Je m’appelle Maïwenn, j’ai 42 ans et je suis maman de deux enfants de 19 ans et 3 ans.
J’ai été infirmière pendant 21 ans, dont 18 ans en libéral. Pendant toutes ces années, j’ai accompagné des personnes dans les moments les plus importants de leur vie : la naissance, la maladie, la souffrance, la guérison, parfois même la fin de vie.
Pourtant, la plus grande leçon de ma vie n’est pas venue de mon métier.
Elle est venue de mon dernier enfant.
Son allaitement a été bien plus qu’une façon de le nourrir. Il a profondément transformé ma manière de voir les bébés, les mères, les familles et même la femme que j’étais.
Comme beaucoup de femmes, j’ai grandi en apprenant à être forte, à ne pas déranger, à faire passer les besoins des autres avant les miens.
Puis je suis devenue mère.
Et pour la première fois, j’ai compris qu’écouter son instinct n’était pas une faiblesse. Que répondre aux besoins d’un enfant n’était pas le rendre dépendant. Que la proximité, l’amour et la sécurité n’étaient pas des mauvaises habitudes.
J’ai commencé à me former. Une formation a mené à une autre, puis une autre encore. J’ai découvert un univers passionnant autour de l’allaitement, du sommeil du bébé, de l’attachement et du développement de l’enfant.
Aujourd’hui, j’accompagne les familles, mais je crois que ce que j’aime le plus, c’est accompagner les femmes.
Parce que derrière chaque question sur l’allaitement, il y a souvent une mère qui doute.
Une mère qui cherche à bien faire.
Une mère qui a peur de se tromper.
Une mère qui entend dix avis différents et qui ne sait plus à qui faire confiance.
Mon rôle n’est pas de lui dire quoi faire.
Mon rôle est de lui donner les connaissances, les outils et la confiance nécessaires pour qu’elle puisse faire ses propres choix.
Je suis profondément convaincue que les femmes sont beaucoup plus compétentes qu’on ne leur laisse croire.
Et que lorsqu’on les informe correctement, elles sont capables de choses extraordinaires.
Alors aujourd’hui, ma mission est simple :
- aider les mères à retrouver confiance en elles,
- aider les bébés à être mieux compris,
- et rappeler aux familles qu’elles ont souvent déjà en elles bien plus de ressources qu’elles ne l’imaginent.
Ma fille est née il y a 19 ans et je n’ai pas souhaité l’allaiter.
À l’époque, je n’en avais pas envie.
Je n’avais aucun modèle d’allaitement autour de moi, aucune culture familiale de l’allaitement, et pour moi, un bébé se nourrissait au biberon.
J’avais aussi envie que son père puisse participer pleinement aux repas, aux nuits, à tout ce qui entoure l’arrivée d’un bébé.
C’était ma vision des choses à ce moment-là.
Puis la vie a suivi son cours.
16 ans après,je suis devenue une autre femme.
J’avais plus de maturité, plus d’expérience, plus de recul sur la maternité.
Et lorsque Noé est arrivé, quelque chose était différent.
J’avais envie de vivre cette expérience.
Pas parce que quelqu’un me l’avait imposée.
Pas parce que je pensais qu’une mère devait allaiter.
Mais parce que j’en avais profondément envie.
Ce qui est assez incroyable, c’est que cet allaitement que je n’avais jamais envisagé pour ma fille est devenu l’une des plus grandes aventures de ma vie.
Au point de changer mon métier, ma vision des bébés, des mères et même de moi-même.
Et puis, il y avait autre chose.
Quelque chose que beaucoup de mères ressentent mais n’osent pas toujours dire.
Je ne voulais pas qu’on me vole ma place.
Pendant des années, j’avais eu l’impression de laisser les autres décider à ma place, donner leur avis sur tout, savoir mieux que moi ce dont j’avais besoin.
Avec Noé, j’avais besoin de vivre pleinement ma maternité.
J’avais besoin de construire ce lien unique avec mon enfant.
L’allaitement n’était pas seulement une façon de le nourrir.
C’était ma façon d’être sa mère.
D’apprendre à le connaître.
D’apprendre à me faire confiance.
Et de comprendre que ma place n’avait pas besoin d’être partagée, validée ou autorisée par qui que ce soit.
J’étais sa mère. Et cela suffisait.
J’ai rencontré beaucoup de difficultés que rencontrent les mères allaitantes : des engorgements, des crevasses, des mastites, des téterelles mal adaptées, des moments de doute et de découragement.
Mais avec le recul, ce ne sont pas les douleurs physiques dont je me souviens le plus.
Le plus difficile a été la solitude.
J’ai eu la chance immense d’avoir un mari qui m’a soutenue du premier jour jusqu’à aujourd’hui. Il a toujours respecté mes choix et m’a aidée à tenir lorsque j’avais envie de tout envoyer valser.
En revanche, je n’ai pas reçu le soutien que j’espérais de la part de mes parents.
Très souvent, on me demandait quand j’allais arrêter de nourrir mon enfant. Comme si notre relation avait une date limite. Comme si l’allaitement était un problème à résoudre plutôt qu’une histoire à vivre.
Je crois que beaucoup de mères allaitantes se reconnaîtront dans ce que je vais dire :
Le plus dur n’est pas toujours l’allaitement.
Le plus dur, c’est parfois de continuer à allaiter quand les personnes que l’on aime le plus ne comprennent pas nos choix.
Aujourd’hui, cela fait deux ans que mes parents ont choisi de ne plus voir leur petit-fils.
C’est leur décision. Pas la mienne.
Et même si cette situation reste profondément douloureuse, elle m’a appris quelque chose d’essentiel :
Être mère, c’est parfois accepter de décevoir certains adultes pour rester fidèle aux besoins de son enfant.
Et malgré les crevasses, les mastites, les nuits blanches et la solitude, je referais exactement le même choix.
Aujourd'hui je vis de mon travail de conseillère en allaitement et je gagne 3500€ par mois.

