour aider bébé à descendre. Quinze minutes plus tard, je dis à mon mari « il est là, je le sens ». Il fait alors le tour de la table, soulève le drap et me dit « fais juste une petite poussée ». La tête de mon bébé était sortie avec le cordon autour du cou. Pas de panique, on appelle la SF, elle coupe le cordon, et finit de le sortir. J’avoue que j’ai eu peur car je sentais que mon bébé avait du mal à respirer mais il s’est mis à pleurer, la SF a été très rassurante et quand on me l’a ramené 10 minutes plus tard, je l’ai gardé au sein et contre ma peau pendant presque deux heures. L'accouchement de mon fils a duré 5 heures et pas de déchirures ni coupures.

 

 

 

 

 

Séverine, 32 ans, Millau.

 

Mon premier accouchement s’est super bien passée dans une petite clinique du Sud. La SF m'a expliqué que c'était bien de construire un projet de naissance mais que très souvent, on ne peut pas tout réaliser. Par exemple, je ne savais pas alors qu'on pouvait accoucher autrement que allongée. Dans cette clinique, seulement une SF anglaise pratiquait les accouchements sur le coté. Hélas pour moi, sa garde s'est arrêtée avant mon arrivée à la clinique. Cela a été finalement un accouchement déclenché. C’était l’Eté, il faisait très chaud et mon bébé ne voulait pas sortir. Si c'était à refaire, je ne le referais pas, je serais plus patiente. Résultat, j'ai pris la péri car les contractions étaient dans le dos et insupportables. J'ai eu la chance apparemment d'avoir une péri bien faite. J'ai toujours senti mes jambes, j’ai pu les bouger et je maitrisais les poussées sans la douleur. C’était génial. Mon seul regret a été la préparation au sein du pôle Santé de ma ville. On était une quinzaine, beaucoup de théorie, de blabla, mais pas de cours de pratique. Moi, je n’ai pas appris à bien respirer, à pousser car là où je vis, il n'y a pas de SF libérale, elles travaillent toutes au pôle Santé. Et pour les cours d'haptonomie dont je rêvais, il y avait au minimum 45 minutes de voiture pour s'y rendre, quand on n’habite pas dans les grandes villes, on a moins d'options… Le moment qui restera pour moi le plus désagréable sera la délivrance. Je n'avais pas de contractions, on m'a donc labouré le ventre.

 

 

 

Manon, 37 ans, Chalon sur Marne.

 

Bonjour les filles !
Ce que je constate, c'est que l'on est bien mieux préparée pour un second accouchement, que pour le premier ! Le premier, on se laisse faire, le deuxième, on est plus actrice et c'est exactement ce qui s'est passé pour moi. Jai eu deux très beaux accouchements à l’Hôpital public sans aucun problème. Pour mon fils, j'ai eu la grande chance d'être toute seule à accoucher, j'avais la SF pour moi (pour nous !) toute seule. Le bébé est arrivé assez vite (arrivée à 11h, dilatée à 6, né à 15 h). Mon seul regret est d'avoir fini par prendre la péri, sous la pression de la SF. C'était un samedi, l'anesthésiste de garde était là et après il risquait d'être occupé ailleurs, alors j’ai craqué ! J'ai bien réussi à gérer la douleur, mais je n'avais plus de force et les membres engourdis. Je n'ai donc rien senti et cela reste un regret. On m'a laissé mon tout petit sur moi pendant plus d'une demi-heure, c’est un souvenir magnifique. Pour ma fille, je n'ai pas reproduit la même erreur. J'ai perdu les eaux à 8h du matin, et en attendant que mon mari revienne et que ma nounou vienne chercher mon fils, je me suis fait un méga petit déjeuner ! J'ai accouché dans un nouvel hôpital tout beau tout neuf, le top ! Et même en ayant perdu les eaux, j'ai eu droit à la baignoire de balnéo pendant plus d'une heure jusqu'à ce que je sente que le bébé allait arriver. Comme je ne voulais pas de péri, j'ai été chouchoutée comme jamais par deux SF et par mon mari aussi ! Dans cet hôpital, il y a une salle d'accouchement appelée « salle nature » pour celles qui veulent accoucher naturellement. Bref, mon choix de faire naître mon bébé sans péri a été totalement respecté. Ça a été merveilleux, j'ai eu mal lors de la poussée, je ne pensais pas pouvoir crier autant, mais elles m'ont guidé, parler doucement et nous avons eu le bonheur immense de voir notre puce arriver. J'ai cette fois vraiment eu l'impression de mettre mon enfant au monde, comme je l'ai voulu.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

La position avec les pieds dans les étriers est la pire position pour accoucher. Elle ne favorise en rien le passage du bébé et rend plus dur l’étirement du périnée. Elle est pratiquée en France pour faciliter le travail des SF et des gygys. Comme ca, c’est moins fatigant pour eux et ils ont une vue directe sur ce qui se passe et gare à la tentation des ciseaux ! Donc voilà, en résumé, on nous fait accoucher dans une position qui n’est pas faite pour aider la femme, mais pour aider le médecin. Et quand le bébé a vraiment trop de mal à s’engager, il faudrait, en plus, remercier le gygy de l’avoir sorti aux spatules ou aux forceps ? La meilleure position pour accoucher, c’est celle que tu prends naturellement en écoutant ton corps. Il faudrait que chaque femme puisse se prendre en main, qu’elle connaisse son corps et la physiologie de l’accouchement. Certaines femmes ne savent même pas ce qu’est le périnée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ballade au creux de l’art

 

 

 

 

 

Un parc. Une pancarte : Rue Madrid, arrondissement Mers Sultan… Une longue promenade sous le soleil froid de Casablanca. On entend les bruits de pas sur le graviers et le vent qui souffle dans les oreilles. Les bruits de pas font ce bruit que font des biscottes qui se font mâcher. Une femme voilée s’est endormie sur un banc. Une autre pancarte indique en français et en arabe de préserver la propreté du jardin. C’est vrai que pour Casablanca ce parc est étrangement propre. Les roses rouges sont écloses et les arbres règnent parmi les hommes. Quelques pas de biscotte mâchée plus loin, des hommes s’amusent du passage de la jeune fille qui leur sourit, bien contente de ne rien comprendre à la darija finalement. Certains font leur sport, certains discutent, écoutent de la musique… Comme cette femme en marinière sur le dernier banc… Celui que choisit Clémence pour se détendre un peu en profitant de sentir bouger son bébé, en elle...

 

 

 

- Bonjour…

 

Oum el Ghait Bensahraoui, chanteuse marocaine.

 

- Bonjour…

 

 

 

- Je peux m’asseoir à côté ?

 

 

 

- Marhaba.

 

 

 

- Merci.

 

 

 

La jeune femme se met alors à fredonner doucement en griffonnant sur son carnet. Puis son chant se fait plus distinct et sa voix sensuelle et chaude se fait entendre comme une douceur jazzy et orientale émaillée par un je ne sais à la fois moderne, dans toute sa puissance et traditionnellement conservée intacte. Elle est belle. Une grande sensualité. Un charme indéfinissable pourtant très travaillé et cette sorte de snobisme très Casablancais… Une marocaine pure, fière représentante de la lignée…

 

 

 

- C’est super joli… Bravo…

 

 

 

- Merci.

 

 

 

- C’est d’une qualité professionnelle presque… Vous pourriez être chanteuse…

 

 

 

- Presque oui… Je suis chanteuse en fait…

 

 

 

- C’est vrai ??? Une vraie chanteuse du Maroc ?

 

 

 

- Une vraie chanteuse du Maroc… On m’appelle Oum.

 

 

 

- Enchantée, Clémence Grundblatt. C’est bien d’être chanteuse ?

 

 

 

- Ça dépend de quel point de vue… Moi je trouve que c’est bien ouais…

 

 

 

- Et d’être chanteuse au Maroc ? C’est bien ?

 

 

 

- D’être chanteuse dans l’absolu c’est bien, après moi je me trouve au Maroc et je suis marocaine, donc ouais, moi je trouve ça bien, ça ne change rien à mon amour pour mon métier.

 

 

 

- Comment ça se passe ici ce métier ? Vous êtes regroupé entre chanteur ?

 

 

 

- Regroupé comment ?

 

 

 

- En France par exemple, nous avons des structures, des associations, des aides pour les chanteurs. Ici aussi vous avez ça ?

 

 

 

- Des aides, oui, il y en a… Disons que la situation va devenir confortable, ça a commencé. Aujourd’hui on peut demander des subventions au ministère de la culture… Des associations, oui, il y en a aussi… Après, est ce qu’on se regroupe tous les jours entre musiciens, non, mais bien sûr on est en contact et on se donne des nouvelles et puis il y a des évènements qui nous réunissent en général là où on se produit. C’est un peu la rentrée donc je pense que chacun est concentré sur ses projets, ce que je suis en train de faire moi aussi parce que c’est la rentrée pour moi aussi… C’est la fin des vacances donc je me prépare pour rentrer en studio pour la suite.

 

 

 

- Vous arrivez bien à vous produire sur scène ou à sortir des albums… A vous vendre… A vivre en fait, de ce que vous faites ?

 

 

 

- Je ne suis pas morte encore… Mais si j’arrive à en vivre ? Et bien non, c’est assez difficile, mais je pense que ce n’est pas spécifique ni exclusif au cas du Maroc. Je pense que c’est de plus en plus difficile de gagner sa vie en faisant de la musique, mais c’est un peu un défi et moi en tout cas je suis d’autant plus fière d’avoir fait ce choix et de l’assumer… Après est ce que j’arrive à jouer suffisamment, non, pas à mon goût, en tout cas pas au Maroc… Il y a suffisamment de festival, oui, mais tout se passe en été… Une saison… Ensuite c’est difficile de tourner pendant l’année, mais la musique efface les frontière n’est ce pas ? Donc grâce à mon métier, je voyage pas mal et j’arrive à me produire un petit peu à l’étranger aussi bien dans des pays arabes qu’en Europe. Là, l’album que je suis en train de préparer va sortir essentiellement en France et à l’internationale parce que je cible ce marché pour aller défendre la culture qui est la mienne un peu plus à l’internationale puisque ce sera sous forme d’un album best of des deux albums que j’ai produit et réalisé avec lesquels j’ai déjà pas mal tourné dans mon pays… Aujourd’hui j’ai envie d’en faire un best-of et de le tourner à la sauce plus « musique du monde » pour faire que les diverses musiques de mon pays puissent voir le jour un peu sous une autre forme que j’ai envie moi de concocter avec des ingrédients un peu du monde entier… J’ai envie de faire de la musique du sud du Maroc, mais qui se mêle à du jazz, de la musique actuel du Maroc qui se mêle à de la soul par exemple… J’ai envie aussi d’aller faire connaissance avec la musique de mes racines qui se trouvent dans le sud du Maroc et que je ne connais pas suffisamment et donc voilà je pense qu’en tout les cas c’est très important pour moi d’en faire vivre mon âme et ça, oui, j’y arrive.

 

 

 

- Qu’est ce que vous chantez dans vos chansons ?

 

 

 

- Tout ce qui me passe par la tête…Tout ce qu’il y a dans mon cœur, ça dépend des saisons… Beaucoup d’amour… Je parle des éléments, je parle de la vie, de l’univers, du ciel, de la terre… Je parle des hommes, des femmes… Des enfants… Je parle de la nature. Je parle de liberté. Je parle de rêve beaucoup…

 

 

 

- Est ce que le Maroc s’exporte bien ? Puisque vous voulez l’exporter. Comment est-il accueilli ce Maroc ?

 

 

 

- En fait, il est très bien accueilli, en tout les cas selon ma propre expérience. Et c’est justement pour ça que j’ai envie de le faire, disons plus officiellement. Voilà. Je pense que chaque fois sans le vouloir j’ai été un peu ambassadrice de cette culture. Aujourd’hui j’ai envie de le faire officiellement… Mon premier et mon deuxième album, je les ai fait pour ici, dans une dynamique où effectivement, ce dont nous parlions tout à l’heure, avec mes compatriotes ou confrères musiciens du Maroc, nous avons été dans une dynamique de faire exister quelque chose qui serait comme une scène actuelle, contemporaine, libre d’être comme elle a envie d’être… Donc ça je pense que nous avons réussi et aujourd’hui j’ai envie de passer de là, à exister aussi ailleurs, mais carrément officiellement ! Parce que c’est vrai qu’à chaque fois que j’ai chanté par exemple, que ça soit en Europe, en Espagne, même quand les gens ne comprenaient pas… Quand le public ne comprend pas forcément la langue avec laquelle je chante et bien les gens adhéraient vraiment à l’unité qui opérait sur la scène entre mes musiciens et moi… A ma musique… Et c’est vrai que ça ressortait beaucoup ça, même dans les interviews avec les journalistes internationaux, je suis cette ambassadrice… Donc aujourd’hui j’ai envie de le faire de manière plus officielle on va dire…

 

 

 

- Et quand les gens comprennent vos paroles, il y a la même « adhérence » à votre musique ?

 

 

 

- Je pense qu’il y en a plus, c’est logique…

 

 

 

- Vous avez beaucoup de fan ?

 

 

 

- Je n’aime pas trop ce mot « fan », mais je pense que oui, j’ai beaucoup d’amis qui apprécient ce que je fais, qui apprécient mon personnage aussi, ma sincérité, mon naturel.

 

 

 

- Si vous deviez faire quelque chose… Si je vous donne une baguette magique avec laquelle vous pouvez faire quelque chose pour le Maroc, via votre musique en restant ici au Maroc, vous feriez quoi pour la musique et la culture ? Quelque chose d’énorme ! D’un seul coup !

 

 

 

- Vous savez, les choses énormes se font à coups de petites choses minuscules et je pense que ces petites choses minuscules on les réalise au quotidien… Je pense que c’est un engagement au quotidien… Je ne pense pas qu’il faille, à moi ou à quelqu’un d’autre, vraiment faire un geste énorme. Je pense que si nous sommes très nombreux à faire chacun des tous petits gestes, les choses se construisent…

 

 

 

- Certes et comment vivez vous la culture ici en ce moment ?...

 

 

 

- La culture je pense que ça ne se vit pas. Je pense qu’il faudrait revenir sur la définition parce que surtout là récemment c’est « la culture va bien au Maroc » ou « la culture va mal au Maroc ». Nous sommes la culture. Ce que nous disons est la culture, ce que nous faisons est la culture. L’ensemble de nos expressions artistiques ou non est la culture…

 

 Moi je suis la culture. Je suis dans la culture et la culture s’exprime à travers moi et vice versa donc… En tout cas je n’ai pas envie de prendre le recul de parler de la culture puisque je pense que je suis la culture et la culture est en moi… Je ne pense pas que ça soit mon rôle de reculer pour essayer d’analyser la culture de mon pays puisque je suis en plein dedans. Je pense que nous sommes en pleine effervescence et qu’il y a beaucoup de vie et de vitalité et de création et de créativité et je pense qu’il vaut mieux se mettre un peu la tête dans le tas et se mettre dedans et faire partie de ce moteur plutôt que de reculer pour essayer de le comprendre ou de le décrire ou de l’analyser. Je pense qu’il y a d’autres personnes dont c’est le métier et qui devraient faire ça.

 

 

 

- Qui ?

 

 

 

- Vous, par exemple…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AAD

 

 

 

 

 

 Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Ma gynéco, qui m'accouchera, m'a dit que si je voulais, je pouvais accoucher chez moi, elle fait hyper attention à ce que je sois bien parce qu'elle sait que je suis toujours hyper flippée pour ma fille. Je trouve ça tentant mais est-ce que ce n'est pas un peu dangereux ? 
J'ai bien une clinique juste derrière chez moi donc je me dis qu'au cas où... Mais quand même, on ne va pas courir avec le bébé à la clinique...
Il y a une préparation spéciale ? Il faut aménager la maison ?


 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

C’est toi qui accouche, Clémence, pas ta gynéco… Elle, elle t’aidera à accoucher, mais elle ne t’accouchera pas. Moi, pour accoucher chez moi, j’ai fait tout le suivi de grossesse avec une SF et c’est elle qui est venu le jour J. Dans ma maison, il y avait la SF, mon homme et moi. Je n’ai pas fait de prépa spécifique, style hapto ou sophro car je n en ressentais pas le besoin. Juste les rendez-vous mensuels qui duraient 1h où l’on parlait de tout ce que l’on voulait. Le jour J, j’ai appelé la SF, elle est venue avec un peu de matériel et on a attendu ensemble. Elle n’a fait que deux TV en tout, un à son arrivée pour voir où en était le travail, et un vers la fin, toujours avec mon autorisation. A la maison, on n’avait rien modifié, juste prévu quelques petites affaires pour l’accouchement. La sage femme est là pour soutenir et aider mais ne fait aucun geste intrusif, elle n’impose rien. Elle te conseille, te soutient. Apres la naissance, elle reste 2h, puis s’en va. Elle revient ensuite tous les jours pendant une semaine, pour s’occuper du bébé et de la maman.

 

Je pense que l’accouchement à domicile n’a rien de dangereux, s’il est bien encadré par une personne compétente. Pas de péri, donc pas de ralentissement du travail, donc pas besoin de mettre une perf d’ocytocine donc pas de souffrance fœtale et ainsi de suite. A partir du moment où l’on intervient dans le processus naturel de l’accouchement (si rien ne le justifie bien sur), cela entraîne une réaction en chaîne. A la maison, si vraiment problème il y a, la SF le détecte très rapidement et dans ce cas là, on décide d’un transfert à la mater.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Mais quand la SF s'en va... S’il y a un souci ? Parce que je suppose que tu es dans les choux, donc comment tu fais pour surveiller ton bébé ? Pour voir s'il respire bien, etc.… J'aurais un peu peur d’être seule avec un si petit bébé.

 

Des complications peuvent intervenir pendant que la SF n'est pas là en fait... Et dans ce cas là, t'es quand même toute seule et physiquement faible non ?

 

Y a un truc qui m'étonne, c'est le fait qu'elle t'ait laissé manger et boire... Parce que, toujours dans l'hypothèse où il y a une complication, ce n'est pas mieux d'avoir le ventre vide si on doit te faire une opération ?

 

 

 

Chris, 34 ans, Toulouse

 

Et comment tu as fait pour l'aîné Mélie ? Il était présent ou bien quelqu'un te l'a gardé ? Moi, je n'aurais pas voulu que ma fille me voit car même si je n'ai pas hurlé, je soufflais comme une dingue et j'aurais eu peur qu'elle soit traumatisée. J’aurais eu peur qu'elle ne veuille pas d'enfant par la suite… C'est peut être idiot comme réaction... Je pense que les femmes ne sont pas du tout informées sur tout ça et c'est bien dommage. Personnellement, je pense que pour un premier accouchement, l'hôpital est rassurant. J'ai une amie a qui on a fait une césarienne en urgence car bébé ne passait pas. Ils ont du le faire remonter dans son ventre ! Quelle naissance horrible ! Mais dans ce cas là, si elle avait été à la maison, je ne sais pas comment ça se serait passé ? Les femmes devraient être mieux encadrées durant la grossesse et bien informées sur toutes les techniques et avoir le choix, tant que cela ne met pas en danger la vie de la femme et du bébé, bien sur. Je suis contente d'avoir trouvé cet hôpital où il y avait un vrai respect bien loin de l'inhumanité de certains où ce qui prime est la maîtrise du temps du médecin et des SF. C'est vrai que ton accouchement paraît idyllique Mélie !

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Très franchement, j’étais beaucoup plus en forme après mon AAD, qu’après l’accouchement à l’hosto avec la péri. Quand la SF part, elle s’est assurée avant que le bébé allait bien. Je me souviens d’avoir mangé un plateau repas avec mon homme sur mon lit, mon petit dormait à coté de moi, puis je suis restée allongée avec lui, c’était merveilleux. Pour le fait de manger et de boire, un accouchement, c’est aussi une performance physique. Aucun marathonien ne ferait une course sans manger et sans boire. Ton corps a besoin d’énergie. A chaque instant, même aujourd’hui, il peut t’arriver quelque chose. Tu auras mangé, tu te feras peut-être opérer d’urgence, les médecins font avec, même si tu as l’estomac plein.

 

Quant à la question sur « qui assiste à l’AAD », je suis d’accord sur l’effet traumatisant d’un accouchement pour les jeunes enfants. Je suis très « nature » mais je suis aussi une maman responsable.

 

Pour mon grand, on avait décidé que si c’était la nuit, il resterait dormir dans sa chambre pour découvrir son petit frère à son réveil mais ça a eu lieu en pleine journée, pendant les vacances donc son papa l’a emmené chez un copain.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je vais continuer à réfléchir mais je pense que c'est plus sage pour moi ce que dit Chris. Je suis déjà tellement dans le questionnement que ce serait peut être mieux que mon premier accouchement soit à l'hôpital, encadré. Par contre, j'ai la chance d'être tellement sur la défensive aussi par rapport au milieu médical, depuis mon curetage, que je vais bien me renseigner pour savoir ce qui va se passer. Je veux que tout se passe bien pour ma fille, moi et mon homme (dans cet ordre là, au pire, lui il va s'évanouir).

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Pour accoucher, une femme a besoin de se sentir en sécurité. Pour certaines, comme moi maintenant, c’est à la maison, pour d’autres, ce sera un milieu plus médicalisé. Chacune ses choix, tout est respectable. Pour moi, c’est le deuxième à la maison. Ce qu’il faut, c’est savoir ce que l’on souhaite vraiment et surtout ce qu’on ne veut pas subir ou plus subir.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Pour l’AAD il faut encore que je réfléchisse et surtout que j'en parle avec ma gynéco mais il y a un truc que je me demande, plutôt logistique...
Un accouchement, c'est pas super super propre ! Je veux dire qu'il y a du sang et d'autres choses... Comment ça se passe ? Tu peux aller aux toilettes quand tu sens que tu en as envie ou tu n'as pas assez de force ?
En gros, je me dis que je vais tout tâcher et que mes cris vont apeurer les voisins...
C'est peut être bête comme questions mais si je ne les pose pas ici...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Mon ex-gygy était farouchement opposée à l’AAD et a même voulu attaquer ma SF en justice !!! Pour ce qui est de la logistique, techniquement parlant, tu n’as pas besoin de grand chose. Pour répondre à ta question, oui tu te lèves quand tu veux pour aller aux toilettes, et puis beaucoup de femmes font une partie du travail en marchant, ça aide le bébé à descendre. Pour ce qui est du sang ou du liquide amniotique, il n’y en a pas tant que ça… Et tu ne saignes pas pendant tout le travail. En général, tu peux perdre un peu de sang avec le bouchon muqueux où quand tu n’es vraiment pas loin de l’expulsion mais ce sont des filets de sang… Après, pour l’expulsion, on avait acheté des alèses jetables tous simplement. La SF les a installé sur le lit au moment de passer à la dernière phase... On avait également protégé notre lit au cas où mais cela n’a pas était utile. Je n’ai pas le souvenir d’un accouchement sanglant. Dès qu’une alèse était un peu tachée, la SF la changeait. La pièce est donc restée toujours très propre. Pour les cris, tu sais, il y a des femmes qui crient, d’autres qui grognent, d’autres qui soufflent, d’autres qui gémissent… Je sais qu’à la fin, j’émettais des sons que je n’aurais jamais soupçonnés avant. Mon homme ma dit qu’avec le recul, ce n’était pas si fort que ça. Et nos voisins du dessus ne se sont doutés de rien...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Ton gynéco ne peut pas attaquer ta SF ?!?! C'est pas illégal l'AAD ! Ici, je pense que c'est bien accepté, je ne sais pas en fait, je vis dans un pays sans le connaître vraiment... Quand je sors, c'est dans un petit périmètre et pas pour très longtemps... En tout cas, c'est ma gynéco qui m'avait dit en souriant que je pourrais accoucher où je veux, que ça se passerait bien et que je pourrais même accoucher à la maison si je veux. Et au dernier rendez-vous, elle m'a reconfirmé que c'est bien elle qui m'aiderait à accoucher peu importe l'endroit que je choisirais. Je pense que ça peut me correspondre l'AAD si je peux...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Mon gygy n’a pas pu attaquer ma SF, mais il dénigre l’AAD et les maisons de naissance. Pour lui la seule option possible, c’est la maternité et celle de sa clinique. Quand je lui ai parlé de l’hôpital public, il est monté sur ses grands chevaux ! Bref, en Angleterre, il risquerait même de devoir payer une amende pour ça ! C’est interdit là-bas pour un médecin de dire que l’AAD est plus dangereux que l’hôpital car aucune étude ne le prouve, donc ils considèrent que c’est donner des informations erronées aux patientes. Saches donc que ce n’est pas crade ou salissant. Quelques minutes après la naissance, on ne remarque plus rien, personne ne peut deviner ce qui s y est passé...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je ne suis pas sûre que l'on puisse accoucher librement partout ici non plus. Le Maroc fonctionne avec 10 millions de vitesse je crois, c'est quand même un pays en voie de développement. Je crois que j'ai beaucoup de chance de faire partie de la classe sociale qui peut accoucher librement, d'être française et d'avoir une gynéco qui me le permette. Je crois qu'ici beaucoup de femmes accouchent à la maison, mais par pauvreté parce que les cliniques coûtent cher... Mais comme j'ai dit, je n’en suis vraiment pas sûre, je n'ai pas encore eu le temps de bien découvrir mon nouveau pays. Je vais continuer ma réflexion... De toutes façons, je n’ai que ça à faire...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

En France, le choix existe, mais personne n’en parle. Aucun gygy, ou administration ne montrent ces choix. J’ai reçu, il n’y a pas si longtemps, de la paperasse de la PMI du Département, on te parle de pleins de choses mais toujours d’accouchement à l’hôpital, donc le choix existe mais si on ne fait pas de recherche, on ne peut pas le deviner. Pareil pour les maisons de naissance. Cela existe depuis des années dans nombreux pays et cela fonctionne très bien, mais en France, dès qu’un projet est en cours, il est arrêté net ! La seule maison de naissance qu’ils ont autorisée, c’est à Pontoise à l’intérieur même de la maternité, donc ça n’a plus rien à voir avec les vraies maisons de naissance. C’est à dire amener le confort et la sécurité de la maison dans un endroit ouvert a plusieurs femmes. Dans ce cas-là, c’est devenu, amener de la déco de maison à l’intérieur d’un hôpital pour faire penser à la maison, ce n’est pas du tout la même démarche. Vous verrez qu’en France, on aura des salles de shoot près de chez nous avant d’avoir des maisons de naissance !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

... C'est quoi les maisons de naissance ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

C’est un endroit géré uniquement par des SF. C’est comme une maison, il y a une cuisine, une salle de bain, un salon, des chambres... Bref, c’est une maison. Tu vas là-bas pour accoucher. C’est une alternative à l’accouchement à la maison. En général, tu peux y rester en famille entre quelques heures et quelques jours après la naissance. La création de ces maisons de naissance vient des années 70 aux Etats-Unis. A l’époque, beaucoup de femmes commençaient à dire la même chose que nous, à remettre en question la surmédicalisation de l’accouchement.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

C’est vrai que ça a l'air génial ! Je viens de lire un article là-dessus. Ce qui est un peu choquant, c’est qu’en France, ceux qui défendent les maisons de naissance parlent surtout des économies que ça pourrait entrainer du coté de la sécu. On ne parle pas du bien-être des femmes, de leur liberté et du fait que l’accouchement à l’hôpital devient quasi industriel. C'est bien dommage qu'il y en ait si peu dans le monde, mais les choses avancent puisqu'il y a des gens qui pensent et font de si beaux projets. S'il y en avait une ici, c'est vrai que je signerais (après lecture du contrat).

 

 

 

Magali, 36 ans, Nîmes.

 

L’AAD, ça revient environ à 600 € pour la sécu. Un accouchement à l’hôpital, c’est entre 3000 € et 5000 €. En maison de naissance, c’est pareil, ça reviendrait beaucoup moins cher... Il faut le souligner quand même.

 

 

 

Audrey, 30 ans, Strasbourg.

 

Bonjour à toutes. J'avoue ne pas être d'accord avec tout ce qui se dit et j'aimerais y mettre mon grain de sel. J'ai vécu et accouché en Angleterre et j’ai vu la vétusté des maternités. Je ne suis pas du tout étonnée qu'ils encouragent les accouchements à domicile vue les économies financières que cela représente. Je considère qu'il y a des infrastructures de plus en plus nombreuses en France en maternité pour accoucher selon son choix (sous péridurale, naturellement, provoqué, etc.). Je trouve les gynécologues vraiment très respectueux de tout cela. De plus, accoucher dans la douleur me rappelle des valeurs chrétiennes qui me débectent complètement !  Et pourtant, mon ami et moi avons une approche des plus écolo dans la vie en général. Nous avons une alimentation saine et bio, nous cherchons les produits les plus naturels possibles pour notre bébé (vêtement coton bio, lit en bois non traité) mais si nous sommes bien malades et que notre médecin estime qu'il est nécessaire pour nous de prendre des antibiotiques, nous les prenons. Si je vois que les douleurs sont trop fortes (et c'est ce qui est arrivé lors de mon premier accouchement), je demanderai une péridurale. Je vois également les accouchements à la maison comme étant un risque supplémentaire. Dans 90% des cas, tout se déroule très bien, c'est génial, cela fait de beaux souvenirs, mais dans les 10% restants, c’est un cauchemar. Vous devez partir à la maternité en ambulance dans un stress pas possible.


 

Je me rappelle d'une femme qui prônait l'accouchement à domicile et qui avait fini par accoucher dans la salle d'accueil d'un hôpital. C'était vraiment triste à voir et moche. Et pourtant, cette femme semblait satisfaite du déroulement de son accouchement ! Personnellement, je préfère accoucher dans une maternité normale avec une péridurale.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Cette discussion ne prône pas l’AAD, elle parle de ce choix parmi d autres. Je voudrais juste t’expliquer que si les femmes souhaitent accoucher aujourd’hui sans péri, ce n’est pas par conviction religieuse, mais simplement pour être actrices de leur accouchement et éviter les problèmes liés à la péri pour le bébé et la maman. Après, chacun ses choix, on est toute libres de choisir ce qu’on veut, en connaissance de cause. Sur le fait que 90 % des accouchements se passent sans aucun souci médical, oui, c’est bien le chiffre, mais je voudrais rappeler que n’importe qui ne peut pas faire un AAD ! Il y a une sélection au départ, et tout le long de la grossesse. Les mamans à risque sont écartées tout de suite. D’ailleurs, aucune étude n’a pu prouver que l’AAD est plus risquée qu’un accouchement à la maternité. 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Ton grain de sel m’a brûlé la bouche dis donc ! Il pique !
Tu dis qu’il y a des infrastructures de plus en plus nombreuses en France en maternité pour accoucher selon son choix (sous péridurale, naturellement, provoqué).
Excuse moi, mais aux dernières infos, les SF et le milieu médical en général n'ont pas l'air vraiment satisfaits des fermetures et des regroupements de cliniques un peu partout en France...

 

Avant tu écris qu’en Angleterre, tu n'es pas du tout étonnée qu'ils encouragent les accouchements à domicile vue les économies financières que cela représente. Est-ce que tu crois qu'ils enverraient mères et enfants à la mort à la maison pour des économies ?

 

Quand tu dis que tu trouves les gynécologues vraiment très respectueux de tout cela, ça veut surtout dire que tu as un bon gynéco, félicitations ! Je ne pense pas qu’on puisse faire de telles généralités. Je n'ai jamais su trouver un bon gynéco à Bordeaux et mes copines et moi, faisions le parcours du combattant pour en trouver un, et après le délai d’attente était décourageant. Ils ont souvent un ton paternaliste qui me dégoûte chez un soignant ! Je ne cherche pas un père mais un médecin compétent... Je ne l'ai jamais trouvé en France... Je dois être malchanceuse ou chiante ou les deux !

 

Quand tu dis qu’accoucher dans la douleur te rappelle des valeurs chrétiennes qui te débectent complètement, alors
là par contre, tu m’offenses aussi, je suis chrétienne ! Peut être que tu pourrais te renseigner un peu plus sur les valeurs chrétiennes concernant la médecine, ou juste respecter les croyances des autres. Les chrétiens aussi prennent des antibiotiques. Par rapport à la péri, chacune sa vie, et c'est bien ce qui est dit ici, depuis le début. Je suis chrétienne et si j'ai trop mal je demanderais la péri si fort que tu m'entendras peut être en France ! Et pourtant en même temps, ça ne m'empêche pas de vouloir accoucher à la maison et d'être complètement indifférente au bio ! Je suis peut être énervée mais là sur le truc des chrétiens, tu m'as gonflé !

 

 

 

Audrey, 30 ans, Strasbourg.

 

Je pense que nous sommes d'accord sur le principe...
Je sais bien qu'accoucher dans la douleur n'est pas qu'une valeur chrétienne, mais c'est ce que ça me rappelle…

 

Je tiens tout de même à préciser que la discussion est très intéressante...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Non, non, on n’est pas d'accord du tout !
Accoucher dans la douleur n'est pas une valeur chrétienne ! C'est quoi ces bêtises ? Tu crois qu'on fait vœux de douleurs quand on est chrétien ?
 « Tu enfanteras dans la douleur » est une réalité physique, pas une valeur morale…

 

 

 

Audrey, 30 ans, Strasbourg.

 

Et pourtant beaucoup de femmes très pratiquantes refusent catégoriquement toute aide pour soulager la douleur justement pour « enfanter dans la douleur ».

 

 

 

Lara, 34 ans, Bayonne.

 

Personnellement, j’ai accouché pour mon deuxième bébé sans péri et je pense que je ferai la même chose pour le prochain. Pas par conviction religieuse, mais simplement parce que pour moi cette douleur n’est pas un problème ! Je m’y prépare à cette douleur, elle fait même partie de la relation que j’ai avec mon bébé, même maintenant. Cette douleur, je l’accepte et pas parce que je suis croyante, elle me semble normale. Ce qui me choque, c’est quand je vois dans une émission à la télé une femme en plein travail en train de faire des mots fléchés... Ça me rend triste pour elle. Après, je respecte tout à fait le choix de chacune, mais j’ai vécu mon premier accouchement en deux temps trois mouvements, ça m’a vraiment laissé un mauvais souvenir. Je suis d’origine espagnole, on est croyant chez nous, mais ça n’interfère en rien dans mes choix.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je trouve que c'est respectable quand même et que c'est pas la peine de dresser tout de suite l'échafaud parce que certaines veulent aussi le côté « roots » de la vie et il en va de leur liberté puisqu'elles vont au bout de ce qu'elles ont choisi, comme toi. C'est ça aussi le libre arbitre chrétien qui fait que chacune fait comme elle peut, comme elle veut. D'ailleurs, combien y a t-il encore de femmes très pratiquantes en France ? Très peu…

 

 

 

Lara, 34 ans, Bayonne.

 

Je voulais juste rajouter que je trouve vraiment triste le nombre de femmes qui regrette leur accouchement. Oh bien sûr, juste après la naissance, tout est beau, on entend des « c’était merveilleux » et plus les mois passent, plus les discours changent. Les « si j avais su » apparaissent, les femmes se documentent, et se mettent à désirer autre chose pour les prochaines naissances. Je voudrais parler du cas d’une amie. Après la naissance de son premier bébé, elle était ravie. Quand elle en parlait, c’était génial, tout était génial, la SF était géniale ! Seul problème et pas des moindres, l’épisio, qui lui a pourri son retour à la maison pendant des semaines. Elle a dégusté !! Elle m’a raconté. Cela faisait 30 minutes qu’elle poussait et la SF lui a dit que comme les 30 minutes étaient dépassées et que le bébé n’était toujours pas sorti, elle devait appeler le gygy pour sortir sa fille aux forceps. Forcément, mon amie a paniqué. Alors pour la rassurer, la SF lui a dit qu’elle lui laissait 5 minutes de plus. Sa petite allait très bien, son rythme cardiaque ne posait aucun souci. La SF a alors pris les ciseaux, a coupé et sa petite est sortie. Mon amie était contente sur le coup parce qu’elle avait évité les forceps ! Maintenant, avec le recul, elle se dit qu’elle a surtout eu une épisio qui n’était pas justifiée. A cause de ce foutu protocole médical (les fameuses 30 minutes de poussée), elle avait failli en plus avoir les forceps. C’est ce genre d’histoire qui me donne envie de vomir, elle a dû subir une épisio inutile qu’elle gardera toute sa vie, qui peut-être se ré-ouvrira lors de son prochain accouchement, tous ça parce qu’elle n’était pas informée…

 

 

 

Audrey, 30 ans, Strasbourg.

 

Par rapport à la péridurale, je m'accroche toujours à mon expérience du premier accouchement. Pour préciser un peu plus ce que je disais tout à l’heure, je m’étais dit avant, pendant ma grossesse, que j'essayerai de tenir le plus longtemps possible sans péridurale, voire de m'en passer et si je n'y arrivais pas, que j'en prendrais une. Et lorsque les douleurs sont devenues trop intenses à mon goût et surtout trop rapprochées, je leur ai demandé s'il était possible d'avoir la péri tout de suite. Ils ont essayé de m'en dissuader mais j'ai insisté et je l'ai eu. Ca m'a fait le plus grand bien, j'ai pu enfin me relaxer, reprendre un petit peu d'énergie avant de devoir pousser. Lorsque la sage femme m'a réexaminé et qu'elle a vu que j'étais à 10 cm, elle a baissé la dose afin que je puisse sentir les contractions et pouvoir pousser lorsque je le sentais. Résultat des courses, j'étais je pense moins fatiguée que si je n'avais pas eu cette péridurale. Je n’ai donc pas été complètement actrice de mon accouchement seulement pendant 2 à 3 heures... Le reste du temps, j'ai beaucoup marché pour accélérer le travail ensuite je me souviens que l'on m'avait donné du gaz hilarant que je pouvais prendre lorsque j'avais les contractions. Pour moi, la péridurale est un souvenir excellentissime que je recommanderai à tout le monde. On n’a pas besoin non plus de la demander tout de suite à notre arrivée à l'hôpital mais lorsque la fatigue se fait ressentir après des heures de travail. Mais c'est mon avis...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Audrey, il faut que tu saches simplement que toutes les maternités ne proposent pas de péri que tu peux doser alors que théoriquement, c’est l’avantage de la péri par rapport à la rachi. Pour mon premier accouchement, c’était une injection et c’est tout ! Et le fait de marcher ou de prendre le gaz hilarant, c’est pareil ! Comme les ballons, les baignoires, ou les différentes positions. La maternité près de chez moi ne proposent rien de ce genre. Si tu souhaites accoucher sans péri, ils te conseillent de rester le plus longtemps possible chez toi, car eux ne peuvent pas t’aider. En plus, le monitoring se fait en continu, donc tu ne peux pas bouger ... Alors après, péri ou pas péri, chacun son choix, mais faut-il encore avoir le choix ?
 Je me souviens que quand j’ai vu l’anesthésiste pendant ma deuxième grossesse, je lui ai dit que je ne voulais pas la péri. Il m’a alors regardé et m’a dit qu’un accouchement « ça fait mal ! » et que je ne me rendais pas compte !! Comment une femme peut-elle garder confiance en elle quand même le corps médical lui dit qu’elle ne pourra pas s’en passer, quand son entourage lui dit la même chose et quand à la maternité, la seule proposition qu’on on nous fait, c’est la péri et aucun soutien, baignoire, massage…

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Moi ça me fait rire un anesthésiste qui dit à une femme enceinte « vous ne vous rendez pas compte, ça fait mal... ». Lui qui a sorti tant d'enfant de son ventre, c'est vrai qu'il peut mieux se rendre compte !

 

 

 

Audrey, 30 ans, Strasbourg.

 

Je pense que la différence entre toi et moi, c'est que je vis à Strasbourg où il y a 5 maternités au total et je crois qu'il y a concurrence entre elle. Elles sont quasiment toutes équipées de salles nature et l'ensemble des gynécologues ont bien compris ce choix des femmes de pouvoir accoucher selon leurs envies. Je pense qu'ils sont plus à l'écoute. Cela dit, pour mon premier garçon, j'ai accouché en Angleterre dans un hôpital civil tellement vétuste que j'ai dû amener mes coussins (c'était plutôt rigolo) et j'ai adoré. Je pense qu'ils ont compensé leur manque d'équipement par une bonne attention apportée aux parents... Tu penses donc que si tu avais une maternité ayant des salles nature, tu accoucherais à la maternité ?

 

 

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Maintenant que j’ai découvert le bonheur d’accoucher chez moi, non. Tout simplement parce que même si on me laissait accoucher comme je le sens, c’est à dire bouger, manger, boire, crier, me déshabiller , me rhabiller, prendre un bain, reprendre un bain, marcher, me mettre sur mon ballon, râler, n’avoir qu’ une seule et unique SF pendant toute ma grossesse et mon accouchement, sans TV à répétition, sans aucun geste invasif, aucune méthode pour accélérer le travail, sans épisio, avec mon bébé en peau à peau le temps que je veux…Et bien même si on me garantissait tout ça, je préfèrerais rester à la maison, parce que c’est vraiment l’endroit où je me sens le mieux ! C’est forcément très intime et j aime ca !!!

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Audrey, tu m'as tellement énervé que j'ai pu me lever, prendre une longue douche debout et me coiffer toute seule ! Je vais même faire tourner une machine 
Je me disais « merci mon Dieu », vaut mieux lire ça que d'être aveugle !!! 
Enfin... Ce sont beaucoup de sottises et de préjugés je trouve, même si c'est ta façon de nous voir pauvres chrétiens ! C’est plus constructif de raconter ton accouchement je trouve.

 

Je crois que ce n'est pas si étonnant que tant de femmes disent qu'elles prendront peut être la péri pour le premier accouchement, parce qu'on ne connaît pas notre seuil de tolérance à cette douleur là puisque c'est une douleur qu'on ne connaît pas… 
C'est vraiment une aventure fantastique dans l'inconnu et même en se préparant, on s'interroge... 
C'est super important que chacune donne son point de vue, son expérience, en laissant la porte ouverte au libre choix, qui après information est une affaire personnelle. A ma grande surprise, mon homme a bien aimé l’idée de l’AAD. Je crois qu'avec plus d'information, si je me/le rassure, si j'ai les mots qu'il faut (dans l'oreille et dans la bouche), on pourra y penser sérieusement... La préparation se fait tranquillement et au fur et à mesure de mon choix, je me rassure, je m'affirme même !  C'est des bonds de géant que je fais avec cette préparation, autant en tant que mère qu'en tant que femme.

 

 

 

Magali, 36 ans, Nîmes.

 

Si je devais accoucher une nouvelle fois en maternité, je ferais un projet de naissance du genre « Indiana Jones » ! Lol !

 

Refuser la péri et être aider dans se sens. Etre libre de mes mouvements. Refuser tous gestes cherchant à accélérer le travail comme la fameuse perf d’ocytocine, ou le bon vieux perçage de la poche des eaux. Pouvoir manger et boire sans avoir à le faire en cachette. Pouvoir donner mon avis sur la pertinence et le nombre de TV. Pouvoir choisir ma position d’accouchement. Refuser net toute épisiotomie. Garder mon bébé sur moi, en peau a peau, le plus longtemps possible. Des soins pour bébé pratiqués à coté de moi ou visibles sur un écran. Pas de collyre et d’aspiration. Pas de pression abdominale pour expulser le placenta. Pouvoir faire une sortie précoce de la maternité après les 2 heures obligatoires.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

En fait, pour moi, je crois que ma liste de souhait pour mon accouchement se fait naturellement ce mois-ci. Je te dis ce que j’ai noté…

 

- Je ne veux que le strict minimum de gens autour de moi, de préférence des femmes. Je ne veux pas participer à la formation d'un interne et je ne veux pas qu'on s'entraîne à l'accouchement sur moi.

 

- Je ne veux pas qu'on me saoule avec la péridurale, j'aimerais qu'on ne m'en parle même pas. Qu'on me la fasse si je la demande mais en m'expliquant s'il y en a encore pour longtemps, si je peux continuer sans, parce que ce ne sera plus long.

 

- Je veux que mon intimité soit respectée à tout moment. Je suis pudique et je tiens à le rester même si je suis inconsciente.

 

- Je veux pouvoir me mettre sur le côté, ou autrement selon les possibilités, mais qu'on ne me fasse pas ch*** avec les étriers, je déteste ça.

 

- Je ne veux pas qu'on me force à pousser.

 

- Je ne veux pas d'épisiotomie.

 

- Je veux que le Papa de ma fille puissent venir et sortir quand il le veut et qu'on ne le force en rien, qu'il soit libre, qu'on ne le force pas à s'investir plus qu'il ne le peut/veut... Et qu'on le respecte.

 

- Si je peux accoucher en musique, ça me ferait plaisir de pousser sur un Ave Maria.

 

- Je ne veux pas qu'on coupe le cordon de ma fille tout de suite.

 

- JE NE VEUX SURTOUT PAS QU'ON L'EMMENE LOIN DE MOI SANS QUE J'AI VU QU'ON LUI METTE BIEN SON BRACELET AVEC SON NOM DESSUS (OU SANS SON PÈRE). J'ai hyper peur des échanges de bébé... Ne rigolez pas...

 

- Je veux qu'elle reste avec nous le plus longtemps possible en salle d'accouchement, même si je m'endors, son père la gardera et après je veux qu'elle dorme avec nous, dans la chambre.

 

- Je veux rester le plus proche possible d'un accouchement naturel si j'en ai les capacités.

 

- Je ne veux pas qu'on provoque mon accouchement si ma fille et moi pouvons encore attendre un accouchement naturel. Je préfère aller à la clinique tous les jours faire un contrôle ou même rester à la clinique.

 

...Le reste, je ne sais pas, comme c'est le premier, je me dis que je mangerai avant de partir si je m'en souviens... Dans ma tête, j'ai un dicton qui résonne : « on planifie et Dieu rigole » donc j'en parlerais avec ma gynéco et je ferai en sorte d'être aussi têtue que d'habitude... Mais je crois que je ne demande pas la lune !

 

 

 

Nathalie, 28 ans, Gap.

 

Une question que je me suis posée après mes deux accouchements à l’hôpital, pourquoi coupent-ils le cordon si vite ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

C’est comme ca, histoire de protocole hospitalier, histoire de pouvoir vite emmener le bébé aux soins même s’il va bien. Ici, on coupe le cordon une minute après l’arrivée du bébé, alors que des études très sérieuses affirment qu’il serait plus judicieux d’attendre 3 ou 4 minutes, voire 5 minutes. Cela éviterait des risques d’anémie, d’hyperactivité, d’autisme, de difficultés d’apprentissage et même de mort subite. Ça fait partie des choses que l’on pratique, qui ne sont pas justifiées médicalement mais bon, on fait comme ça depuis 40 ans, on leur a appris comme ça, donc on ne change rien. Heureusement, les mentalités évoluent grâce à du personnel qualifié et surtout, des mamans plus informées.

 

 

 

Virginie, 29 ans, Poitiers.

 

Très intéressante votre discussion...
J'en suis loin, mais je suis sûre de vouloir beaucoup plus m'investir pour mon deuxième accouchement.

 

J’ai eu quelques difficultés pendant mon premier accouchement alors je n’en suis pas encore à penser à l'AAD. Ma fille avait deux fois le cordon autour du cou et une fois autour de l'épaule. Elle ne pouvait pas descendre, donc on m’a fait une césarienne avec péri. J'étais donc bien contente d'être à l'hôpital.

 

J'ai été suivie à la maternité donc je trouvais plus simple d'y rester.

 

Je me suis donc renseignée sur leurs méthodes. Rien de spécial, pas d'haptonomie, pas d'accouchement sur le coté, péri, cours normaux de prépa avec une SF... Bref, je me suis dit, tant pis on va rester... Mais en effet, pas le droit de boire ni de manger avec 18h de travail et 15h de méga contractions… Bonjour l’angoisse !

 

Pour résumer : perte des eaux à minuit jeudi soir, arrivée à la maternité à 1h, pas de contractions, salle de travail, monitoring, mesure du col régulier. Jusqu’ici tout va bien ! Comme ça ne bougeait pas malgré des grosses contractions, on m’a posé une bandelette pour accélérer le travail. Je réclamais la péri mais on m'a dit qu’il fallait attendre 16h pour l’avoir. D’ailleurs, mon mari est rentré 2 fois à la maison car ça n’avançait pas...
A 13h30, je n’en pouvais plus d'avoir mal, je m'endormais d'épuisement entre 2 contractions toutes les 4 minutes. A 15h45, j’ai dit « stop, je veux la péri ! » Je suis donc partie en marchant à la salle de travail pour qu’on fasse enfin ce que je demandais, vers 16h30. Enfin je respirais… Vérification du col régulière et je suis rapidement à 6... On m’a alors posé une deuxième bandelette pour remplacer la première qui n’avait pas fonctionné, mais au bout de quelques temps, vers 17h15, on m’informe que le sang du bébé n’est plus oxygéné, on va au bloc !
Ma fille est née à 17h59, le gynéco a dit au papa, qu'il était bien content d'avoir ouvert à cause du cordon enroulé...

 

Le papa n'a pas eu le droit de rester, et moi j'ai vu ma fille 5 secondes, pas plus ! Ils l'ont emmené pour l'habiller et je l'ai vu revenir dans les bras de son papa, je l'ai mise au sein, mais mal je crois, allongée et sous péri, ce n’est pas facile ! Personne n’était là pour m'expliquer. Elle a tété à coté, d'où des crevasses dans les jours suivants...
Mes débuts de mère allaitante était déjà compromis... J’ai arrêté au bout de 12 jours, en plus ça ne me plaisait pas trop... Je réessaierais pour le 2ème, promis !

 

Vous voyez, moi aussi je me suis laissée embarquer, et moi aussi, je veux être plus actrice pour le 2ème.

 

 

 

Mamandésespérée, 29 ans, Marseille.

 

Moi y'a un truc qui m'a toujours chiffonnée concernant la péridurale. C'est vrai qu'on dit que c'est une grande avancée contre la douleur, que puisqu'on peut éviter cette douleur, autant bénéficier de la péri. Je comprends qu'on y ait recours. Mais on dit que c'est sans danger pour le bébé… Pendant toute notre grossesse, on doit faire attention à tout, pas de cigarettes, pas d'alcool, faire gaffe à certains aliments, pas de médicaments sauf du paracétamol. Parce que tout passe par le placenta. Même les petites anesthésies locales sont interdites chez le dentiste. Alors là, on nous immobilise tout le bas du corps et bébé n'a rien ??? Moi je crois au contraire qu'il s'en prend plein la tronche de l'anesthésiant !!! Je reste très dubitative... Vous en pensez quoi ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Je pense que je vais me faire étrangler par les pro-péri mais je pense qu’elle est beaucoup trop utilisée en France. C’est un immense progrès pour des accouchements longs et difficiles… Mais pourquoi, nous en France, nous avons un taux si élevé de péridurale alors que le reste de l’Europe a un taux bien plus bas ? Est-ce que, nous les femmes françaises, ne savons pas accoucher ? Sommes-nous plus douillettes que nos voisines ? Je ne pense pas. Simplement, nous avons des accouchements beaucoup plus médicalisés et beaucoup moins accompagnés qu’ailleurs. Pour moi, la péri a plusieurs impacts. Elle déconnecte la maman de son bébé. Un accouchement, c’est une maman et son bébé ! Car lui, le bébé, continue à sentir les contractions, il bosse tout seul le pauvre. La mère qui est déconnectée des ses sensations ne produit plus toutes les hormones naturelles que l’on secrète durant l’accouchement. La maman ne peut plus écouter son corps et aider son bébé dans son voyage, en changeant de position par exemple. Je crois sincèrement que le bébé reçoit du produit et que ce n’est pas bon pour lui. Une étude a même démontré qu’il y avait beaucoup plus d’échec d’allaitement les premiers jours chez les bébés nés sous péri que les autres. La péri, à mon sens, joue un rôle prédominant sur l’accouchement et les gestes tels que l’épisiotomie, l’utilisation des forceps, le ralentissement fœtale, la poussée dirigée. Enfin voilà, je ne suis pas anti péri, mais je pense que les futures mamans ne sont pas assez informées sur ces risques pour elles et le bébé, et sur le déroulement de l’accouchement que la péri induira.

 

 

 

Isabelle, 37 ans, Nantes.

 

Je suis tout à fait d'accord avec toi, c'est une belle avancée médicale, mais à utiliser avec précautions comme tu dis, pour des accouchements longs, pour des mamans à bout de force. On m'a posé la péri pour mon fils 2 heures avant qu'il naisse, je n'ai absolument rien senti, c'est la sage-femme qui me disait de pousser. Mon fils est né très vite, c'était un gros bébé (4,180 kg) Il a dormi pendant 3 jours, on a vu ses yeux qu'à partir du 4ème jour !!! Et l'allaitement a été un échec, je suis persuadé que la péri est en cause : il n'a jamais eu assez de force pour téter, malgré les immenses efforts des puéricultrices pour le mettre au sein (jusqu’à une demi-heure !!!). Il tétait  3 mn et puis s'endormait. On a tout essayé, les téterelles, même une tétine de biberon !!! Au bout de 10 jours, j'ai laissé tombé, il continuait à perdre du poids (il est descendu à 3,5 kg !!!) et on est passé au bib d'urgence, mais même au bib, il était très lent. De plus, il a fait une jaunisse, ça n'a pas dû arranger les choses... Bon, tout s'est bien terminé. A un mois, il avait repris son poids de naissance, puis il a été en haut des courbes... Voilà, cela rejoint ce que tu dis sur le taux d'échec plus élevé de l'allaitement chez les bébés nés avec péri. Mais j'ai des amies qui ont eu une péri et l'allaitement a marché du tonnerre. Je ne peux m'empêcher de penser que si je n'avais pas eu la péri, j'aurais réussi mon allaitement. C'est pour ça que j'ai vraiment rejeté la péri pour mon 2ème accouchement, et ma fille a tété tout de suite sans problème et ce pendant 5 mois...

 

 

 

Sandrine, 32 ans, Montauban.

 

Moi, si je n'avais pas eu la péri, on m'aurait anesthésié totalement car il fallait faire une césarienne...

 

J'ai une amie qui a accouché il y a 2 mois, ils lui ont fait une péri qui n'a pas marché. Après, ils ont du faire une césarienne, et quand ils ont commencé à l'ouvrir, elle n'était pas anesthésié. Elle a hurlé, elle avait l’impression que personne ne croyait qu’elle avait mal ! Résultat : anesthésie générale !

 

Le bébé va bien maintenant, c'est bien le principal... Mais il y a eu aussi un souci d'allaitement et elle a du arrêter au bout de quelques jours...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Moi, même le mot me fait peur.

 

Si on n'a pas de péri et qu'il faut faire une césarienne, on est anesthésiée totalement ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac

 

S’il doit y avoir une césarienne, soit on te fait une péri, soit une rachi, soit une anesthésie générale. Pour les 2 premières, tu restes éveillée alors que la générale non.

 

 

 

Marianne, 39 ans, Rennes.

 

C'est quoi une rachi ? Je n'en ai jamais entendu parler...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac

 

C’est une technique d’anesthésie qui ressemble à la péridurale, mais on l’utilise surtout pour les césariennes. On pique entre deux vertèbres lombaires, directement dans le liquide céphalo-rachidien, et ça va très vite. Le problème par rapport à la péri, c’est que ça dure moins longtemps et que contrairement à la péri, le produit ne peut être injecté qu’en une fois. On ne peut pas gérer l’anesthésie pendant le travail comme avec la péri.

 

 

 

Siham, 24 ans, Evry.

 

Bonjour, je voudrais vous raconter mon expérience. J’avais 18 ans quand j’ai accouché de mon premier bébé. A quelques semaines du terme, je suis allé à la maternité pour une visite de contrôle et ils m’ont dit que j’étais dilatée à 2 doigts donc ils m’ont donc gardée en observation. La première nuit, rien ne se passe, la seconde nuit, non plus, mais le matin du troisième jour, une infirmière est passée. Je lui ai demandé pourquoi je n’avais pas eu de petit-déjeuner, elle m’a répondu que c’était normal puisque le médecin avait décidé de me provoquer dans la journée. Je n’étais pas au courant, j’étais paniquée ! Comme le papa travaillait, j’ai appelé ma mère qui est arrivée quand j’étais déjà au bloc. On m’a demandé si je voulais une péri, j’ai dit oui sans savoir vraiment ce que c’était, je n’avais jamais eu de contractions et j’avais peur d’avoir trop mal. J’ai eu très mal d’un seul coup, on m’a dit, seulement à ce moment-là que si je ne voulais plus avoir mal, il fallait que j’appuie sur le bouton pour diffuser l’anesthésie. Mais rien ne se passait, j’avais toujours aussi mal. La SF s’est rendu compte que la péri était débranchée mais il était trop tard pour faire revenir l’anesthésiste. J’ai donc accouché sans péri avec une belle épisiotomie, je crois que je sais vraiment ce qu’est la douleur maintenant. J’étais en même temps heureuse de voir mon bébé dans les bras de ma mère et furieuse de ne pas avoir pu mieux profiter et maitriser mon accouchement. L’interne qui me recousait avait l’air complètement hébété et je me souviens avoir réclamé un verre d’eau au moins pendant deux heures après l’accouchement.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

J’ai discuté hier avec une maman qui a accouché il y a quelques semaines. Je vais donc parler de la péri, non pas en ouvrant un débat sur le sujet, chacun fait ses propres choix et on peut maintenant suffisamment s’informer sur internet ou auprès des gygys et des SF pour prendre une décision en parfaite connaissance des risques encourus pour la mère et le bébé. Je discute donc avec cette maman, qui avait choisi de prendre la péri. Elle était même arrivée à la maternité avec des bouquins et de la musique histoire de faire passer le temps... Mais le jour J, pour des raisons médicales, à cause d’un taux de « je-ne-sais-plus-trop-quoi » dans le sang, la péri lui est refusée ! La voila partie pour un accouchement sans péri, chose à laquelle elle n’avait jamais pensé ! Quand elle me parlait de son accouchement, les mots qui revenaient le plus étaient douleur, peur, angoisse, frustration, crispation, refus... Ça l’a vraiment marquée. Alors je lui ai parlé du mien sans péri, par choix. Ce n’est pas que je sois moins douillette que cette femme, mais mon ressenti est tout autre. Bien sûr les contractions sont douloureuses, mais je le savais et je l’avais choisi. Je n’ai jamais lutté contre, je n’ai pas essayé de gérer (un accouchement, ça ne se gère pas !). J’ai accepté, j’ai accompagné, j’ai visualisé mon bébé... Et au final, j’ai eu un accouchement merveilleux. Alors vouloir la péri, c’est un choix mais l’avoir c’est autre chose. Le conseil que je pourrais donner à toutes les futures mamans, c’est de se préparer à accoucher sans péri, de se dire que peut-être, on ne l’aura pas, pour telles ou telles raisons médicales, ou qu’elle ne fonctionnera pas, toutes ces chose arrivent fréquemment. Alors avant de se retrouver pris dans le tourbillon de l’accouchement, submergés par les contractions, à refuser la douleur sans cette anesthésie tant désirée, préparez-vous à ce qu’elle ne soit pas là, dites vous que oui, c’est possible d’accoucher sans et que ce ne sera pas forcément un cauchemar si vous vous y êtes bien préparées.

 

 

 

Corinne, 32 ans, Tours.

 

Moi, la péri, j'avais dit à l'anesthésiste que je la voulais. Et pour un peu, elle m'aurait été refusée, car j'ai une scoliose. Heureusement, elle est située au dessus de l'endroit ou on pique. Mais c'est vrai que pendant ma grossesse, j’ai toujours pensé plus à la gestion de la douleur et à mon comportement face à la douleur qu’à l’anesthésie pendant l’accouchement. C'est bizarre mais, même si les douleurs avaient été très fortes et qu’on ne me l’avait pas proposé, je ne pense pas que je l'aurais demandé. Bon, au final on me l’a proposé et je ne l'ai pas refusé. Ça soulage et au bout de 26 heures de contractions, on m’a finalement fait une césarienne. Par contre et c’est vrai que vous n’en parlez pas beaucoup, l'après césarienne a été pire que les douleurs des contractions.

 

 

 

 

 

Petite Maman, 28 ans, Londres.

 

J'ai toujours voulu une péridurale, mais je respecte le choix des autres à la refuser. A chacun son truc. Je suis une douillette incroyable, et comme je veux un second enfant (plus tard), je ne voulais pas être traumatisée par la douleur. Je ne le regrette absolument pas, et tout s'est bien passé. J'ai d'ailleurs trouvé que ça m'a reposé, car les contractions m'épuisaient énormément !

 

Je ne savais pas qu'à l’Hôpital, ils n'attendaient qu'une demi-heure quand tu poussais. Mais qu'ils laissent ces pauvres bébés sortir à leurs rythmes ! Mon neveu a été défiguré pendant plusieurs mois à cause de ces fichus forceps.

 

J'ai poussé finalement pendant plus d'une heure, et les infirmières surveillaient le cœur du petit… Mon mari qui voulait assister à l'accouchement, souhaitait d’abord rester au niveau de ma tête. Vers la fin, quand je poussais, il était tellement excité qu'il me tenait une jambe pour m'aider à pousser !  Je l'entendais même me commenter ce qu'il voyait !!

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Il est trop fort ton mari lol ! Est-ce qu’on doit apprendre à pousser ? Finalement, ça veut dire quoi, pousser ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

C’est quand la SF ou le gygy, vous disent qu’il faut « pousser ». En fait pour accoucher, on n’a pas vraiment besoin d’apprendre à pousser. On nous l’apprend parce qu’à la maternité, on pratique la « poussée dirigée ». La nature est bien faite en vrai, elle a su rassembler ces cellules, former ce petit être qui a grandi en nous. Notre corps l’a conçu et sait le faire naître. Il faudrait simplement laisser un peu plus de temps à la femme qui accouche, or en France, le protocole veut qu’à dilatation complète, le bébé sorte au bout d’une demi-heure et au delà, on a souvent recours aux forceps, à l’épisio ou aux ventouses. Mais comme on peut le remarquer ici, chaque femme est différente, et chacune aura besoin de « son » temps pour faire naitre « son » bébé. Pourquoi une demi-heure et pas une heure ? Et quand une femme est-elle à dilatation complète ? C’est bien sûr très aléatoire. Tant que le bébé va bien, il n’y aucune raison médicale de presser ce moment. Si l’on attend patiemment et qu’on laisse la femme tranquille, arrive ce qu’on appelle la poussée reflexe. C’est le corps qui pousse tout seul et on peut juste l’accompagner. C’est un instant magique, on sent son bébé progresser petit à petit dans son corps, il fait son travail, il descend doucement, le corps s’ouvre petit à petit. C’est une danse qui s’entame et qui finira par la sortie du bébé.

 

Accoucher n’est seulement un acte physique, c’est aussi très cérébral. Arrivées à dilatation complète, certaines femmes ont besoin d’un temps d’adaptation, de se préparer psychologiquement, de « quitter » leurs angoisses (vais-je y arriver ?). Tant que la femme n’est pas prête dans sa tête, elle peut retarder cette poussée, la refuser inconsciemment en quelques sortes. Il faut que le bébé, lui aussi, soit prêt. Ce n’est pas parce que le col est ouvert qu’il a terminé toute sa rotation. Bien souvent, en imposant une poussée dirigée, on demande une sortie au bébé alors qu’il n’y était pas prêt, d’où un risque que la descente se fasse mal et qu’ il bloque à un endroit. Si la mère a peur et qu’elle bloque elle aussi, ce n’est pas en la forçant à pousser que tout ira mieux. Elle poussera, elle obéira sagement mais la descente ne se fera pas comme il faut et le médecin et la SF risquent de devoir intervenir.

 

Ce n’est pas pour culpabiliser les mères que je dis cela, mais si on est à l’écoute de la mère, si on lui laisse le temps d’appréhender son travail, se poser, se « débloquer » au fond d’elle-même, gommer ou oublier ses peurs, alors  l’expulsion se fera sans aucun soucis. Ce qu’une SF devrait dire à une femme qui arrive à dilatation complète, c est : « prend le temps qu’il te faut ».

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

C'est vraiment rassurant de te lire Mélie, quand tu racontes le travail qui se met en route. En lisant, il m'a tardé d'y être alors que d'habitude c'est plutôt « Ouh bordel » qui me vient en tête.


 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac

 

La douleur des contractions, perso, je ne m’en souviens pas, c’est ça qui est magique ! Je n’en ai aucun souvenir au niveau de l’intensité. Ça faisait même rigoler mon homme car quand j ai eu mes premières règles après l’accouchement, je me tordais et me plaignais. Il m’a regardé et m’a dit : « tu es capable d’accoucher sans péri et tu te plains pour des douleurs de ragnagnas ». Et oui, on n’a pas les mêmes capacités à supporter la douleur suivant les événements. J’ai lu que lors de l’accouchement, on secrète des hormones qui soulagent la douleur, on dit souvent qu’on « va sur Mars » lol. Et c’est vrai. Tu es tellement dans ta bulle, que plus rien n’existe autour, tu perds la notion du temps, ton cerveau est au repos. Je pense que c’est ton corps qui travaille, pas ton intellect. C’est assez troublant quand tu y repenses. J’avais l’impression de ne faire qu’une avec mon bébé et d’être carrément connectée avec lui. Alors la douleur, oui « aie », elle est là mais tu l’acceptes, les contractions vont, viennent, je crois que tu penses aussi à la fin et au moment où tu pourras enfin voir celui ou celle que tu portes depuis neuf mois.

 

Après c’est vrai que j’ai connu une phase de déprime. A un moment, tu en as marre, tu veux que ca s’arrête et c’est là que tu as le plus besoin de soutien. Ma SF dit que quand tu en as vraiment raz le bol, c’est bon signe, le bébé arrive bientôt ! Cette phase bizarre, elle arrive à peu près une demi-heure avant le réflexe de poussée, comme si ton corps te demandait un dernier effort.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je me souviens avoir lu le terme « aller sur mars » mais je crois que l'explication était hors du contexte, je vais voir...

 

…En fait, c'est un moment ou tu déconnectes avant la poussée finale et si tu ne déconnectes pas, tu paniques ?

 

Quand j'ai demandé à ma mère comment c'est d'accoucher, elle m'a dit en souriant « tu as l'impression que tu vas mourir... » Mais comme si elle regrettait cette impression... En fait, c'est l'impression qui vient après l'atterrissage de Mars ?

 

Ps : aujourd'hui grosse envie d'acheter un gros ballon.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac

 

En fait, je crois que si tu ne déconnectes pas, tu souffres.

 

Et la grande différence est là. Les contractions, c’est super douloureux, oui, ça c’est sur, mais si tu te laisses porter, ça fait juste un peu mal et l’accouchement terminé, tu as tout oublier. Si tu ne déconnectes pas, que tu ne lâches pas prise, alors là, tu souffres, et la souffrance, ça te marque, tu vas t’en souvenir toute ta vie.

 

Isabelle Brabant dit dans son bouquin « Une naissance heureuse », que plus une femme est tendue et se crispe à chaque contraction et plus la contraction lui semblera douloureuse. Car le but de la contraction, c’est de faire ouvrir le col, pour laisser place au bébé. Si tu te crispes, tu crispes tous tes muscles, et tu bloques l’ouverture ou tu ne la facilites pas, et donc c’est beaucoup plus douloureux.

 

 

 

Emy, 35 ans, Paris.

 

Mélie, tu parles de déconnection comme d'autres femmes dont je suis allée lire les témoignages. C'est drôle, moi je n'ai pas eu du tout ce sentiment d'être enfermée dans une bulle, bien au contraire. J'ai pu bénéficier de la baignoire pour gérer mes contractions et de cette heure et demi dans l'eau, j'ai un souvenir très précis, très joyeux, partagé avec mon mari qui a testé tous les boutons de la baignoire ! (Vagues, lumière, odeurs puisqu'il y avait une fonction aromathérapie !) Il me passait le jet d'eau chaude, me réconfortait, bref on a beaucoup ri et j'ai peu de souvenirs de douleur. Par contre une fois sortie, envie soudaine de pousser...Et grosse panique car j'avais longtemps attendu ce moment dont beaucoup parlent. J’étais très impatiente de sentir cette fameuse envie irrémédiable de pousser. Là, je me suis faite envahir par cette vague inconnue que je ne pouvais contrôler et heureusement que les voix douces des SF étaient là. Je ne me suis pas fermée bien au contraire, mes oreilles étaient grandes ouvertes à leurs paroles, à celles de mon mari. Souvenir énorme de mes yeux dans ceux de mon chéri qui me serrait la main et m'encourageait de son regard...Et ma merveille qui est arrivée vers moi... Je ne cache pas que j'ai eu mal, j'ai hurlé... Mais j'ai senti ma puce naître et ça, c'est un souvenir inoubliable. J’ai moi aussi paniqué parce que ce sentiment de ne plus rien maîtriser est vraiment surprenant. Un accouchement, ça se vit, il faut accompagner son corps qui fait naître ce bébé et accompagner ce petit être que l'on a hâte de rencontrer. Les douleurs sont là mais vite oubliées. Voilà, c'est drôle de voir comme chacune peut ressentir son accouchement.

 

PS (pour Audrey lol !) : je suis catholique, croyante, pratiquante, mais pas masochiste, j'ai juste choisi, essayé, de mettre mon enfant au monde de la manière la plus naturelle que je le pouvais, comme tous les mammifères depuis la nuit des temps.

 

 

 

Audrey, 30 ans, Strasbourg.

 

Je viens de lire le PS d’Emy… Je tenais juste à m'excuser auprès de vous que je n'ai certainement pas voulu vexer. Je suis également chrétienne et je partage certaines de ses valeurs. Cela dit, il est vrai que certaines femmes veulent accoucher sans aucune aide médicinale avant tout par conviction religieuse. Dans mon discours, je n'ai jamais dit que toutes les femmes qui accouchaient naturellement le faisaient par conviction chrétienne. J'ai simplement dit que ça me rappelait cette conviction. Mon intention n'était pas du tout de choquer. J'ai peut-être écris trop rapidement ce qui me passait par la tête en pensant être claire.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Audrey, je trouve ça super que l’on ait pu échanger nos idées et nos impressions sur le fait d’accoucher avec ou sans péri, avec ou sans conviction. Je pense que tu n’es pas la seule à avoir ce sentiment qui associe religion et « non péri », voire « anti péri ». Pouvoir en discuter fait toujours avancer les choses et améliore la compréhension.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Audrey, pour ma part, je ne suis plus fâchée, j'accepte tes excuses bien sûr et te présente les miennes aussi... Ça  me fait même rire maintenant, ça prouve que même après plus de 4 mois allongée à vomir, je suis toujours la même. J'aime et me sens profondément aimée de Dieu, je ne suis jamais seule grâce à Lui et Il m'a aidé dans toutes mes épreuves, sauf quand moi je L'ai laissé. Souvent, je n'avais que Lui et je crois sincèrement que si on attaque la personne que tu aimes et respectes le plus, ou ton amour pour cette personne, tu dois te battre et le défendre. Je n'oblige personne à croire, mais je ne veux pas non plus qu'on me pousse à ne plus croire. Chacune fait son parcours.

 

Je croyais m'être perdue, grâce à toi, j'ai vu que même enceinte, je reste moi. Au fond. Donc en fait… Merci Audrey.

 

Hier j'ai expliqué à mon homme en me couchant, que je voulais peut être accoucher à la maison, que ça me plaisait de plus en plus... Que je voudrais avoir ma lumière douce de notre chambre, ma musique, ma commode en face de moi avec tous nos souvenirs qui font que je suis arrivée jusqu'à lui... Et il m'a dit « ah oui ? Et il faudra embaucher une femme de ménage pour l'eau chaude ? » (Ne vous moquez pas de mon chéri) Je lui demande pourquoi une femme de ménage ??? Il me dit « Bein, c'est moi qui vais devoir faire chauffer l'eau alors ??? ». 
Il m'a fait rire ! J'en rie encore en fait. Je ne me moque pas parce qu'il n'y a pas si longtemps, moi non plus, je ne savais rien sur l’AAD alors je lui ai expliqué que le rôle de l'eau chaude est pour faire passer les contractions en appliquant des compresses d’eau chaude sur le bassin, mais qu’on pouvait tout aussi bien prendre l’eau chaude du robinet maintenant. Je lui ai parlé de la baignoire pour prendre des bains pour se détendre toujours dans la fameuse eau chaude. Bon, il est pas super d'accord mais il sait que je prendrais la solution la plus adaptée à nous trois donc j'ai encore bon espoir. Si je choisis l'AAD, je pense qu'il sera présent... Peut être malade, mais présent.

 

Et par contre je flippe de l'épisio ! C'est obligatoire en clinique dans une situation donnée ?

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac

 

L’épisio, c’est le cauchemar de toutes les mères. Enfin, ça devrait être le cauchemar… En tous cas, l’épisio systématique n’a aucune utilité. Si tu n’as pas la péri, ils te font une anesthésie locale, et ils coupent pendant une contraction comme ça tu ne le sens pas. Maintenant, tout bon médecin te dira qu’il ne pratique l’épisio que si nécessaire... Lol ! Le plus simple, c’est de demander avant le pourcentage d’épisio pratiquées dans la maternité où tu vas accoucher. Et là, ils vont commencer à faire la gueule ! Si le chiffre dépasse les 70 % voire même 90% pour les primipares, alors là, tu sais que l’épisio est pratiquée de façon systématique. Pour te dire, l’OMS recommande un taux inferieur à 10% lol !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Y a vraiment des trucs bizarres qui se passent par rapport aux accouchements. On dirait qu'il y a des tas de non-sens, moi ça me rend perplexe tout ça !  J'espère vraiment que je vais éviter la boucherie et accoucher de ma fille sans avoir l'impression qu'on m'a volé quelque chose... J'ai expliqué en détail à mon homme en quoi ça consistait. Là par contre sans prendre de gants, je lui ai bien dit de se rappeler que je n'en veux pas ! C'est le truc qui me fait le plus peur je crois... Du coup, je lui ai montré une vidéo sur Youtube ! Hahaha, il était dégoûté !!!

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Si ma mémoire est bonne, l’utilisation systématique de l’épisio est arrivée en même temps que la médicalisation de l’accouchement, c’est-à-dire, il y a 20 ou 30 ans. C’était les années des premières péridurales, la « position gynécologique » sur le dos avait été adoptée, donc ces femmes se sont retrouvées dans une position anti physiologique, et complètement shootée car à l’époque, la péri te shootait encore plus que maintenant. Elles ne ressentaient plus rien du tout ! Au moment de pousser, c’était respiration bloquée, poussée de toutes leurs forces, mais les bébés avaient beaucoup de mal à sortir, donc on régla le problème avec l’épisio. Faut ajouter qu’à l’époque, on avait très souvent recours aux forceps pour sortir les bébés. Donc ça donnait une femme allongée, qui ne ressentait rien, qui n’arrivait pas à pousser correctement et un bébé qui s’engageait mal donc épisio et forceps, la formule magique ! Et la routine s’est installée. Je crois que c’est à partir de cette époque que les médecins se sont mis à dire « je vous accouche » alors que c’est la femme qui accouche. Mais forcément, à partir du moment où la femme est inerte durant son accouchement, elle a besoin d’un médecin pour faire naitre son bébé et manifestement la confusion s’est installée. On a donc décréter que les femme ne savaient plus accoucher et qu’heureusement les process médicaux étaient là pour faire le boulot !  La boucle est bouclée. Il y a encore peu de temps, une élève SF ne pouvait obtenir son diplôme que si elle avait réalisé au moins 30 épisio durant son stage.

 

La place du père

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai une question svp... Quels sont la place et le rôle du papa pendant l'accouchement ? Est ce que ça vous a aidé qu'il soit là ? Est ce qu'il vous a manqué s'il ne pouvait pas être là ? En gros, que faire du papa dans ce moment là ? Parce que Homme est de très bonne volonté, mais il ne sait pas lui même quoi faire pendant ce temps là donc on se demandait…

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Vaste question. Je vais te faire part de mon vécu. Pour le premier accouchement en maternité, mon homme n’a jamais vraiment réussi à trouver sa place. La SF lui avait donné un vulgaire tabouret et il était assis à coté de moi. Il devait sortir à chaque examen, vêtu de la coiffe, de la blouse, et enfin des super sur-chaussures ! Il s’est senti complètement mis à l’écart, il ne pouvait rien faire et surtout, ne savait pas quoi faire. On discutait en regardant les chiffres du monito à chaque contraction, bref ce n’était pas ça, ni pour lui, ni pour moi. A un moment, il est même parti se balader pendant que je m'endormais...

 

Avec le recul, il a dit qu’il avait senti qu’il n’y avait aucune place pour le père dans la salle de travail auprès de l’équipe. Pour le deuxième, il a fait ce qu’il voulait vu qu’on était à la maison. Quand il voulait boire un café, ou fumer une clope, il n’avait de comptes à rendre a personne ! Il a été très présent, m’a beaucoup  soutenu, m’a massé, m’a caressé, m’a encouragé. Il a géré un peu de logistique aussi et a préparé la pièce à la naissance... Enfin voilà, il s’est investi comme il le souhaitait, personne ne lui a rien imposé. Quand il voulait prendre un peu de recul, il le pouvait, mais dès qu’il revenait près de moi, c’était à 100%.

 

Voila pour moi ce que devrait être la place du père : être libre, pouvoir être auprès de leurs femmes quand ils et elles en ressentent le besoin. On ne devrait rien imposer aux pères comme on ne devrait rien imposer aux mères. Un regard suffit souvent à dire beaucoup de chose et cette chose ne peut s’échanger que dans l’intimité respectée du couple qui donne la vie.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Donc, je révise ma liste du coup avec ce que tu me dis comme ça tu peux me dire si ça te semble compréhensible…

 

 

 

- Je ne veux que le strict minimum de gens autour de moi, de préférence des femmes. Je ne veux pas participer à la formation d'un interne et je ne veux pas qu'on s'entraîne à l'accouchement sur moi.

 

- Je ne veux pas qu'on m'incite à prendre la péridurale, mais au contraire qu’on m’encourage à ne pas la choisir. J'aimerais qu'on ne me la propose pas. 
Par contre, qu'on me la fasse si je la demande mais en m'expliquant s'il y en a encore pour longtemps, si je peux continuer sans, parce que ce ne sera plus long.

 

- Je veux que mon intimité soit respectée à tout moment.

 

- Je ne veux pas de perfusion et je ne veux pas qu'on accélère mon accouchement  de façon non naturel.

 

- Je veux pouvoir bouger comme je veux.

 

- Je ne veux pas d'épisiotomie

 

- Je veux que le Papa de ma fille puissent venir et sortir quand il le veut et qu'on ne le force en rien, qu'il soit libre, qu'on ne le force pas à s'investir plus qu'il ne le peut/veut... Et qu'on le respecte.

 

- Je ne veux pas qu'on coupe le cordon de ma fille tout de suite, mais quand il aura cessé de battre.

 

- JE NE VEUX SURTOUT PAS QU'ON EMMENE MON BEBE LOIN DE MOI (OU SANS SON PÈRE).

 

- Je veux qu'elle reste avec nous dans la chambre tout le temps.

 

- Je ne veux pas qu'on provoque mon accouchement si ma fille et moi pouvons encore attendre un accouchement naturel. Je préfère aller à la clinique tous les jours faire un contrôle ou même rester à la clinique.

 

- Je veux pouvoir sortir ma fille de moi, moi même.

 

- Je ne veux pas qu'on lui mette de la Bétadine dans les yeux.

 

- Si j'ai faim ou soif, je veux pouvoir manger.

 

- Je veux sortir le plus vite possible de la clinique avec mon bébé et avoir un suivi à la maison.

 

Et c’est bon… Je crois que j'ai rien oublié...

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Ta liste me semble assez complète. Tu peux préciser aussi que tu souhaites pouvoir bouger durant le travail mais également pouvoir choisir ta position pour l’expulsion, sinon tu risques de te retrouver en position « poulet de Bresse » ! Sinon j’ai oublié de te dire que ce n’est pas de la Bétadine qu’ils mettent dans les yeux du bébé mais du collyre. N’oublie pas de leur dire que tu veux garder ton bébé en peau à peau pendant longtemps, un maximum de temps, la pesée et la mesure, ça peut bien attendre ! J’ai déjà vu un reportage où il mettait directement les bébés dans une couveuse même s’ils étaient en bonne santé et ils plaçaient la couveuse près de la maman. Au lieu de faire réchauffer le bébé dans une boite, ils auraient quand mieux fait de le mettre contre sa mère… C’est tellement bien pour le bébé et la maman, ce contact. Et cette odeur de bébé qui vient de naître… Hummmmm, je m’en souviens encore, c’est tellement bon !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Pour le contact peau à peau, j'ai noté que je ne veux pas qu'on me l'enlève carrément... Si je la fais sortir, je la tiens et je ne la donne pas ! Pour moi c'était logique mais t'as raison, je précise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Immersion

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Hier j'ai acheté les premiers vêtements de ma bébé... Arrivée à la maison, je regarde son petit bonnet trop mignon toute émue, je l'ouvre et là... Prise de conscience... Je regarde la taille du tour de tête d'un bébé version naissance... J'ai regardé son père, le bonnet à la main, je devais avoir des yeux de merlan parce qu'il m'a regardé, il a regardé le bonnet et il a explosé de rire en me disant : « tu te demandes comment ça passe... » ????

 

Erreur. Je ne me demande pas... J'AI PEUR !!! C'est énorme une tête !!! Et il faut bien qu'elle sorte et là il n'y a qu'une option !!! Aïe, aïe, aïe...

 

On est allé faire l’écho ! Je suis comme une dingue !!! Mon ange a un sexe...

 

Elle est bien dans mon ventre, assise en tailleur comme les marocains ! La gynéco a ri en me disant qu'elle, elle s'est vite adaptée (comme son père !).

 

Elle dormait, peinarde, les pieds en croix devant son intimité, mais c'était sans compter sur notre persévérance à lui faire avouer qu'elle est une fille !

 

Ma chérie mesure 19,8 cm de la tête aux pieds ! C'est une grande madame ! (D’ailleurs, elle a de grands pieds...)
Son père dit qu'elle me ressemble parce qu'on a vu un gros nez...

 

Je pèse 59 kg et 400 g, je suis donc revenue à mon poids initial et j'ai pris 2 kg par rapport au mois précédent. Dans quelques jours, je rentrerais dans mon cinquième mois donc la gynéco m'a dit de faire attention aux kilos maintenant... Je me dis que vu que je suis à mon poids initial et que c'est 1 kg par mois, j'ai donc 4kg de rab... 

 

J'ai aussi l'impression que je tiens d'une certaine façon, la promesse que je me suis faite... Une fille…

 

Et voilà... Je vais re-chialer.

 

Salut les mères, je m'en retourne jardiner...


 

 

 

MarieT2, 29 ans, Rouen.

 

C'est cool que tu aies une petite fille ! La nature fait bien les choses parfois ! Moi quand je dis à mon homme que je sens que j'attends un garçon, il me dit « Mais non qu'est ce que tu racontes, c'est une fille ! ».  Il est persuadé que ce sera une mademoiselle. J'en voulais 3, mais dans la conjoncture actuelle, je crois que je vais essayer d'en éduquer un et après on verra ! La vie est tellement dure, je ne suis même pas sure que l'avenir de mes enfants soit assuré plus tard !

 

 

 

Mélie, 33 ans, Marciac.

 

Tu m'as rappelé un bon souvenir ! Mon homme, à une écho, avait fait la même réflexion que le tien ! Sauf que lui avait dit que mon fils avait son nez ! Ben oui, tous les petits bébés sont comme ça ! Ils ont un gros nez !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Bon... J'ai rangé « Tecktonik », la grande fille de mon homme, dans sa chambre en face de sa console après avoir fait les boutiques pour elle... C'est marrant une fille de 15 ans, c'est mou, puis excitée, puis re-mou et re-excitée... Bilan : elle m'a fatiguée !

 

La bonne surprise du jour : mon homme est malade ! Du coup à la maison avec moi. Comme j'avais prévu de faire rien du tout, ben je continue mon programme et je fais comme prévu, rien du tout... Mais avec lui à côté qui me demande des bisous de temps en temps. Au début je lui faisais et puis je viens d'arrêter parce qu'en fait, je ne veux pas qu'il me refile sa chtouille. Sécurité bébé !

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

 Vendredi chez la gynéco, on a vu ma bébé, en boule ! Les pieds croisés devant elle et elle se tenait les genoux ensemble avec ses mains... Impressionnant. C'est ma boule d'amour. Une nuit, je me suis réveillée avec ces phrases en tête :

 

Ma Boule...

 

Ma boule qui roule cool dans mon bidon tout rond...
Ma boule qui roule cool me fait parfois péter les plombs...

 

Comme j'ai toujours une boule super dure le matin au réveil, c'est venu comme ça parce que je n'arrivais plus à dormir... Et j'ai bloqué là. Quand je l'ai vu en boule vendredi j'ai continué...

 

Ma boule qui roule cool dans mon bidon tout rond...
Ma boule qui roule cool me fait parfois péter les plombs...

 

Pourquoi relie t-elle ses pieds avec ses bras comme ça ?
Quand on se roule en boule c'est qu'on n'est pas forcément en joie...

 

Sourie et rie ma boule ! 
Et tout ton être déploie...

 

Quand je te vois en boule, je crois me reconnaître moi...

 

Prends donc exemple sur ton père !
Qui est une vraie boule de joie. Dés que tu nous rejoindras sur terre, ma boule, on te chatouillera, tu verras.

 

En attendant, patiemment...

 

Ma boule qui roule cool dans mon bidon tout rond...
Ma boule qui roule cool me fait parfois péter les plombs...

 

Aujourd'hui ma boule tourne peut être en rond parce que dans mon ventre rond je sens des petits bonds...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Bon. J'ai pris une grande décision pour la chambre de ma bébé préférée...

 

Au départ, je me suis dit : « il faut que ma fille ait le top du top, le must de la puériculture, le VIP du berceau, le Lagarfeld de la table à langer ! ». 
Je me suis précipitée en traînant belle-fille Tecktonik avec moi (traîner c'est vraiment le mot... J'aurais pu lui attraper les cheveux version homme de Cro-Magnon, je crois qu'elle aurait vécu l'après-midi aussi douloureusement...). Direction, les grandes enseignes françaises avec l'argent de papa, ravi quant à lui que sa femme et sa fille « s'amusent ». Ah, mon homme ! Je t'aime, tu es tellement simple toi.

 

Et là, je commence ma collection de catalogue de chambre pour bébé. J'amasse comme une fourmi hystérique des tonnes d'informations sur le « bien construire l'univers de votre enfant » ou le « aménager son espace »... Lit évolutif, landau, berceau, coin cododo, lit avec table à langer, bibliothèque et armoire tout en un... Lit que l'on transforme en bureau pour ado ou en canapé pour fatigués... Mon chéri est otage de ma frénésie de lits et surtout de l'armoire en forme de cabine comme à la plage, elle est trop bien !!!! Hein ? Non ? Hein ?

 

Comme ça pendant 3-4 jours. La maison pleine de catalogues, ça sent franchement le bébé dans le salon et la chambre et homme dit : « La maison ressemble à la caverne d'Ali bébé ! » Pas mal... Homme a beaucoup d'humour.

 

Et puis la révélation. Harry Roselmack, heure locale (universelle) 18h… « Les françaises sont parmi les plus fécondes d'Europe... Deuxième au rang du bébé... Bla, bla, bla." et surtout la phrase : « La vente de matériel de puériculture...qui génère des milliards d'euros... Bla, bla, bla... » Et là, j'ouvre grand mes yeux et je me dis que je me suis laissée abuser.

 

Avec Homme, on est plus du genre à faire les brocantes et a trouver des bonnes affaires qui ont une bonne âme, qui nous ont parlé quand on les a vu, qui dégagent une aura sympathique, qui nous dit « adopte moi, je suis sympa et en vrai je coute un bras sauf que ce monsieur le sait pas... ». Avant, on adorait faire le marché aux puces du dimanche, ça fait partie de nos meilleurs souvenirs... Ici, on fait les marchés et on aime bien nos commerçants, nos allées préférées... Je suis une anti-franchise farouche et je défendais mes petits commerçants contre les grandes enseignes (j'étais mignonne en petite journaliste débutante avec ma grande gueule et mes 400 euros par mois...)

 

Et là ! Qu'est ce que je n'allais pas faire !!! Sacrifier mes principes par pur enrôlement ! J'ai attendu chéri-chéri et lui ai fait part de ma révélation : « Parce que tu vois, je me suis dit... C'est pas nous tout ça ! C'est vrai, y a qu'à regarder la maison, on a tout chiné et c'est pour ça que c'est joli, parce que c'est nous... Alors je me suis dit que ce n'est pas parce que je veux offrir le meilleur à ma fille que je dois payer les sommes les plus astronomiques. Le meilleur en fait pour elle... C'est nous. C'est ce qu'on lui donnera de nous deux. Je préfère que son lit coute moins cher et qu'on aille en vacances avec elle... En plus, les bébés, je ne crois pas que ça fasse attention aux meubles, donc en fait ce sera pour nous, pas pour elle... ».

 

Et là PTDR, je vois mon monsieur qui s'apaise, qui se calme, qui se repose et à mon avis, dans sa tête qui remercie Harry Roselmack. Je suis très touché de voir qu'il me laisse aller au bout de ce que je pense en me soutenant même quand il essaie de m'expliquer que mes théories sont un peu foireuses, que lui, il veux juste ce que je veux, juste pour que je sois heureuse, qu'importe le prix, le travail que ça lui demande (et il travaille beaucoup). Je le respecte énormément pour ça et il m'impressionne. C'est aussi pour ça que je suis fière de moi quand je reviens à une réalité plus terrienne et que je vois l'apaisement sur son visage. Je sais alors que lui aussi est fier de moi et ça, ça me plaît.

 

Donc il ne reste « plus qu'à... ». On a toute une chambre vide avec des rideaux rouges en face de la nôtre à remplir... Il faut que mon mec à moi et moi, continuons l'édification de notre maison, comme on fait d'habitude.

 

 

 

Raphaëlle, 31 ans, Poitiers.

 

Bonjour Clémence, je suis Raphaëlle, maman d'un petit bonhomme d'amour de 4 ans et d'une merveille de 6 mois. Bon, voilà, je voulais juste te dire que depuis que tu viens sur le forum, c'est un vrai bonheur de te lire. Pour ne rien te cacher, je lis tes messages en premier ! (Non, non n'aies pas peur, je ne suis pas une groupie !) Tout ce que tu écris est plein de tendresse, d'amour, d'humour, de poésie, un régal ! Il m'arrive même de rigoler toute seule ! Je ne sais pas si tu le fais mais à ta place j'imprimerais tout çà pour le montrer à ta fille plus tard, comme une sorte de journal de bord de ta grossesse. Je voulais aussi te dire que nous avons un point commun, je suis bordelaise de naissance. Je n'y ai pas grandi mais ma grand-mère et toute une tripotée d'oncles, de tantes, de cousins, de petits cousins habitent Bordeaux. J'y ai passé 3 années étudiantes extraordinaires et puis surtout, j'y ai rencontré mon homme, mon mari, l'amour de ma vie qui m'a donné mes 2 rayons de soleil. Alors Bordeaux, c'est MA ville, la plus belle du monde !!! 
Bon, j'arrête là, il est tard, demain, il y a école ! Pas de grasse mat' !
Continue de profiter de ta grossesse, ce sont des moments fabuleux, jusqu'à l'arrivée de ta puce qui le sera encore plus. Au plaisir de te lire...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Ben ça c'est trop gentil... Tu n’imagines pas comment c'est trop gentil. Merci 174 millions de fois Raphaëlle, je suis hyper gênée, fière, touchée.

 

C'est tellement triste d'écrire sans être lu par quelqu'un, c'est pire que parler toute seule et ça faisait trop longtemps que je faisais ça. La vérité aussi, que je fuis depuis... presque cinq mois, c'est que j'ai fait des études pour apprendre à écrire... Un moustachu me disait, « tu vas écrire sur ça, t'as deux jours pour te renseigner... », un tordu me faisait taper le texte à l'ordi pour le mettre en forme et le moustachu disait ensuite son point de vue sur le résultat, un point de vue que je prenais très (trop ...) au sérieux... Peut être que mes cours ont réussi à se faire un petit chemin dans mon cerveau de bélier... Il me manque mon métier... C’est vrai. Alors voilà, ça me touche.

 

Sans ce forum, je marcherais peut être encore sur la tête alors je n'écris peut être plus qu'ici, avec my baby, mais dans ma grève, j’écris, donc je suis. Alors, tu vois, c'est énorme pour moi si j'ai pu t'apporter des rires sur ce forum, c'est super cool, je kiffe cette journée ! Repasse quand tu veux !

 

Bordeaux… Aaaaaaaahhhhhh ! Hein, c'est vrai, je ne mens pas, c'est une chouette ville ? Quand j'étais triste, je prenais ma voiture et hop, direction l'Entre-Deux-Mers, au bord de la Garonne et là... Je respirais... Je connais les odeurs de chaque saison, les couleurs qui vont avec... Quand les paysans coupent l'herbe, je sais à quel endroit il faut baisser sa vitre. En ville, les chaises des bars de jeunes ont reçus mes fesses quand je séchais l'école. Les terrasses de la place de la Victoire me connaissent par cœur, comme moi, parce qu'on s'est observé pendant des années. J'ai fumé 4 km de clopes à la terrasse du Bodegon à regarder passer les gens avec un café devant moi parce que je ne pouvais pas me payer autre chose.

 

Sur les quais... Mon premier vomi alcoolique s'est répandu sur les chaussures d'une copine, mais aussi sur le trottoir que j'ai pris plus tard pour aller travailler dans une boîte de nuit pour payer mes études... Le même trottoir devant lequel j'ai dû passer pour écrire pendant presque un an. Et comme toi, Bordeaux ma donné mon homme qui m'a enlevé pour me donner la vie que j'attendais, la liberté, une liberté normale, que tout le monde connait, une famille enfin et notre petite bébé que l'on attend de tout notre amour...

 

Nostalgie, nostalgie... Mais je suis contente de tout ce chemin parcouru... tu m'as fait un beau cadeau. Merci.

 

 

 

Raphaëlle, 31 ans, Poitiers.

 

Zut, alors je suis gênée de t'avoir gêné ! Je t'ai fait rosir ??? Les compliments, il faut les prendre... Tous les matins, le soleil débarque en furie dans ma chambre en se jetant sur le lit et en disant « bonjour maman » et en faisant un gros câlin ! Et puis il continue de briller dans le sourire de ma nénette qui attend sagement dans son lit en babillant, que je vienne la chercher. Parfois, avec mon chéri, on se demande ce qu'on a pu faire pour les mériter... Bon, c'est pas forcément rose tous les jours, mon petit bonhomme a du caractère, il faut faire preuve de patience et de fermeté, mais chaque jour qui passe, il nous épate toujours plus. Et quant à ma puce, comment dire... Si on me garantit que le 3ème est comme elle, je le fais tout de suite. Elle est parfaite, elle rigole tout le temps, un vrai clown, n'importe qui la regarde, la caissière de chez Leclerc, le papi dans la file à la boulangerie, elle se marre. Un vrai concentré de bonheur. La journée s'est aussi bien terminée. J'ai eu droit à un beau bouquet cueilli dans le jardin, « Tiens maman, c'est pour toi ». Merci mon amour, j'adore quand tu m'offres des fleurs, et ça sent drôlement bon les pissenlits !!! Lol.

 

En lisant tes souvenirs bordelais, pleins de choses me sont revenues...Notre QG à nous, c'était le Pampelune. Ah ça, j'en ai passé des soirées, coincées comme une sardine en essayant de ne pas faire tomber mon verre tout en hurlant des chants basques... J'aimais bien aussi le Plana, sa grande terrasse sur la Victoire, à siroter des Monaco au soleil. Et crapahuter rue Ste Catherine et puis le bistro romain place Gambetta, le premier resto avec mon chéri... Je pourrais continuer pendant des heures... Mon petit coin girondin à moi, c'est le St Émilionnais. Je ne me lasserais jamais de la couleur des feuilles de vignes en automne. Faut dire que je la connais bien la vigne !!! Et de près !!! Mon dos s'en souvient !!! Les vendanges ne me manquent pas trop... Sauf la gerbaude qui suivait....

 

Je voulais aussi te dire que j'étais désolée pour ton premier petit bébé, ça a du être dur... La vie ne nous épargne pas quelquefois... Mais tu as pris ta revanche, ta jolie rose grandit en toi, et tu en parles si bien.

 

 

 

 

 

 

 

Des nuits comme des matins

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai la tête dans le brouillard aujourd’hui... J'ai fait une crise d'insomnie suivie d'une crise de sommeil, je viens de me lever, j'ai 2 de tension. Je suis à plat, toute molle.

 

J'ai rêvé d'un vieux grigou, genre Arsène Lupin à 83 ans, voleur, menteur, sans morale et qui finissait avec une vieille qui l'attendait depuis des années dans un vieux château en ruine avec son neveu homosexuel (je crois...). Et en fait, il allait la rejoindre en calèche, non pas par amour, mais parce qu'il avait retrouvé des papiers qui prouvaient qu'elle était riche et qu'il voulait la dépouiller... Tout ça au 18ème siècle, enfin au temps des calèches quoi... Tu m'étonnes que je sois crevée. C'est la première fois que je fais un rêve comme ça…

 

Si vous entendez aux infos qu'il y a une femme enceinte qui a détourné un avion en menaçant l'hôtesse avec une carotte pour aller à Hawaï, c'est que j'ai craqué. Trop fatiguée…

 

On m'avait dit que les grossesses font faire des rêves bizarres, mais là j’ai atteint le top five je crois…

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Bonjour à toutes… Cette nuit, ça va mieux, j'ai dormi comme un ange avec mes anges et dimanche on a fait une grosse grasse mat pour rattraper, donc all is all right ! Je vais voir, selon l'évolution, mais mes insomnies sont supportables, j'ai la chance de me réveiller à l'heure de la première prière donc j'ai souvent les chants avec moi et c'est un moment que j'aime beaucoup. Juste après la prière, les oiseaux prennent le relais et généralement je m'endors, jusqu'à plus soif.

 

My baby m'a fait le cadeau de me faire apparaître des bosses sur le ventre, comme quand tu tends une couverture et que tu donnes un petit coup en dessous. Donc je ressens ça, des petits coups, surtout le soir devant la télé, ou le matin tôt. J’attends encore le moment où elle va me faire un dos crawlé dans le bidon.

 

« Les petits objectifs font les grandes journées. » Si on le dit avec un air intelligent, ça justifie toutes les flemmes du monde...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Ce matin, j'ai senti un gros poisson bouger dans mon ventre à mon réveil !!!

 

C'était merveilleusement magique. Je me suis réveillée, je me demandais si je n'avais pas la berlue et puis ma fille continuait sa brasse tranquille... À droite et à gauche en même temps, en haut, en bas, c'était la grande récré. « Plaisir » c'est ça que ça m'a fait. Parce qu'avant, les petits coups, c'était comme si ce n'était pas fait exprès, comme si ça lui faisait peur autant à elle qu'à moi d'ailleurs, je pensais au fond, qu'elle ne faisait pas exprès et que ça la surprenait de toucher cette paroi qu'elle ne connaissait pas.

 

Ce matin, je me suis sentie possédée par ma fille. Je suis enfin son territoire et c'est tout ce qui compte. Elle est tout ce qui compte. Moi, j'ai l'honneur d'être sa maison. C'est ça qui m'a fait plaisir... Je me suis sentie accepté en tant que bâtisse des premiers jours de la vie de ma vie. Elle se construit en moi et c'est le plus grand honneur et la plus grande mission qui me sont confié. C'est bizarre, parce qu'elle n'est pas encore née, mais j'ai un respect immense pour ma fille, comme si elle était une reine, comme si j'étais au service d'un être magnifique, et je me sens choisi par elle.

 

J'ai l'impression de recevoir Dieu lui même dans mon ventre et du coup, je flippe à mort de me dire qu'il faut que je sois à la hauteur de ce cadeau miraculeux. En fait, de temps en temps, la pression se fait forte et j'explose en sanglot d'un coup parce que j'ai l'impression que je n'y arrive pas, que je ne suis pas assez bien pour un don aussi grand, que je vais me planter... Il faut tout l'amour et les bras de l'homme que j'aime pour me relever et me rassurer, me montrer tout le beau chemin qu'on a fait et la jolie route qu'on doit encore prendre.

 

 

 

Paula, 29 ans, Alençon.

 

Quel plaisir de te lire...C’est très émouvant... Oui, attendre un bébé, c'est miraculeux...et c'est vrai qu'il est parfois difficile de se sentir à la hauteur de ce cadeau que Dieu nous fait, moi je le remercie tous les jours pour m'avoir donné mes deux amours. Je me demande souvent comment 2 cellules microscopiques peuvent donner un petit être si parfait. Ne t'en fais pas, tu y arriveras, ta fille a une maman qui l'aime déjà tellement. Mais c'est vrai que quelquefois une immense vague de sentiments nous submerge et on ne sait pas trop comment la gérer, mais on apprend à l'apprivoiser.

 

 

 

 Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je me dis pareil ! C'est impressionnant de voir que deux êtres peuvent se mélanger et en créer un autre, volontairement même. Je suis rassuré sur la vague de sentiment, parce que c'est vrai que parfois ça déborde d'un coup et je me trouve plantée en larme au milieu de la cuisine, un resto, dehors... La dernière fois, crise de faim, je mange une orange en marchant vers un snack avec mon homme. Déjà, fallait voir comment je dévorais l'orange, je n'avais même pas enlever toute la peau... En mangeant je répétais, « c'est pas assez acide, c'est pas assez acide... ». Et je sais que les jus d'oranges dans les bars ici, sont acides parce que ce sont des vrais jus d'oranges, donc obligés de rentrer dans un café comme une hystérique, j'ordonnais au lieu de parler ! J'avais les mains qui tremblaient... Les serveurs (qui ne comprenaient rien, ni le français ni mes gestes) rigolaient quand au bout d'un moment, je leur ai dit « svp... pardon... je suis enceinte... » en leur montrant mon ventre et la machine qui fait des jus d'orange... Je retourne dehors attendre et là ça monte... J'allais exploser tellement je me sentais tout en même temps, contente, triste, honteuse, fière... Homme m’a regardé et m’a dit « tu vas pleurer ? ». J'ai juste fini de dire oui, ça a craqué et puis des grosses larmes, pas des trucs de fillette, le hoquet et tout... Pendant que mon chéri me faisait des cours de respiration pour l'accouchement, le jus d'orange est arrivé, j'en ai bu quatre gorgées et c'était passé.

 

Le pire ! Le pire dans tout ça... C'est que je n'ai même pas fini mon jus d'orange ! J'en voulais plus !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Bon allez, on range les mouchoirs ! On n'est pas des mauviettes !!!

 

Moi, aujourd'hui, il faut que je bouge un peu…

 

Petit Ps : mon homme est un saint... Qui fume des cigares et qui s'énervent contre le vent parfois mais un saint quand même... Je ne dirais pas qu'il a de la patience... Je dirais plutôt qu'il a la bonne tactique avec moi.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Tout à l’heure, je suis allé payer notre loyer chez notre proprio, un dentiste plutôt gentil. Il m’a demandé si je travaillais. Je lui ai répondu que j’étais enceinte de cinq mois, il a eu l’air carrément étonné ! La dernière fois qu'il était passé à la maison, il y a trois semaines, j'avais les cheveux en pétard, le teint blafard, j'étais hagard, franchement pas fraîche et c'était la première fois qu'on se voyait... Si j'avais été à sa place, je serais parti en courant. Moi je croyais qu'il avait vu puisqu’il m’avait fait livré des tas de rosiers parce que je lui avais dit que ça ferait trop joli sur la terrasse...


 

Ben non ! Il a bloqué sur moi quand je lui ai dit ça. Lol. Juste avant, je prenais encore la tête à Homme en lui disant que mon ventre ne se voyait pas beaucoup aujourd'hui. Lui m’a répondu : « Mais moi je vois que ça !!! ».

 

Audrey, je pensais à toi en allant dans le centre ville de Casa tout à l'heure. J'étais dans un petit taxi (c'est généralement des 205 de l'époque mérovingienne) et je me disais que si tu étais à l'intérieur, tu deviendrais pratiquante de suiiiiiite. Tu croirais en Dieu, en Shiva, en Bouddha, au père Noël, en toi, aux fées !!! En tout ce qui pourrait te permettre de savoir que tu vas sortir vivante du taxi et sans avoir tué quelqu'un sur le bord de la route.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A table !

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai remarqué un truc... La gynéco me prescrit des vitamines, du fer majoritairement... Bon, je ne suis pas très médicament et je ne les prends pas vraiment, mais quand j'ai rendez-vous avec elle, elle m'explique que c'est bien pour le bébé si je les prends, mais que ce n'est pas non plus si grave si je ne les prends pas. À chaque fois, je m'y remets 3 jours et en fait, je remarque que je suis plus malade quand je les prends et surtout, ça perturbe mes envies... Comme si je n’entendais plus rien de ce que veulent mon bébé et mon corps. Quand j'en prends, j'ai plus d'envie, le repas devient un vrai forcing douloureux. Alors que quand je n’en prends pas, j'ai envie d'aliments qui sont pleins de fer et de vitamines (en ce moment, c’est maïs grillé parce qu'ils en vendent dehors mais sinon au début, c'était soupe, après carottes, après tomates (des kilos !) puis viandes et après salade verte, plus les petites envies. En fait, sans ce cachet, je mange des petites ou grandes quantités, mais uniquement de ce dont j’ai envie. En plus, je négocie dans ma tête avec ma fille pour savoir ce qu'on va manger, on s'arrange, c'est long mais ça marche à peu près… Je préfère avoir mes envies plutôt que les cachets...
Petit détail d'importance aussi (désolée d'avance...), avec le cachet mon transit est bien actif alors qu'avec les envies, il n’y a pas grand choses qui ressort, comme si tout était avalé par mon corps et surtout je ne vomis rien (des spasmes et de la bile). Tout disparaît. Donc, j'ai dit à Homme que je ne prend plus ce cachet parce qu'on se gère mieux avec ma fille même si on est pas bien grosse pour l'instant...

 

 

 

MarieT2, 29 ans, Rouen.

 

Je constate que vous avez la frite quand même pour 5 mois. Moi ça va « bof ». Hier midi, j'avais envie de purée et d’un pavé de rumsteck. J'ai mangé avec grand appétit, j’en avais vraiment très envie. Alors qu'il me restait 3 bouchées à finir, j'ai senti un mal de tête violent m'envahir. D'après mon homme, je suis passé par toutes les couleurs, avant de finir au dessus de la cuvette et de vomir ! Quand mon homme a vu que j'allais vomir, il s'est jeté sur mon assiette, il a piqué mon morceau de viande et m'a dit : « Non, non, ne vomis pas, je sauve le morceau de viande et tu pourras y aller après ! ». Et oui, il a bouffé mon bout de viande pendant que je gerbais ! Sur le coup, j'ai un peu mal pris sa réaction, mais maintenant ça me fait rire !

 

Mais il m'énerve, il veut absolument que je mange des légumes, mais en ce moment, les légumes, je m’en fiche. Alors ce midi, il m’a proposé des petits pois lardons, il n’arrive pas à comprendre que je ne peux pas manger des légumes, c’est au dessus de mes forces ! Ça m'a mise hors de moi ! Je me suis énervée, un peu excessivement je crois, mais j'en ai marre de ses réflexions à la con sur les légumes ! Hier matin, c'est pareil, nous avons été au magasin pour m'acheter un pantacourt de grossesse et dans la cabine d'essayage, je n’arrêtais pas de lui dire que j'avais la tête qui tournait et il a fini par me dire « Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? ». Ça m'a gonflé aussi…

 

Bref. J'ai hâte d'être dans 2 semaines pile poil pour ma prochaine écho pour voir mon bébé bouger !

 

J'ai encore mal à la tête, ce qui présage la nausée ... Je croyais que je passerais à coté de tout ça, je me suis planté !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

C'est bon, j'ai fini de manger (2 petites assiettes de frites dans des assiettes à dessert, je joue à la dinette !). Vive la moutarde et le ketchup mélangé ! Et du thé. Impec, ça me va, c'est pas des tonnes, mais ça va. My baby était bien calmos ce matin et là, elle commence sa ronde d'inspection, les coups sont moins nombreux, moins fouillis, c'est du costaud ça ! Je crois qu'elle fait du trampoline sur la paroi !

 

MarieT2, MDR, apparemment tout est normal ! T'inquiète pas, ça va passer, courage, tu t'en sors très bien déjà ! Tu sais, il m'est arrivé de vomir alors que j'étais encore en train de mâcher en mangeant de bon appétit. Je regardais juste mon homme d'un coup avec le regard qui voulait tout dire et je courais aux toilettes. Et je revenais manger... Sinon, j'ai mon fameux « oh oh !... » Qui veut dire « tout le monde se pousse, et s’il y a quelqu'un aux toilettes, tant pis pour lui, je vais lui vomir dessus, priorité bébé !

 

Pour ton homme, je crois qu'il est grand temps de lui expliquer de suite avant que tu oublies ou que tu ne te comprennes plus, que tu es enceinte ! Ton corps fabrique un autre corps, tu n'es donc pas dans ton état normal...
Combien de colères j'ai piqué sur ma victime préférée ?  Le pauvre ! Au début, j'avais pris le temps de lui dire plusieurs fois, quitte à ce que ce soit en pleurant, que je ne me contrôlais pas, que je n'étais pas comme avant et que s’il ne m'aidait pas et ne me soutenait pas de toute ses forces, ce serait dur pour tout le monde. Je lui disais aussi qu'il y avait des envies que je ne pouvais pas freiner et que si je ne les satisfaisais pas, ça me rendait malade et agressive (ce qui était vrai)... Je lui ai expliqué une fois en pleurant parce qu'il ne pouvait pas me ramener un truc, que moi aussi ça me faisait bizarre de ne pas contrôler ce que je mange. Si tu lui expliques, ton amoureux va comprendre et tout se passera bien. C'est pas évident pour lui de te comprendre... Pas du tout même je crois. Maintenant, moi j'ai un soldat du bébé à la maison ! Il a su relever tous les paris, il m'a impressionné. Prépare ton amoureux à tes nausées pour mieux les vivre, mais vous avez l'air de bien vous en sortir !

 

Pour la tête qui tourne, le mien comprenait vraiment quand il me voyait courir aux toilettes... J'avais beau lui dire pendant 2 heures « ça va pas, ça tangue, ça va pas... » il comprenait mieux avec le doux bruit de mon vomi dans les toilettes ! C'est abstrait pour eux je crois... Dis lui ce que tu attends de lui, il ne devinera jamais tout seul. Moi j'ai même eu un moment où il n'y avait que lui au monde qui m'énervait ! Et en plus je ne supportais plus son odeur parce qu'il sentait le tabac, il ne pouvait plus m'approcher. Depuis il a arrêté le parfum et il fume dehors !

 

Vous ressortirez plus fort de votre grossesse, ça renforce les couples je pense.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai encore une grande nouvelle aujourd'hui...

 

J'ai mon gros cul de femme enceinte !!! Je me suis élargie des hanches aussi. Et hier, dans la rue, un homme m'a demandé « alors, c'est pour quand ? ». Mon homme était tout content à côté, il m'a regardé du genre « ça y est... pffffff ! Sauvé, elle va enfin en profiter ». Maintenant on sort en faisant du 2km/h et ça va, ça me fait du bien, il fallait vraiment que je ralentisse mon rythme en fait, je peux faire les choses, mais je dois les faire doucement.

 

Ce matin ma fille est venue me faire une boule de câlin sous la main. Un petit bonjour de ma mignonne.

 

Y avait foot hier à Casablanca. J'adore être le meilleur pote de mon mec, c'est vrai que c'est tellement « nos moments à nous » que j'y suis allé avec plaisir. J'ai eu l'impression d'être Whitney Houston dans Bodyguard. Les copains d'Homme étaient tous autour de moi et homme me tenait la main fort et regardait partout qu'on ne me pousse pas... En fait, j'avais l'impression d'être un œuf, oui, c’est exactement ça, j’étais un œuf. Vu que je suis une vraie supportrice de foot au fond de mon âme, je suis hyper à l’aise au milieu des hommes, je me fais vite accepter... Je me lève en même temps qu’eux, je râle après les mêmes joueurs, je crie quand on touche à mes joueurs et je fais bouuuuuuuuh quand le ballon se rapproche de notre camp... C'est vraiment cool. J’adore ! J'étais un garçon manqué quand j'étais petite. Un vrai mec avec les bastons, le foot, les cabanes, la totale... C'était un super match ! Bravo les Widadi, ils se sont battus comme des guerriers face à des algériens hyper offensifs. Mais... On a perdu. Quand j'ai vu le ballon rentré dans nos filets... Le public en face de nous qui commencé à partir en vrille... J'ai vite regardé où je pourrais me protéger si ça partait en sucette... Finalement, j'ai dit à mon homme que ce serait pas mal qu'on se tire !  Bien à ma grande surprise, tous les copains nous ont suivi et on a refait l'opération « œuf ». C'est fini le foot pour moi, plus à Casa, trop risqué pour les garçons manqués...  Par contre, ma petite a kiffé je crois, elle s'éclatait à faire des triples saltos arrières. Tu parles, avec les chants des supporters, les applaudissements, c'était la surprise party dans le bidon.

 

Bon, ce week-end, c'est la grande expédition ! Mon amour a loué une voiture et on va aller jusqu'à Rabat... C'est la grande aventure, une heure de route au moins ! On a prévu de s'arrêter autant que nécessaire et d'y aller en mode « escargot anorexique ». Donc week-end à deux ! Le grand kif.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai passé un super week-end, vraiment le bonheur. Mais je crois que je suis incorrigible. J'ai un peu poussé je crois... Du coup hier soir, K.O technique, malade et retour à la cuvette des toilettes, encore plus fort !
Ce matin, re-K.O technique, plus d'énergie, gros dodo obligatoire, j'ai le vomi qui contrôle mon corps...


 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'ai une vue sur le chat Booba qui dort et la terrasse... Il fait beau, le ciel est bien bleu, bien beau. On a acheté des nouvelles plantes dans notre excursion hier pour rejoindre la dizaine de rosiers que le propriétaire dentiste m’a fait livrer. C’est adorable, il a dû avoir pitié de la fois où je lui ai ouvert la porte avec ma tête de vomi. Du coup, il y a un beau bananier sur la terrasse et une plante très bizarre que Homme a choisi et qui me fait marrer (il choisi toujours des trucs bizarres, je suis tombé amoureuse aussi pour ça. Il est bizarrement normal.). Moi, j'ai pris 10 pieds d'hibiscus et j'ai renoncé à mon potager pour eux... Je ne les vois même pas du canapé.

 

Homme va bientôt rentrer et dire « Ben alors ?!? T'as rien mangé ? Ça va ? T'as pris ton café ? ». (Je prends un café par jour, parce que je ne le vomis pas, contrairement au thé). Il va continuer en regardant le bananier dehors « T'as vu ? C'est cool hein ? T'as vomi ? Tu veux manger quelque chose ? ». Après je vais lui demander de me raconter sa matinée de boulot et il va commencer par « Oh ben pas grand chose, toujours pareil... » Et finalement tout me raconter. Mon amour d'homme…

 

J'ai demandé à mon monsieur de parler à sa fille et de mettre la main pour voir si elle  réagit... Il lui a dit « Bonjour c'est Papa », il a tapoté doucement avec son doigt et elle lui a donné un beau petit coup de Boule. Trop fort, c'était leur premier échange. Il est parti tout de suite à sa place sans demander son reste... Je crois que ça l'a un peu impressionné... Ce matin, avant de partir, il a soulevé la couette et posait sa main pour discuter avec sa fillette, mais je lui ai souri en dormant et lui ai fait signe qu'elle dormait sûrement (je communique par signe le matin au réveil...). Il a rigolé comme s'il était pris en flagrant délit de Papa poule. Je l'aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blues pour une fille

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

JJJJJJJJJJJJJ''''''''''''EEEEEEEEEEEEENNNNNNNNNNNNNNN    AAAAAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIII MMMMMMMMMMMMMMAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRRRRRRREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE !!!!!!!!!!!

 

Pourquoi moi je suis malade ? Je peux rien faire, je ne vois personne, je suis un vrai boulet pour mon chéri qui doit tout gérer et puis j'en ai marre d'avoir mal. Je suis toute seule ici, je ne peux même pas en profiter, je peux raconter à personne toutes les belles choses que je vis quand il y en a.


 

C'est vrai que vous êtes là, mais je vous voudrais plutôt en vrai, dans mon salon... C'est trop dur.

 

 

 

Fabienne, 38 ans, Paris.

 

Dommage qu’on n’ait pas de baguette magique pour se transporter... C'est vrai que rien ne remplace une présence...Tu vas suivre des cours de prépa à l'accouchement ? Parce que je me suis fait deux copines comme ça, on rigolait bien, donc on s'est échangé nos numéros et on ne s'est plus quitté. On a accouché presque en même temps et on se voit super souvent avec nos loulous pour boire le thé et se bâfrer de petits gâteaux...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

J'attendais les cours de prépa avec impatience mais ma gynéco m'a dit qu'elle ne pensait pas que ça existait à Casablanca et vu que je ne peux pas me lever, je ne peux pas chercher... C'est dommage, j'aurais bien vomi en groupe !

 

Là, c'est la loose totale, j'en suis à regarder France2...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Mon homme est de plus en plus beau... Moi, je suis de plus en plus vieille. Mon visage est un savant mélange de fatigue et d'épanouissement... Comme certain malade résigné qui ont la foi en quelque chose...

 

Le trou que je fais dans le canapé s'est déplacé sur le côté, du coup il m'entraîne immanquablement vers une chute bientôt... Toute la journée, je glisse et je me redresse, ma vie est passionnante. J'en arrive à être contente que Homme ne rentre pas manger avec moi à midi (il vient après me faire à manger mais ne reste pas) ou quand il rentre tard le soir du travail. Je me dis qu'au moins, quand il est dehors, il ne me voit pas comme ça et il s'amuse ou se divertit un peu. J'aime bien quand il m'appelle juste pour me raconter ce qui vient de se passer à son boulot, c'est comme si j’étais avec lui quand même, sans qu'il me voit.

 

 

 

MarieT2, 29 ans, Rouen.

 

Comme tu as de la chance de la sentir bouger !
Moi le mien, j'ai vraiment beaucoup de temps devant moi avant de le sentir bouger. Jusqu'à présent, je ne vois pas trop d'avantages à ma grossesse. Pas de super bon moment... Je t’envie même si en ce moment, ce n’est pas top pour toi. La haine, j'en ai marre de vomir, j'en ai marre d'être pas bien ! La semaine prochaine, à partir de mercredi, nous ne serons que deux au boulot. Je vais souvent commencer à 7h30 et finir à 19h. Les journées vont être longues ! Quand j'ai parlé à mes collègues de mon « mal être » et des mes vomissements incessants, elles m'ont répondu qu'il fallait de toutes façons que je me débrouille, parce qu'on allait avoir plus que besoin de moi, et que si j'étais malade, ça foutrait la merde au labo... Elles me mettent la pression, j'en ai marre... Mon homme ne me soutient pas spécialement. J'en ai vraiment marre, j'ai hâte que tout ça se termine. J'ai beau lui expliquer que la femme enceinte réagit différemment mais apparemment, il ne comprend pas !

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

De la chance… Tout est relatif. Je n'ai pas de chance mais de l'avance sur ta grossesse. Par contre, comparées aux crises de nausées que j'ai eu... Les tiennes sont mignonnes, j'ai même eu droit à la piqure dans les fesses pour pouvoir boire... Et si ça n'avait pas marché, c'était l'hôpital...

 

Tu as déjà un gros avantage chaque jour dans ta grossesse...  Tu as un bébé de toi et de celui que tu aimes dans le ventre, si ce n’est pas de l'avantage en barre ça ! Les vomis sont aussi des bons moments, sauf que là, tu ne t'en rends pas bien compte. Mais après tu en riras et tu seras peut être même fière de toi, d'avoir supporté tout ça pour avoir l'honneur de porter ton enfant jusqu'au bout, coûte que coûte. Souviens toi que ton homme essaie de te faire un bébé depuis août... Il en faut de l'amour pour essayer autant... Quant à tes collègues, je ne prendrais pas de raccourcis... Ce sont des connes, mais il faut comprendre aussi qu'elles ne sont pas dans ta vie, elles font la leur tant bien que mal et le fait d'avoir une surcharge de boulot, ben, ça les embête pour leurs vies, ce qui est normal aussi... Laisse courir, le plus important, c'est ton bébé... Calme toi et fais ton bébé, le reste c'est des broutilles. Il y a un rythme à prendre, un rythme très personnel qui n'appartient qu'à ton couple. Une fois que tu as choppé ce rythme là, ça roule... Moi j'ai cassé la maison avant de le trouver.  Je ne voulais pas freiner, je ne voulais pas céder, je faisais ma tête de mule et puis j'ai craqué, j'ai crié, j'ai pleuré et je suis devenue tout simplement une femme enceinte qui accepte d'être différente, malade, fatiguée, pas dispo, mais présente pour ce bébé qu'on a tant désiré.

 

Quand je veux râler je ne me prive pas non plus ! Une femme enceinte quoi…

 

Ce n'est pas la femme enceinte qui réagit différemment. C'est TOI enceinte qui es peut être différente de TOI pas enceinte ! La femme enceinte, c'est conceptuel pour un homme je crois, à part peut-être pour un gynéco. Parles lui de Toi, mais aussi de lui, rassure le... Aime le ! Parce que si toi tu as besoin de lui, ben lui aussi en fait... Chaque couple est différent, tu vas y arriver, il faut que vous trouviez votre rythme…

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Pfiouuuu. Je suis soulagée... Je crois... Je ne réalise pas encore très bien... On a eu une grande discussion avec Homme. Normalement, j'aurais dû me remettre à travailler dès que possible avec lui, mais avec ma grossesse, pour une journée active, je dois en passer 3 ou 4 couchée, donc de mon côté, je sentais bien que ce ne serait pas vraiment possible ou que ça allait être hyper dur pour moi. Je me connais un peu, j'allais encore vouloir faire de mon mieux, m'investir à 18 000 % sauf que là, avec my baby dans le bidon... J'avais franchement pas envie de me pousser à bout et que ça se répercute sur notre fille. Et puis j'aimerais bien avoir la chance d'allaiter notre fille, le temps qu'il faudra, assez longtemps quand même (8-10 mois ça serait cool...). Du coup, je ne savais pas comment le dire à Homme et ça me mettait un peu la pression en fait. C'est Homme qui a tranché. Il m'a dit que ce serait mieux si je restais m'occuper de notre fille, que pour le boulot, il a besoin de quelqu'un maintenant et que je ne suis pas en état donc que ce n'est pas la peine de forcer. On va se contenter de ce qu'on a comme revenu et plus tard, dés je serais prête, on montera notre société comme ça je pourrais travailler à mon rythme en m'occupant de ma fille (et de lui).

 

Je crois que je ne réalise pas encore que la pression est finie... C'était dur à porter en fait, je me sentais encore plus un boulet de ne pas travailler et de ne pas pouvoir l'aider, mais là, le fait en plus que ça vienne de lui... C'est chouette... Je crois... Je n'ai plus qu'à l'accepter. Il me faut toujours des paliers, des stades, des pauses pour avancer...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je n'ai plus de force... Quand j'ai tapé le premier message ici, je n'avais perdu que 5 kg mais j'étais tellement faible ! J'ai l'impression que c'est pire, avec des kilos en plus et une danseuse boxeuse bien vigoureuse à l’intérieur. Mon amour… La solitude devient d'une pesanteur morbide... Même le soir. Je vais être seule pendant 9 jours... 9 jours... couchée toute la journée sur le dos ou sur le côté gauche... Et la soirée aussi maintenant... Sur le dos : vu sur la télé... Côté gauche : vu sur l'ordi... J'en peux plus... Je veux ma mère, mon père, mon pays... Est ce que je fais quelque chose moins bien que vous ? Je me demande souvent... Est ce que je ne sais pas faire les bébés moi ? C’est quoi mon problème ???

 

Pour la première fois aujourd'hui, à quatre pattes devant cette pu**in de cuvette des toilettes, je me suis relevée en criant « Non ! ». Et je me suis mise nue, tombée par terre, à genoux, en boule, à bout de force... Je ne sais plus tenir mon corps qui chauffe et tombe. J'ai fait peur à Homme. Je ne savais même pas pourquoi je disais non... A poil… Mon peignoir m’a éttouffé.

 

Je dis non à cette faiblesse, ce n'est pas moi, je ne supporterai pas plus fort !

 

Ce n'est jamais simple avec moi. J'ai grandi en entendant cette phrase... Il n'y a que Lui qui ne me l'a jamais dite... C'est aussi pour ça que je l'aime et que nous faisons notre enfant.

 

Je prends ces quelques jours de repos sans ordi, 9 jours pour me relever encore pour ma gamine et moi. Je consolide ma bulle de grossesse. De toute façon, je ne vous quitte pas, vous êtes dans ma réflexion maintenant. 

 

Je vous fais plein de bises.

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Coucou…

 

J'ai récupéré, je crois. On a trouvé une astuce qui plaît bien à mon corps : la viande et la moutarde. Tous les jours, midi et soir, le chef vous propose sa viande cuite avec amour et huile d'olive, sa moutarde de Dijon, si, si, même si c'est tout écrit en arabe dessus... Sans oublier son pain quotidien. Mon corps doit aimer puisqu'il garde et si je ne bouge pas, ça ne tangue presque pas. Je touche ma tête de bois. Bon, parfois les envies me sont dictées par un petit démon... Ce matin, le coquin m'a dit que « c'est bon les carottes crues »... Moi, naïve, vas-y que je te pèle deux carottes, vas-y que je te les mange confiante et vas-y que je te les rends râpées... À ma compagne de voyage, la cuvette des toilettes.

 

Toujours toute(s) seule(s) mais ça va aujourd'hui, je peux venir vous parler donc « no soucy », je patiente jusqu'à mon prochain raz le bol d'être seule. Ça va, c'est cool, ça me rassure de me voir garder mon caractère de cochon... Je comprends de toute sa force l'expression "ATTENDRE" un enfant. Je l'attends de pied ferme ma chérie de trésor d'amour de fille.

 

 

 

Mélie, 25 ans, Marciac.

 

Ça me fait plaisir que tu sois de retour, et puis tu sais, si les carottes ne t’aiment pas, ce n’est pas bien grave.

 

Donc, en résumé :

 

Carotte 1 – Toi 0

 

On attaque la deuxième manche ???

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Ce n’est pas facile, mais on rigole quand même... T'imagines, si un jour, on m'avait dit que Moi, je me ferais mâter par des carottes !

 

Y a encore une carotte posée sur la table au loin, souvenir d’un récent combat... Avec le couteau à côté... Je ne m'approche même pas... Trop peur.

 

 

 

Lise, 32, Corse.

 

Salut, je commençais à m'inquiéter. Si tu n'étais pas venue poster, je t'aurais appelé : HOUHOU !!!! M'aurais-tu entendue de tes toilettes ? J'avais peur que tu aies vomie sur ton ordi et qu'il ait rendu l'âme...

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Alors pour te répondre : dans les toilettes, j'entends tout, j'arrive même à parler, rire ou réfléchir pendant que je vomis. Une fois pendant que je vomissais, mon homme a changé de chaîne et je lui ai crié du fond de ma cuvette « tu changes pas de chaîne, j'écoute moi ! ». On rigole, on rigole...

 

 La cuvette des toilettes (merci de prendre de ses nouvelles) mange comme deux.  Elle a eu une défaillance à un moment mais c'était du côté de la chasse d'eau, il n'y avait plus de pression. Hier, pendant que mes carottes naviguaient vers leur destinée, je me disais que j'allais les boucher, les toilettes... Je n'aurais plus qu'à faire un plan d'évacuation chez les voisins. En peignoir, tu sais, avec mes cheveux de démone ! Qu'est ce que j'ai comme cheveux !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicité intérieure.

 

 

 

 

 

Je fais une pause publicitaire pour vanter ma beauté qui est toute intérieure en ce moment et c'est rien de le dire…

 

A quoi ressemble-je en ce moment me direz vous ??? Je vis ma vie de femme-peignoir...

 

J'ai trop de cheveux pour être honnête, franchement j'en ai partout, si je les lâche, c'est l'invasion barbare.

 

…Déjà, vu que je suis métisse, je ne vis pas mes cheveux comme vous, petites veinardes d'européennes aux cheveux lisses et ordonnés et j'ai donc dû recevoir très tôt une formation spéciale de ma mère pour « modérer » tout ça… Je m'en sors plutôt correctement habituellement, mais pffffffffff !!! Qui a inventé ça ?  Merci Seigneur (j'déconne, j'te kiffe d'amour, chokrane à lik, la vérité, Un Artiste ! LOL).

 

« Avec la grossesse, vos cheveux ne tombent plus, c'est normal » me disait mon coiffeur que je fuis de tout mon coeur maintenant que je porte trois mois de travail de son salaire sur le crâne... (Je vous parlerai un jour de mon coiffeur, juste en bas de chez moi, moins de 5 euros le brushing et qu'est ce qu'on se marre !). Bon, mis à part ces problèmes capillaires résolus par un chignon en arrière et des petits cheveux qui volent au vent devant et qui me font ressembler à un soleil sans la lumière, j’ai le très grand honneur de ne plus être qu’un gros bouton avec des jambes poilus en dessous ! Depuis le début, j'ai des boutons partout sur le visage. Le matin au réveil, je bourgeonne et après la douche, ça va. Je dois être une centrale « thermo boutonnière » !

 

Mes joues maintenant... Avec Amour joli de ma vie, on se dit que je suis enceinte des joues en fait.

 

Il faut s'imaginer un hamster et lui mettre le corps d'une souris plus petite que lui... Et ça donne moi !!!

 

Dernier point hyper glamour... Mes ongles de pieds...  Je vais bientôt pouvoir grimper aux arbres ! Mais le truc, c'est que je ne peux pas les couper, ils sont trop loin !!! La position que je devrais prendre pour les couper, toutes les positions possibles en fait, me feraient vomir... J'attends donc et de temps en temps, je me mets en tête que « demain, c'est bon je me coupe les ongles ! » mais pfffffff tu parles, demain ne viens jamais !!!

 

Voilà, c'est la fin de ma pause publicitaire...

 

Ben....

 

Y a quelqu'un.....

 

Vous z’êtes plus là ?...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

 

Journalisme mode d’Emploi

 

 

 

 

 

Clémence voulait se tester... D’accord, Faustin avait dit qu’elle pourrait rester à la maison pour s’occuper de leur bébé, mais journaliste, c’était son objectif, autant que son bébé…

 

Ça faisait partie d’elle ce travail, c’était ce qui l’avait cadré pour se dépasser, c’était elle, son métier. Elle voulait essayer. Savoir ce qu’elle valait. Sans Faustin pour la pistonner. Juste sa plume, son esprit, savoir ce qu’elle valait... Alors elle avait rédigé un papier et assise en face du rédacteur en chef qui lui avait enfin donné rendez-vous dans son bureau casablancais, elle lui tendit son article, espérant fébrilement qu’il y serait sensible.

 

Après un rapide coup d’œil sur le papier, Eric Le Braz, le rédacteur en chef du journal Actuel, visiblement très amusé, se retint de pouffer rire :

 

 

 

Eric Le Braz – Rédacteur en chef du journal Actuel

 

- Et vous le signez de votre nom ?

 

 

 

- Oui.

 

 

 

- D’accord…

 

 

 

- « Dieu, le Roi et le Polisario » ?

 

 

 

- Oui…

 

 

 

- C’est bien ça… Trois lignes rouges d’un coup…

 

 

 

- Ah bon ?

 

 

 

- Bein oui.

 

 

 

- On ne peut pas ?

 

 

 

- Il y a juste trois lignes rouges à ne pas dépasser au Maroc… Trois lignes rouges officielles : Dieu, le roi et le Sahara… Donc là vous les dépassez d’un coup.

 

 

 

- Mais on ne peut vraiment pas en parler, même en mettant les formes ?

 

 

 

- On ne peut pas attaquer Dieu, le roi ou le Polisario… Enfin ! Si ! Le Polisario on peut l’attaquer ! Mais on ne peut pas attaquer la marocanité du Sahara.

 

 

 

- Mais là ce n’est pas pour l’attaquer, c’est pour en parler… C’est de réfléchir ensemble dessus…

 

 

 

- Oui, c’est vrai… On peut toujours réfléchir, on peut dire des tas de choses… Mais il y a des choses qu’on ne peut pas dire… Il faut être malin pour les dire et ne pas attaquer frontalement en tout cas.

 

 

 

- Que veut dire « être malin » pour les dire ?

 

 

 

- Ça veut dire d’aborder des sujets, traiter de thèmes... On peut par exemple parler du Sahara, des Sahraouis qui quittent Tindouf pour venir se réfugier, pour toucher des subventions sans aucune pensée politique réelle, on peut parler de ces sujets là… Mais on ne peut pas remettre en cause un certain nombre de choses qui sont interdites par la loi... Pour le moment ! Maintenant il y aura peut être de nouvelles lois, il y aura peut être un nouveau code de la presse… Il y aura peut être avec la nouvelle Constitution, certains changements, mais ça, on ne peut pas le faire.

 

 

 

- Pourtant la Constitution garantie la liberté d’expression !

 

 

 

- Oui, mais nous n’avons pas encore les textes qui prouvent que la nouvelle Constitution… Que… Que le Maroc garantie vraiment la liberté d’expression et pour l’instant on ne peut pas faire ça, c’est impossible. Si je publie une carte du Maroc qui provient de l’ONU où on voit un tiret avec le Sahara occidental, le journal est interdit, en tout cas il risque de ne pas paraître. C’est arrivé à plusieurs journaux. On a des avertissements. Si je publie un texte comme celui là, vous serez expulsée, je le serais peut être et le journal ne pourra pas paraître.

 

 

 

- C’est à dire qu’avant de faire paraître un journal vous le soumettez à une censure finalement ?

 

 

 

- Nous, on ne le soumet pas ! Mais on sait qu’il y a des gens qui le lisent avant qu’il ne paraisse…

 

 

 

- Qui sont ces gens ???

 

 

 

- Des censeurs professionnels !

 

 

 

- Mais comment arrivent-ils à avoir le journal ?

 

 

 

- Ils sont à l’imprimerie…

 

 

 

- Vous avez déjà eu un problème de ce genre ?

 

 

 

- On a eu un petit problème avec une carte qu’on avait laissé passer bêtement et on a été averti… Alors on n’a pas recommencé.

 

 

 

- La fameuse carte avec le Sahara ?

 

 

 

- Oui.

 

 

 

- Est ce qu’en tant que française c’est pire ? Je veux dire, si j’étais une marocaine qui tente de publier ça ?

 

 

 

- Si vous étiez une marocaine, vous seriez effectivement passible aussi de la loi, mais en tant que française on vous accusera en plus d’ingérence… De donner des leçons aux marocains…

 

 

 

- Mais je ne suis pas le consulat français moi, je suis juste journaliste…

 

 

 

- Oui, mais ça n’empêche pas. On est facilement traité de colon, de mercenaire français… Je l’ai été plus d’une fois… Et ça ce n’est pas dans la loi, ça c’est juste des insultes que l’on peut recevoir sur les réseaux sociaux ou dans les éditoriaux de nos chers confrères…

 

 

 

- Donc il y a des thèmes que les journalistes étrangers au Maroc abordent plus difficilement, voir pas du tout pour être tranquilles ?...

 

 

 

- Oui. On peut dire ça. Je ne vais pas écrire un article sur la religion… Déjà parce que je ne me sens pas très compétent et ensuite parce que ça sera vraisemblablement très mal pris.

 

 

 

-…si vous le signez de votre nom…

 

 

 

- Oui, si je le signe de mon nom.

 

 

 

- Et si le même article passe signer d’un nom marocain ?

 

 

 

- Alors ça sera le marocain qui se fera insulter, mais on ne le traitera pas de mercenaire. On le traitera éventuellement de vendu aux colons !

 

 

 

- Donc la liberté d’expression pour un marocain ou pour un français, c’est la même, au final, il n’y en n’a pas ?

 

 

 

- Si, si ! Non, ce n’est pas vrai qu’il n’y en a pas ! Il y a juste ces trois sujets qu’il faut aborder avec une certaine intelligence. On peut traiter du Sahara, on peut traiter de Dieu sauf pendant le ramadan où on a intérêt à faire attention avec tout ce qui concerne la religion, mais on peut parler de beaucoup de choses ! Il faut juste ne pas remettre en cause les fondamentaux du Maroc.

 

 

 

- C’est donc dans la façon de faire ?

 

 

 

- Oui, c’est dans la façon de faire…

 

 

 

- Et cet état de censure et d’auto-censure se retrouve dans la société ?

 

 

 

- Il y a une censure dite « auto-censure » qui existe dans la société, mais qui, à mon avis, date des années de plomb. C’est à dire qu’on fait attention à ce qu’on dit et à qui on le dit… Pas plus.

 

 

 

- Est ce que les artistes s’auto-censurent pour ne pas avoir de problème ?

 

 

 

- Oui, bien sûr, les artistes s’auto-censurent. Ils ne nous le disent pas tous. Il y en a qui nous le disent. Quand ce n’est pas l’artiste, ça peut être la galerie qui censure pour un plasticien par exemple… ils font attention, ou ceux qui exposent vont faire attention pour ne pas remettre en cause l’une de ces trois lignes rouges aussi…

 

 

 

- Depuis combien de temps vous êtes là vous ?

 

 

 

- Trois ans et demi…

 

 

 

- Et ça va ?

 

 

 

- « L’amour dure trois ans », ça fait six mois de plus…

 

 

 

- Et l’amour dure encore ?

 

 

 

- Oui.

 

 

 

- Qu’est ce que vous aimez ici ?

 

 

 

- Je connais quelques autres pays du monde arabo-musulman et ce que j’aime ici c’est qu’on peut encore en débattre, on peut encore voir des mouvements contradictoires. Il n’y a pas d’emprise encore sur la société avec un islam rigoriste même si il y a des signes inquiétant depuis quelques mois… Ce que j’aime ici c’est qu’on a l’impression que tout est possible. Quand je retourne en France, je ne rencontre que des dépressifs… Ici, non. Je rencontre des schizophrènes ! Tous les marocains considèrent qu’ils sont schizophrènes. Moi je ne serais pas aussi sévère parce que je trouve qu’ils deal bien avec la religion par exemple. Il y a une phrase marocaine que j’ai souvent entendue quand quelqu’un qui fait la prière cinq fois par jour va picoler le soir et qui l’assume, il dit « c’est une affaire entre Dieu et moi ». Je trouve ça pas mal. Je trouve qu’ici on arrive encore à dealer avec la religion…

 

 

 

- Même si la religion fait loi ?

 

 

 

- La religion ne fait pas loi partout… La charia n’est pas la Constitution…

 

 

 

- Le ramadan est obligatoire pour les marocains par exemple…

 

 

 

- Oui bien sûr ! Mais avec le Maroc, par rapport à d’autres pays, on est beaucoup moins à cheval sur la prière par exemple. C’est possible pour les marocains de se passer de la prière. Il y en a beaucoup qui le font. Et pour le ramadan oui… Pendant le ramadan le Maroc est un état islamique… Islamiste presque.

 

 

 

- Et pour mon papier, vous me conseillez quoi ?

 

 

 

- Euh… Vous voulez rester au Maroc ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai entendu un « Blop » à l'intérieur de moi...

 

 

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Je dormais profondément, comme je sais si bien le faire depuis 8 mois. La veille, j'avais eu envie de faire un gâteau et nous avions mangé le gâteau bien tard parce qu'il fallait attendre qu'il se refroidisse... Banal. Jai entendu en moi un « Blop », un craquement, quelque chose qui s'ouvrait, un bruit nouveau que je ne connaissais pas. Et puis, ça m'a projeté sur le forum, je nous entendais piailler sur la rupture de la poche des eaux et les canapés neufs qu'il fallait sauver... Je m'imaginais MarieT2 en train de se lever d'un coup et de perdre tout le liquide en splash. Du coup, dans ma réalité, je me suis dit « je ne me lève pas, je ne perds pas les eaux et j'évite le « splash ». Trop futée moi ! 
Je ne voulais pas me lever... Je voulais faire pipi mais je me disais que je ne voulais pas que ce soit ça... Et si c'était ça ?... Et le pipi qui tapait mes battements de cœur, tellement y en avait. Je me suis levée... Et un petit rien, deux trois gouttes qui me coulent dessus... J'me dis, c'est du pipi, ça ne peut pas être ça. Mais on est quand d'abord ??? Mais on est le 3 septembre (comment je savais ça ? Moi qui ne sait jamais la date du jour...).
Je vais au toilettes. Je m'essuie... Ouf ! C'était du pipi, je le savais. Je me relève en souriant et là, 3 petites gouttes qui se suivent... M...

 

 

 

Tétée... Désolée (pause pub. What Else !) Qu'est ce qu'elle est belle…

 

 

 

Chris, 34 ans, Toulouse.

 

Tu nous tiens en haleine ! Lol ! J'attends la suite !!!!!

 

 

 

Clémence, 27 ans, Casablanca

 

Donc...

 

Ça coulait. Mais ça ne peut pas être ça... Qu'est ce que j'ai fait pour déclencher ça ? J'appelle Homme. Plus tard, il me dira que je l'ai appelé par son prénom. Quand je l'appelle par son prénom, c'est que c'est tréééééés sérieux ou que ça va chauffer dans la maison. Il sort de la cuisine, moi des toilettes et on se regarde. Lui, content de me voir debout, lève les bras au ciel en signe de victoire et moi pendant ce temps, je dois faire une tête bizarre parce que je réfléchis à comment lui dire ça... « Je crois que... Enfin... Viens voir... Je ne sais pas, mais je crois que j'ai perdu les eaux... Enfin, j'en sais rien, mais quand même ça coule... C’est sans doute pas ça mais... Viens voir... ».
Et là je lui montre une goutte... « Oh ben c'est qu'une goutte, je ne pense pas que ce soit ça... ». À peine il finit de me dire ça que je sens que ça va encore couler. Je me pose sur les toilettes (amies inconditionnelles) et on entend clairement un jet, comme un bon gros pipi du matin qui continue et qui continue... Mon amour était en train de repartir vers la cuisine en me sortant une théorie douteuse de « attends encore un peu… » Et le bruit du jet lui monte au cerveau... Il s'arrête net et me dis : « C'est toi qui fait ça ? ». Et moi : « Ah, t'as vu ? Quand je te dis que ça coule... Donne moi ton téléphone... Appelle moi la gynéco s’il te plaît... ». Il m'amène le téléphone, j'étais encore aux toilettes. « Allô Docteur (7h20 quand même...) ? Euh, oui, c'est Clémence... Euh, voilà, j'suis vraiment désolée de vous déranger mais j'ai entendu un « Blop » ce matin pendant que je dormais et ça m'a réveillé et là je perd de l'eau... Mais je ne sais pas trop si c'est ça, parce que c'est pas non plus énorme, énorme... ».
Elle me répond en souriant que « ah, on y est alors.  Bien, bon, rendez-vous à la clinique alors. Vous en êtes à combien ? 36 semaines ? Oui, oui c'est possible. Bon, vous vous douchez tranquillement, oui vous pouvez utiliser votre produit, vous vous préparez et on se retrouve à la clinique ». Et avant de raccrocher je lui dis, « j'espère que je ne vous dérange pas pour un pipi » !!!!

 

Donc je répète à Homme ce qu’elle m’a dit, je me douche tranquille et je vais prendre le petit déj’ qu'Homme m'a préparé parce que sur le forum on a bien dit que ça creuse un accouchement donc je ne partirais pas le ventre vide. En passant, vu que je squatte l'armoire de ma bébé avec mes vêtements d'avant, je prends sa première tenue et je le dis à Homme...

 

Et lui :

 

-       Pourquoi tu prends sa première tenue ? 

 

-       Bah... ????? Bah parce que je vais accoucher Chou !  Je vais accoucher là... J'ai perdu les eaux... 

 

-       Non, mais la prends pas, non, non pas sa couverture... je reviens moi, on est juste derrière... 

 

Genre, on va se taper la honte parce que je vais prendre toute la maison comme d'habitude... J'ai négocier au moins la première tenue et ma valise parce que c'était un sac. Avant de partir, les contractions s'activent doucement. Mal de ventre de règles sur période courte avec une intensité progressivement plus forte... Je demande à Homme de m'attendre.